‹ De la sagesse; trois livresChapitre 407 sur 456 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

De la maladie et douleur.

Nous avons dict cy-dessus ' que la douleur est le plus grand , et , à vray dire , le seul mal le plus fascheux , qui se faict plus sentir, et où y a moins de remèdes et d'advis. Toutesfois en voicy quelques uns , qui regardent la raison , la justice, l'utilité, l'imitation et ressemblance aux grands et illustres.

C'est une commune nécessité d'endurer -, ce n'est pas raison de faire pour nous un miracle. Il ne se faut pas fascher s'il advient à quelqu'un ce qui peut advenir à chascun.

C'est chose aussi naturelle , nous sommes nays à cela : en vouloir estre exempt est injustice. Il faut souffrir doucement les loix de nostre condition. « Nous sommes pour vieillir, affoiblir, douloir, estre malades : il faut apprendre à souffrir ce que l'on ne peut esviter.

« Si elle est longue, elle est légère et modérée , c'est honte de s'en plaindre ^ si elle est violente , elle est courte , et met tost fin ou à soy, ou au patient , qui revient presque tout à un. Confide , summus non habet tempus dolor : — si gravis, brevis; si longus, levis'.

« Et puis c'est le corps qui endure , ce n'est pas nous qui sommes offensés , car l'offense diminue de l'excellence et perfection de la chose 5 et la maladie ou douleur, tant s'en faut qu'elle diminue , qu'au rebours elle sert de subject et d'occasion à une patience louable , plus beaucoup que la

' Croyez-moi, les grandes douleurs durent peu : — violentes, elles sont courtes ; longues , elles sont légères. — Les derniers mots sont de Cicéron , de Finib., 1. 11 , c. 29. N'oublions pas ce beau passage de Sénèque : Summi doloris inlentio invenit finem. IVemo polest valdb dolere el diù. Sic nos amanlissima nostri natura disposuil tit dolorcm aut lolerabilem nulbrevem faceret. (Séinèque, Episl. lxxvui.)

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