CHAPITRE XXXI
Contre la cholere.
Les remèdes sont plusieurs et divers , desquels l'esprit doibt estre avant la main armé et bien muni , comme ceux qui craignent d'estre assiégés , car après n'est pas temps. Ils se peuvent réduire à trois chefs : le premier est de couper chemiia et fermer toutes les advenues à la cholere. Il est bien plus aysé de la repousser et luy fermer le premier pas,
■ L. I, c. 31. Il y a dans Sénèque, sur ces deux sortes de compassion, un très beau passage d'où Charron paroît avoir pris quelques idées. — ployez SÉNÈQUE , de Clemenliâ, c. v et vi.
' Voyez le LéviUque, c. xix, v. 15.
qu'en estant saisy s'y porter bien et reiglement. Il faut donc se deslivrer de toutes les causes et occasions de cholere , qui ont esté cy-devant deduictes en sa description ' , savoir : 1 . foiblesse , mollesse -, 2. maladie d'esprit , en endurcissant contre tout ce qui peut advenir ^ 3. délicatesse trop grande, amour de certaines choses , s'accoustumant à la facilité et simplicité , mère de paix et repos. Ad omnia compositi simus; quœ bona et paratiora , sint nobis meliora et gratiora ^ : c'est la doctrine générale des sages. Cotys , roy , ayant reçu de présent plusieurs très beaux et riches vaisseaux fragiles et aysés à casser, les rompit tous, pour n'estre en danger de se cholerer advenant qu'ils fussent cassés ^. Ce fut la deffiance de soy , lascheté et craincte qui le poussa à cela. Il eust bien mieux faict si sans les rompre , il se fust résolu ne se courroucer pour quoy qu'il en fust advenu : 4. curiosité , à l'exemple de César, qui victorieux ayant recouvré les lettres , escrits , mémoires de ses ennemys , les brusla tous sans les vouloir voir ^. 5. Légèreté à croire. 6. Et surtout l'opinion d'estre mesprisé et injurié par autruy , laquelle il faut chasser comme indigne d'homme de cueur 5 car combien qu'elle semble estre glorieuse et venir de trop d'estime de soy (vice grand cependant), si vientelle de bassesse et foiblesse : car celuy qui s'estime mesprisé de quelqu'un, est en quelque sens moindre que luy, se juge, ou crainct de l'estre en vérité, ou par réputation , et se desfie de soy : nemo non eo à quo se contemptumjudicat minor est ^. Il faut donc penser que c'est plustost toute autre chose que mespris , c'est sottise, indiscrétion, nécessité et deffaut d'autruy. Si le mespris prétendu vient des
' Que tout nous convienne : ce qui est bon et sous notre main , préférens-le , trouvons-le meilleur et plus agréable.
3 F^oyez Plutarqce , Dits des rois, princes et capitaines.
" royez Pline, JVal. Hisl., 1. vu, c. 25 ; Sénèque, de Ira, 1. ii, c. 23.
* SÉsÈQUK, de Ira, 1. m, c. 5. La traduction précède la citation.