LIVRE 11, CHAP. XXXIV
amy. « Et que la grandeur de l'injure ne nous retienne point : au contraire estimons que plus elle est grande , plus est-elle digne d'estre pardonnée , et que plus la vengeance en seroit juste , plus la clémence en est louable \ »
Et puis ce n'est raison d'estre juge et partie , comme l'on veut la vengeance : il s'en faut remettre au tiers -, il faut pour le moins en avoir conseil de ses amis et des sages , et ne s'en croire pas soy-mesme. Jupiter peut bien seul darder les foudres favorables et de bon augure ; mais quand il est question de lancer les nuisibles et vengeurs, il ne le peut sans le conseil et assistance de douze Dieux ^ C'est grand cas que le plus grand des Dieux , qui peut de luy-mesme bien faire à tout le monde , ne peut nuire à personne qu'après une solemnelle délibération. La sagesse de Jupiter crainct mesme de faillir, quand il est question de se venger; il luy faut du conseil qui le retienne.
Il faut donc nous former une modération d'esprit : c'est la vertu de clémence , qui est une douceur et gratieuseté qui tempère , retient et reprime tous les mouvemens. Elle nous munira de patience , nous persuadera que nous ne pouvons estre offensés que de nous-mesmes; que des injures d'autruy, il n'en demeurera en nous que ce que nous en voudrons retenir. Elle nous conciliera l'amitié de tout le monde, nous apportera une modestie et bienséance agréable à tous.