LIVKE III, CHAP. XXXIX
la semence : c'est la mere de santé ' , la meilleure et plus seure médecine contre toutes maladies , et qui laict vivre longuement. Socrates , par sa sobriété, avoit une santé forte et acérée. Masinissa , le plus sobre roi de tous , fit enfans à quatre-vingt-six ans, et à quatre-vingt-douze vainquit les Carthaginois^ où Alexandre s'enyvrant mourut en la tleur de son aage , bien qu'il fust le mieux nay et plus sain de tous. Plusieurs goutteux et atteints de maladies incurables aux médecins, ont esté guéris par diette, voylà pour le corps , plus longue et plus saine. Elle sert bien autant ou plus à l'esprit, qui par elle est tenu pur, capable de sagesse et bon conseil : Salubrium consiliorum parens sobrietas". Tous les grands hommes ont esté grandement sobres , non seulement les professeurs de vertu singulière et plus estroite , mais tous ceux qui ont excellé en quelque chose , Cyrus , César, Julien l'empereur, Mahumet : Epicure , le grand docteur de volupté , a passé tout en cette part. La frugalité des Curies ^ et des Fabrices romains est plus haut levée que leurs belles et grandes victoires : les Lacedemoniens tant vaillans faisoient profession expresse de frugalité et sobriété.
Mais il faut de bonne heure et dès la jeunesse embrasser cette partie de tempérance , et non attendre à la vieillesse douloureuse , et que l'on soit foulé et pressé de maladies , comme les Athéniens, à qui l'on reprochoit qu'ils ne demandoient jamais la paix qu'en robes de deuil, après avoir perdu leurs parens et amis en guerre , et qu'ils n'en pouvoient plus. C'est trop tard s'adviser : Sera in fundo parcimonia ^ : c'est v.ouloir faire le mesnager quand il n'y a
' Bonœ valcludinis maler est frugalilas. Valkre- Maxime , 1. ii , c. 5.)
' La sobriété est mère des bons conseils.
' Des Curius et des Fabricius.
■'• SÉNÈQUE, Epiai, i , in fine. L'explication suit i.i ciladon.
plus rion à mesnager-, chercher à faire son emploite ' après que la foire est passée.
C'est une bonne chose de ne s'accoustumer aux viandes délicates, de peur qu'en estant privés, nostre corps en vienne indisposé , et nostre esprit fasché : et d'user d'ordinaire des plus grossières , tant pource qu'elles nous rendent plus forts et plus sains , que pource qu'elles sont plus aysées à recouvrer.