‹ De la sagesse; trois livresChapitre 46 sur 456 · LIVRE I, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XII

tera\ qui servent au reiglement des mœurs, de la police, et de toutes les parties de la vie et de la mort , ce qu'estant desployé en son temps et à propos, apporte avec plaisir une grande beauté et utilité : juala aurea in lectis arf^enteis , qui loquitur verbum in tempore suo '. La bouche du meschant, c'est un trou puant et pestilentieux; la langue mesdisante , meurtrière de l'honneur d'autruy, c'est une mer et université de maux , pire que le fer, le feu , la poison , la mort, l'enfer. Lingua ignis est^universitas iniquitatis..., inquietum malum, plena veneno rnortifero^. — Mors illius , mors nequissima ; et uliUs potiùs infernus quàm nia K

Or ces deux, l'ouye et la parole, se respondent et rapportent l'une à l'autre , ont un grand cousinage ensemble , l'un n'est rien sans l'autre ; comme aussi par nature , en un mesme subject l'un n'est pas sans l'autre. Ce sont les deux grandes portes par lesquelles l'ame faict tout son traffîcq , et a intelligence par tout -, par ces deux les âmes se versent les unes dedans les autres , comme les vaisseaux en appliquant la bouche de l'un à l'entrée de l'autre ; que si ces deux portes sont closes comme aux sourds et muets, l'esprit demeure solitaire et misérable. L'ouye est la porte pour entrer ; par icelle l'esprit reçoit toutes choses de dehors, et conçoit comme la femelle : la parole est la porte pour sortir ^ par icelle l'esprit agist et produict comme masle : par la communication de ces deux , comme par le choc et heurt roides des pierres et fers , sort et saille le feu sacré de vérité. Car

' Qui tire de son trésor des choses nouvelles et anciennes. (Mathieu , XIII, 62.)

' Les paroles dites à propos sont comme des pommes d'or sur des lits d'argent. [Prov., c. xxv, v. 11.)

5 La langue est un feu, un monde d'iniquités, un mal qui tourmente; elle est pleine d'un venin mortel. (Jacques, Ep. m, c. 3, v. 6 et 8.)

* La mort qu'elle cause est une mort très malheureuse, et le tombeau vaut encore mieux, i Eccl., c. xxvin, v. 25.)

se frottans et limans l'un contre l'autre, ils se desrouillent , se purifient et s'esclaircissent , et toute cognoissance vient à perfection : mais l'ouye est la première , car il ne peust rien sortir de l'ame qu'il ne soit entré devant, dont tout sourd de nature est aussi muet ^ il faut premièrement que l'esprit se meuble et se garnisse par l'ouye , pour puis ' distribuer par la parole , dont le bien et le mal de la parole , et presque de tout l'homme , despend de l'ouye : qui bien oyt bien parle , et qui mal oyt mal parle. De l'usage et reigle de la parole cy-après ^

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