‹ De la sagesse; trois livresChapitre 59 sur 456 · LIVRE 1, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. X

tenu pour une vérité et révélation du ciel : ce qui estoit seulement en la sensualité a prins place au plus haut de l'entendement : ce qui n'estoit que passion et volupté , a esté faict créance religieuse et article de foy, tant est forte et dangereuse la contagion des facultés de l'ame entre elles. Voylà trois causes externes des fautes et mescomptes de l'esprit , jugement et entendement humain -, le corps mesmement la teste malade , ou blessée , ou mal faicte : le monde avec ses opinions anticipées et suppositions , le mauvais estât des autres tacultés de l'ame raisonnable , qui luy sont toutes inférieures. Les premiers defaillans sont pitoyables , et aucuns d'iceux sont curables ; les autres non : les seconds sont excusables et pardonnables : les troisiesmes sont accusables et punissables, qui souflrent un tel desordre chez eux, que ceux qui dévoient recc^voir la loy, entreprennent de la donner.

Il y a d'autres défauts qui lui sont plus naturels et internes , car ils nayssent de luy et dedans luy : le plus grand et la racine de tous les autres est l'orgueil et la présomption ^première et originelle faute du monde, peste de tout esprit, et cause de tous maux) par laquelle l'on est tant content de soy, l'on ne veust céder à autruy, l'on desdaigne ses advis , l'on se repose en ses opinions, et l'on entreprend déjuger et condamner les autres , et encore celles que l'on n'entend pas. L'on dict bien vray que le plus beau et heureux partage que Dieu aye faict, est du jugement-, car chascun se contente du sien , et en pense avoir assez. Or cette maladie vient de la mescognoissance de soy : nous ne sentons jamais assez au vray la foiblesse de nostn; esprit : ainsi la plus grande maladie de l'esprit c'est l'ignorance , non pas des arts et sciences et de ce qui est dedans les livres , mais de soy-mesme , à cause de quoy ce premier livre a esté faict.

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