LIVRE 1, CHAP. XXII
ject : Apud sapientem divitiœ sunt in servitute , apud stultum in imperio ' . Car l'avare est aux richesses , non elles à luy; et il est dict avoir des biens comme la fièvre , laquelle tient et gourmande l'homme , non luy elle. Que d'aymer ce qui n'est bon , ny ne peust faire l'homme bon , voire est commun et en la main des plus meschans du monde , qui pervertissent souvent les bonnes mœurs, n'amendent jamais les mauvaises , sans lesquelles tant de sages ont rendu leur vie heureuse , et pour lesquelles plusieurs meschans ont eu une mort malheureuse : bref attacher le vif avec le mort , comme faisoitMezentius - : pour le faire languir et plus cruellement mourir, l'esprit avec l'excrément et escume de la terre, et embarrasser son ame en mille tourmens et traverses qu'ameine cette passion amoureuse des biens , et s'empescher aux filets et cordages du maling , comme les appelle l'Escriture saincte , qui les descrie fort , les appellant iniques , espines , larron du cœur humain , lacqs et filets du diable , idolâtrie , racine de tous maux. Et certes qui verroit aussi bien la rouille des ennuis qu'engendrent les richesses dedans les cœurs , comme leur esclat et splendeur, elles seroient autant haies comme elles sont aymées. Desunt inopinœ multa, açaritiœ omnia : in nullum avarus bonus est, in sepessimus^.
C'est une autre contraire passion vitieuse de hayr et rejetter les biens et richesses, c'est refuser les moyens de bien faire , et pratiquer plusieurs vertus , et la peine , qui est beaucoup plus grande, à bien commander et user des richesses, que de n'en avoir point , se gouverner mieux en l'abondance , qu'en la pouvreté'*^. En cette-ci n'y a qu'une espèce de vertu ,
' Esclaves du sage, les richesses tyrannisent l'insensé. (Sénèque, de Vil. beat., xrvi.)
" Le Mézence de VÉnéide.
' Beaucoup de choses manquent à l'indigence, tout manque à l'avarice; \'avare n'est bon pour personne, il est très mauvais pour lui-même.
' royez la Variante X, à la fin du volume.
qui est ne ravaller point de courage, mais se tenir ferme En l'abondance y en a plusieurs , tempérance , modération , libéralité, diligence, prudence, etc. Là il n'y a qu'à se garder^ icy il y a aussi à se garder, et puis à agir. Qui se despouille des biens est bien plus quitte , et a délivre • pour vaquer aux choses hautes de l'esprit, c'est pourquoy plusieurs philosophes et chrestiens l'ont pratiqué par grandeur de courage. Il se descharge aussi de plusieurs devoirs et difficultés qu'il y a à bien et loyaument se gouverner aux biens, en leur acquisition , conservation , distribution , usage , employs. Qui le faict pour cette raison , fuit la besongne , et au contraire des autres est foible de cueur, et lui dirois volontiers* : Vous les quittez, ce n'est pas qu'ils ne soient utiles , mais c'est que ne sçavez vous en servir et en bien user. Ne pouvoir souffrir les richesses , c'est plustost foiblesse d'ame que sagesse , dict Seneque.