LIN RE I, CHAP. XXVI
qui' nous recevons d'autruy nous la rendre utile. Elle est trop estourdie pour rien faire de bien ; elle veust guarir le mal par le mal. Donner à la cholere la correction de l'offense , seroit corriger le vice par soy-mesme. La raison qui doit commander en nous ne veust point de ces olliciers-là , qui font de leur teste sans attendre son ordonnance-, elle veust tout faire par compas comme la nature, et pour ce la violence ne lui est pas propre. Mais quoy! direz-vous, la vertu verra-t-elle l'insolence du vice sans se despiter? aurat-elle si peu de liberté qu'elle ne s'ose courroucer contre les meschans? La vertu ne veust point de liberté indécente; il ne faut pas qu'elle tourne son courage contre soy , ny que le mal d'autruy la puisse troubler : le sage doibt aussi bien supporter les vices des meschans sans cholere que leur prospérité sans envie. Il faut qu'il endure les indiscrétions des téméraires avec la mesme patience que le médecin faict les injures du phrenetique. Il n'y a pas plus grande sagesse, ny plus utile au monde , que d'endurer la folie d'autruy ; car autrement il nous arrive que , pour ne la vouloir pas endurer, nous la faisons nostre. Cecy qui a esté dict si au long de la cholere , convient aussi aux passions suivantes , hayne , envie , vengeance , qui sont choleres formées.
Advis et remèdes particuliers contre ce mal sont liv. m , chap. XXXI.