CHAPITRE XXXIIl
Compassion.
Nous souspirons avec les affligés , compatissons à leur mal , ou pource que par un secret consentement nous participons au mal les uns des autres , ou bien que nous craignons en nous-mesmes ce qui arrive aux autres.
* Mais cecy se faict doublement , dont y a double miséricorde : l'une fort bonne , qui est de volonté , et par effect secourir les affligés sans se troubler ou affliger soy-mesme , et sans se ramollir ou relascher de la justice ou de la dignité. C'est la vertu tant recommandée en la religion, qui se trouve aux saincls et aux sages : l'autre est une passion d'ame foible , une sotte et féminine pitié qui vient de mollesse , trouble d'esprit , logée volontiers aux femmes , enfans, aux âmes cruelles et malicieuses (qui sont par conséquent lasches et couardes , comme a esté dict en la cruauté), qui ont pitié des mescbans qui sont en peine , dont elle produict des effects injustes, ne regardant qu'à la fortune, estât et condition présente , et non au fonds et mérite de la cause.
■ Les douleurs légères s'exhalent en paroles , les grandes sont mueUes. (SÉNÈQCF. , flipp., acte ii , se. -3.)
* Voyez la ynrianie XII, à la fln du volume.
Ad vis et remèdes particuliers contre ce mal sont liv. m ^ chap. XXX.