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vérité qu'il aime tant : « En général, quand on veut ürer d’une fontaine une eau pure, dit-il, il ne faut pas y aller puiser avec la foule ». Il avoue alors, que Saumaise, d’autres auteurs et lui, pour démontrer que Pline avait confondu deux végétaux dans son article, se sont surtout appuyés sur celte phrase : « Et {ingenti quidquid cum quo decoquatur » qu’on trouve dans les manuscrits les plus récents; mais que le P. Hardouin « fidèle aux principes de la saine critique qui veut qu’on ne touche aux textes originaux que le moins possible » a rejeté la nouvelle leçon fingenti et a conservé celle des anciens manuscrits (1). |
« Cette réserve faite, ajoute le scrupuleux écrivain, je n’en crois pas moins avoir prouvé que la saponaire est bien le struthium des anciens ».
Non, vous n’avez rien prouvé; car cette réserve renverse en le sapant à la base, l’échafaudage que les différents auteurs avaient pris la peine de dresser pour montrer que Pline a confondu le struthion avec la racine de Syrie, racine servant à teindre et non à blanchir.
Ainsi donc, si on peut dire que Pline n’a pas commis cette erreur — et on peut toujours dire cela avant tout — nous n'avons plus qu’à examiner ce que les Grecs pensaient de cette plante si merveilleuse chez les Romains.
Ne voulant pas surcharger ce travail de citations, qu’il me soit permis de dire simplement que la des-
(1) C'est celle que Littré a admise dans ces derniers temps: « Et wnguentis quidquid sit », etc.
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cription qu’ils en donnent est sensiblement identique à celle fournie par l’aateur latin et qu'ils s'accordent à lui attribuer les principales propriétés industrielles et médicales que les Romains lui reconnaissaient. Que si ces derniers en ont fait «un breuvage d’or », une panacée, une merveille, cela tient uniquement à la rareté de cette plante chez eux et à ce qu’elle emportait avec elle le prestige du prix qu'on la payait aux étrangers. Pline nous le dit assez dans le passage suivant :
« Les seuls remèdes que la nature nous avait destinés sont ceux qu’on trouve facilement et sans aucune dépense... Plus tard la fraude humaine et des inventions lucratives ont produit ces hommes qui promeltent à chacun la vie pour de l’argent. Aussitôt on nous vante des compositions inexplicables; on prise parmi nous l’Inde et l'Arabie.
Pour un petit ulcère, on demande un remède à ia mer Rouge, tandis que chaque jour le plus pauvre d’entre nous dîne avec de vrais remèdes. Vainqueurs, nous avons été vaincus; nous obéissons aux étrangers.
Il nous reste à savoir maintenant si le struthion n’est autre chose que notre « saponaria officinalis » :
Les applications industrielles d’une plante sont toujours basées sur des faits plus certains que ceux déternant son usage médical ; aussi ne m’occuperai-je guère que de celles-là.
La facilité avec laquelle le struthion rendait l’eau mousseuse était généralement connue. Lucien rapporte
le fait de cet imposteur nommé Alexandre qui voulant faire croire qu’il était agité d’une fureur divine mächait, sans qu’on s’en aperçût, du struthior et rendait ainsi beaucoup d'écume par la bouche. Nous avons vu combien cette racine était utilisée dans l’industrie des foulons et c’est là ce qui la rapproche le plus de notre saponaire; mais Théophräste ne nous laisse pas ignorer que les Grecs se servaient pour le même usage d'une autre plantenomméenpaxkeux et npaxhov et d’autres écrivains nous disent également que les foulons de Rome employaient tout spécialement le « Radix lanaria ». Enfin, après tout ce que je viens de dire, il n’est pas permis de reconnaître notre « saponaire officinalis ». dans une plante « sine odore, spinosa et caule lanuginoso, »
Rien ne prouve non plus que celle-ci soit la « sapopaire d'Orient », grosse racine blanche que nous connaissons depuis cinquante ans à peine, racine que, sans doute, on n'aurait pas nommé radicule, et dont la tige nous est complètement inconnue, si ce n’est à l'état hypothétique.
Faut-il conclure de ce qui précède que notre sapopaire était inconnue des Romains ? Loin de le penser, je suis persuadé, au contraire, qu'elle a dû être employée par eux, vu la facilité avec laquelle ils pouvaient se la procurer à bon marché; mais à cause de ce bon marché même on ne lui attribuait que peu de propriétés médicales. Je ne suis pas éloigné de la reconnaître dans « herba lanaria » dont la racine servait au blanchîment de la laine et au nettoyage des étoffes, et dont la plante, selon Pline, avait une action spéciale sur la sé-
crétion du lait (herba lanaria ovibus jejuvnis data, lacüs abundantiam facit). On sait, en effet, que la saponaire est commune en Îtalie où elle croît dans les mêmes conditions qu’en France; c’est-à-dire, au bord des champs, des ruisseaux et des haies. Si ces propriétés industrielles sont peu utilisées actuellement dans les villes — où l’on emploie de préférence le bois de Panama — il n’en est pas de même dans les campagnes où elle est d’un usage très répandu.
Un pharmacien de l'Ecole de Paris, M. Cœresoli, récemment établi dans son pays natal, me disait, il y a quelques années, que cette plante passe pour avoir la même vertu que Pline reconnaît à « J’herba lanaria » et que dans les officines, où elle se vend sèche, on lui attribue à peu près les mêmes usages thérapeutiques qu’en France. Sans m'’arrêter davantage sur ces faits particuliers, je dirai que tous les anciens botanistes s'accordent à lui reconnaître les applications indusirielles déjà signalées et plusieurs font même observer que quoique le savon fut devenu plus commun, on avait toujours continué à se servir de cette plante pour blanchir et dégraisser les étoffes.
Gaspar BAUHIN, dans son « Pinax » dit que de son temps, les Napolitains se servaient pour nettoyer le linge, du suc des feuilles et des racines de la saponaire.
Domnique CraBrée dit qu’elle croît dans la Calabre, dans la Basilicate et que dans ces provinces on se sert avantageusement de ses rameaux et de ses racines pour dégraisser les laines. |
J.-B. Moranr, médecin milanais, dans son « Historia