OBSERVATION XX
Sarcomatosé cutanée généralisée. Troubles cérébraux, oculaires et trophiques pouvant faire admettre une généralisation des néoplasmes dans les centres nerveux. Asthénie cardio-vasculaire terminale, par MM. H. Dauchez et Paul Le Gendre. Internes des hôpitaux. (France, médicale, numéros 74-75 (22 et 25 décembre 1883.)
Résumé.— Antoinette V... 60 ans, cuisinière, entrée d’abord le 9 août 1882 à l'hôpital Laennec, puis le 30 mars 1883, à l’hôpital Saint-Louis dans le service de M. Guibout.
Pas de maladies antérieures, mais elle à eu à supporter de grands chagrins, des privations et des fatigues de toute sorte. {
Le premier trouble qu'elle a remarqué dans sa santé a été un affaiblissement progressif que rien n’expliquait; un mois après ces symptômes elle s’aperçut de plusieurs grosseurs indolentes dans les régions du cou et de l’aisselle,qui ont augmenté peu à peu de volume et de nombre.
Etat août 1882. — 8 ou 10 tumeurs hypodermiques de la grosseur d’une perle à une noisette dans la région sus-claviculaire et autour du creux axillaire ; 5 ou 6 à la partie inférieure du flanc gauche; une dizaine dans la région lombaire; ces dernières, dures, à peine mobiles, adhérentes à la peau,qui, à leur niveau, a une teinte violacée due à un réseau très serré de petits vaisseaux dilatés.
Dans le rem gauche,tuméfaction dure, assez bien limitée, douloureuse, au niveau de laquelle la peau est mobile; mais bientôt devient adhérente et le mamelon se rétracte, quelques ganglions assez volumineux dans l’aisselle.
En trois semaines, accroissement des nodules sous-cutanés, apparition d'une douzaine de nouveaux à la région lombaire.
Troubles digestifs, vomissements alimentaires, affaiblisse= ment graduel de la vue, rétraction des globes oculaires, pupilles punctiformes. |
Excision d'un noyau du cou par M. Legroux; l'examen histologique montre « qu'il est constitué en majeure partie par de petites cellulles rondes et embryonnaires, séparées par des cel« lules fusiformes » Dès lors, les tumeurs furent considérées comme des sarcomes.
La malade quitta l'hôpital, mais venant régulièrement à la consultation, on put suivre les progrès de l'affection. Pullulation des tumeurs cutanées dans les régions indiquées, adhérence de la peau aux plus anciennes, sa coloration rosée ou rouge, indolence, accroissement de l'amblyopie, de la rétraction des globes oculaires, asthénie de plus en plus en marquée,
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* Entrée de la malade à l'hôpital St-Louis, le 30 mars 1883. On note les modifications suivantes :
Œdème des jambes. — Cuisse gauche : tumeur dure, grosse comme une noix, développée dans l’hypoderme, la peau a la teinte d’une ecchymose en voie de régression. Plusieurs nodosités plus petites disséminées,taches de purpura plus ou moins nombreuses et étendues.
Les taches ecchymotiques et les petites nodosités se retrouvent sur le membre inférieur droit.
Membres supérieurs. — A droite et au niveau de la saignée 6 petites tumeurs, ça et là petites ecchymoses à diverses périodes de régression, à gauche large tache ecchymotique au niveau del’acromion.
Sur le tronc une vingtaine de tumeurs arrondies ou ovoïdes grosses comme des avelines siégeant surtout au devant des aisselles, du sternum, sur les reins. Dans le sein gauche, tumeur du volume d’une petite pomme, mamelon rétracté, peau adhérente, douleurs spontanées, intermittentes. — Les ganglions axillaires gauches forment une masse dure bosselée, douloureuse à la pression.
Région lombaire ; 30 nodosités, la peau à leur niveau est vineuse. — Au cou, chapelet de tumeurs, les unes très petites, mobiles sur la peau, d’autres adhérentes.
Facies cireux jaunâtre, globes oculaires profondément enfoncés dans les orbites, muqueuses conjonctivales et buccales décolorées.
Intensité des troubles visuels ; contraction des pupilles scotomes.
Céphalalgie frontale constante très intense; la douleur siège à laracine du nez et s’irradie dans les orbites surtout à gauche.
Epistaxis peu abondante, purpura, polyurie.
Diagnostic de M. Besnier à qui la malade est présentée : Sarcomatose cutanée avec généralisation viscérale.
Aggravation des troubles digestifs (vomissements, diarrhée, anorexie) des troubles cardiaques (état asystolique).Persistance
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de la céphalalgie, apparition incessante d’ecchymoses sponta= nées.
Enfin, œdème localisé du membre supérieur gauche dû à la compression de la veine axillaire par la masse ganglionnaire de l’aisselle. Douleur dans le côté gauche du thorax, submatité et râles sous- crépitants fins à la base.
Mort hors de l’hôpital, juin 1883.