TRADUCTION TEXTUELLE
Gr... 52 ans, d’une santé robuste jusqu’en 1877. (14 mois avant la visite du d' Gairdner qui eut lieu en juillet 1878.)
Le premier signe d’altération de la santé fut l’apparition de tumeurs sous-cutanées en différents points du corps, d’abord sur l'abdomen entre l’ombilic et la crête iliaque, puis sur la tête et enfin sur les épaules.
Leur apparition fut accompagnée de douleur et l'attention du malade fut ainsi attirée au moment de la formation de chaque nouvelle tumeur. Cette douleur avait un caractère aigu et déchirant, mais diminuait graduellement, dès qu'elles atteignaient leur entier développement; aussi les examinait-on moins souvent, si bien qu'il arrivait qu'elles avaient disparu quand on voulait les constater de nouveau. Certaines qui ne disparaissaient pas diminuaient de volume peu à peu et souvent sirapidement qu’en quelques jours, il y avait une différence très appréciable.
Cet état continua pendant six ou sept mois, le malade espérant toujours que «ses ennemies », comme il les appelait, à force d’apparaître et de disparaître finiraient par ne plus se montrer. Mais il n’en fut rien et le malade commença à éprouver de l’affaiblissement et de la perte de l'appétit. C’est à cette époque que le vit le D' Thomson dont l'attention se porta particulièrement sur une des premières tumeurs parues. Elle sié-
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geait sur la paroi abdominale, immédiatement au-dessus de la crête iliaque, près de l’épine iliaque antéro-supérieure ; c'était la plus volumineuse de toutes, mesurant 4 pouces sur 3. — La première impression du D'Thomson fut que c'était un lipome, mais suivie pendant un ou deux mois, elle paraissait diminuer et deux mois après, quand il voulut la rechercher il n’en trouva plus aucune trace. D’autres eurent assurément la même évolution, mais ne furent pas suivies. |
Cette période dura pendant 10 mois après le début jusqu’à 2? mois avant la terminaison de la maladie. Pendant cette période, la santé générale subit des modifications : amaigrissement, perte de l'appétit, puis se produisit une aggravation avec hoquet d’abord sans vomissement,puisavec vomissements, douleur à la région lombaire gauche s’étendant à l’ombilic et un peu au-dessous, si bien que l’on crut à la présence d’un calcul dans l’uretère. Mais l’urine était normale. Les phénomènes aigus se calmèrent, mais le hoquet persista pendant quelque temps. Enfin les mêmes symptômes se reproduisirent, puis nouvelle amélioration, le hoquet reparaissant de temps à autre. C'est vers cette époque, juillet 1878, que le D' Gairdner vit le malade avec le D'. Thomson, et constata l’état suivant. Les tumeurs peuvent être divisées en tumeurs immédiatement souscutanées et en tumeurs plus ou moins intimement unies au tissu cellulaire sous-cutané. La seconde classe comprend les tumeurs les plus considérables au point de vue du volume,non adhérentes à la peau, aux muscles, aux aponévroses, aux 08, ou aux Cartilages ; leur forme en général est globuleuse ou ovoïde, la sensation qu'elles donnaient à la main, rappelait celle du sarcome ou d’un lipome à consistance ferme, mais on ne sentait pas de kyste, elles n'étaient pas aussi dures que du fibrome, mais bien limitées, homogènes enapparenceet n'avaient rien de la densité particulière et du caractère envahissant du squirrhe.
Quant aux tumeurs immédiatement sous-cutanées, elles étaient si intimement unies à la couche profonde de la peau
que l’on pouvait se demander si elles avaient leur origine dans le derme ou dans quelques-unes de ses dépendances. Comme dimensions, la plupart avaient celles d’une fève, quelques-unes avaient des caractères qui rappelaient à la fois ceux du molluscum simplex et du tubercule sous-cutané douloureux ou du névrome. Beaucoup de ces tumeurs sous-cutanées adhéraient nettement à la peau qui était tendue au-dessus d'elle, lisse, un peu décolorée avec tendance à devenir bleuâtre, mais elles n'étaient pas très saillantes, n’avaient pas de pédicule et ne montratent aucune tendance à s'ulcérer; pas de dilatations veineuses dans le voisinage, aucun signe d’oblitération des lymphatiques ; enfin elles n’étaient pas le siège de la douleur excessive au toucher propre aux névromes, ce n’est qu'au moment de leur développement qu'il y a eu de la douleur très-vive, sans localisation constante, ne siégeant pas toujours dans la tumeur même et ne s'irradiant pas suivant le trajet de quelque nerf pacticulier. Aussi peut-être était-elle due à la compression de troncs nerveux.
Mais le fait le plus curieux est que pendant le cours de leur évolution et de leur multiplication graduelle, beaucoup de ces tumeurs, ou du moins un nombre suffisant pour mettre le fait hors de doute, ont complètement disparu sans laisser aucune trace d'induration ou d’altération pathologique.
Le Dr Gairdner conseilla d'essayer l’iodure d’arsenic à la dose de uu douzième de grain, 3 fois par jour en pilule.
Le 3 août, le D' Thomson nota qu'il y avait au moins 30 tumeurs distinctes dans l’intérieur ou au-dessous de la peau. Leur disposition était la suivante : |
5 dans le cuir chevelu avec l’apparence de tumeurs sébacées ordinaires, aucune d’elles n’est saillante et ne dépasse un demi pouce de diamètre. 17 sur le corps depuis la racine du cou jusqu’au niveau des reins, 13 dans le triangle sus-claviculaire droit dont 2 profondes, une près de la peau, 5 sur les épaules, omoplates, clavicules, une à gauche au milieu de la clavicule, ayant un pouce et demi dans son plus grand diamètre et qui est très
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distinctement lobulée. Une au dessus de la clavicule à un pouce de l’acromion mesurant 3/4 de pouce de diamètre. Cinq sur une rangée s'étendant d’un point situé à 2? pouces en dehors du sein gauche à la paroi postérieure de l’aisselle, 2? au-dessus du grand pectoral sont lobulées.
Outre ces différentes tumeurs, il y en a encore 12 décrites en diverses parties du corps : une sur le bras gauche, peu mobile, adhérente par la partie profonde ; une sur la paroi abdominale à gauche de l’ombilic à 3 pouces au-dessus et en dehors, une au-dessus du milieu du ligament de Poupart du côté gauche; une dans le scrotum, mobile, du volume d’un petit pois, surface lisse; une sur la cuisse droite, au-dessus des vaisseaux, à 3 pouces au-dessous du ligament de Poupart; une un peu audessus du condyle externe du fémur droit; une sur la portion tendineuse du gastrocnémien droit; une à la partie interne du jarret gauche à 3 pouces au-dessus de l'articulation dy genou ; quatre près du milieu du dos, ? à droite et 2? à gauche uës apophyses épineuses à 3 pouces en dehors.
En tout, il n’y avait pas moins de 34 tumeurs ; la plus volumineuse mesurant environ 2 pouces et demi sur 2 et située dans le dos ; elle a été le siège d’une forte douleur.
Les dimensions de ces diverses tumeurs variaient depuis celles d’un pois cassé à deux pouces et demi sur deux pouces.
Un grand nombre d’entre elles avaient un diamètre de un demi à trois quarts de pouce où l’étendue d’une pièce d’un shil- Hing. Elles variaient aussi dans leur rapport avec la peau, quelques-unes et surtout les plus petites étaient près de la peau, elles offraient un aspect bleuâtre ; d'autres étaient plus profondes et laissaient la peau se plisser facilement au-dessus d'elles, mais en même temps produisaient une saillie distincte. Une troisième catégorie ne se découvrait qu’à la palpation à cause de leur siège plus profond encore.
L'état général du malade continua à décliner; il maigrit rapidement, devint abattu, assoupi, n’eût que peu d’appétit et eût presque toujours du hoquet et des vomissements, et il
devint probable qu'il existait aussi des tumeurs dans les viscères.
La mort survint le 10 août, le hoquet ayant été jusqu’à la fin le symptôme le plus pénible.
Autopsie. — Outre les tumeurs de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané il y avait un grand nombre de productions analogues dans la cavité abdominale, dont beaucoup sur l'intestin.
Plusieurs furent données au D'J. Coats qui rapporte ce qui suit :
Rein droit et capsule surrénale. — Le rein est normal, dans son enveloppe cellulo-adipeuse plusieurs groupes de tumeurs.
La capsule surrénale gauche à la forme d’une masse globuleuse et aplatie de trois pouces et demi de diamètre ; en deux ou trois points de sa partie superficielle, on voit une tumeur arrondie, dans sa partie centrale on trouve une structure semblable à celle des autres tumeurs qui vont être décrites :
Tumeur trouvée au-dessous du rein droit et derrière le cœcum.
C’est une masse irrégulière de deux pouces et demi de dia-
mètre et composée en partie de tissu noir et en partie de sang extravasé. :
Petite portion de l'intestin grêle avec tumeur en partie pédiculisée, du volume d’une moitié de cerise faisant saillie sur la surface interne. Dans le mesentère on trouve une autre petite nodosité. Dans l'intestin existe une autre tumeur pédiculée naïssant de la membrane muqueuse et remplissant le calibre du canal intestinal.
Toutes ces tumeurs ont une texture molle et presque toutes renferment des caillots sanguins.
A l'examen, on trouve qu’elles sont généralement composées de cellules rondes avec un réticulum très légèrement développé. Ces cellules sont un peu plus grandes que les globules rouges du sang ; leurs plus grandes dimensions sont de 1/3200 mais avec des variations considérables.
Une grande tendance à La rupture et à l’hémorrhagie est le caractère frappant de beaucoup de ces tumeurs et peut probablement expliquer la disparition de quelques-unes d'entre elles observée pendant la vie.
Voici, dans les grandes lignes, le rapport de la commission chargée d'examiner les pièces présentées par le docteur Gairdner : Ces pièces comprenaient : 1° Deux tumeurs lobulées avec une partie centrale molle et colorée par le sang, mais pourvue d'une enveloppe épaisse et assez résistante ; 2° deux morceaux de peau avec un petit nodule au-dessous d'eux ; 3° une tumeur pédiculée provenant de l'intestin grèle; 4° une masse volumineuse, englobant lerein droit et la capsule surrénale et quelques pièces plus petites paraissant provenir du péritoine et du tissu cellulaire sous-péritonéal.
La structure de ces différentes tumeurs est identique; toutes sont formées de petites cellules arrondies, serrées, mais disposées très régulièrement au milieu d'un protoplasma amorphe ; nulle part, on ne rencontre de réticulum, comme dans le tissu lymphoïde ; mais en divers endroits, on remarque une tendance à l’organisation, comme l'indique la forme allongée de quelques cellules et même la présence de tissu fibreux. Ces néoplasies répondent donc de tous points aux types de sarcomes. Cellules rondes, ou sarcome granuleux ‘et peut-être au gho-sarcome ; mais nous devons ajouter que des tumeurs offrant les mêmes caractères histologiques ontété appelées lymphomes (Path. Soc. Trans. vol. 21 pag. 384) : cependant nous croyons qu'il s'agissait là de sarcomes :le rein, le seul vicère que nous ayions examiné, était sain.
Nous signalerons deux particularités intéressantes : en premier lieu, nombre de ces tumeurs sontentourées d’une capsule ; nous devons ajouter aussi qu'en outre,on découvre des cellules semblables le long des vaisseaux sanguins, ce qui pourrait expliquer la tendance de ces néoplasmes à la généralisation. Dans la tumeur intestinale, les fibres musculaires de la paroi étaient si intimement confondues avec elles qu'il semblait impossible
de les séparer nettement. En second lieu, toutes ces productions sont remarquables par les dimensions de leurs vaisseaux ou plutôt de leurs canaux sanguins. Sur une coupe verticale, beaucoup de nodules semblent creusés de canaux tortueux, rappelant un peu l'apparence de la rate et du système périvasculaire d’autres organes. Sur une coupe transversale, on remarque de même, un grand canal central sans membrane limitante distmctes en beaucoup de points, mais offrant ailleurs une paroi propre et un revêtement endothélial, ou même une paroi fibreuse de quelque épaisseur et autour d’elle une rangée circulaire de cellules serrées les unes contre les autres ; quelques-uns de ces espaces renferment des caillots sanguins. Cette structure permet d'expliquer d’une façon plausible la disparition rapide de ces tumeurs pendant la vie ; quand on se rappelle la rapidité avec laquelle la rate augmente ou diminue de volume, par suite du gonflement de ses follicules et de la multiplication de ses éléments lymphatiques, on peut admettre sans beaucoup d’invraisemblance que ces tumeurs ont une structure analogue, et que,avec leurs grands canaux sanguins, sans membrane limitante, élles peuvent diminuer spontanément de volume ; aussi, conseillons-nous dans des cas semblables d'examiner soigneusement le sang, surtout à la période des affaissements des tumeurs.