‹ De La Sarcomatose CutanéeChapitre 48 sur 68 · TO EE PE NT OT PT CPR LISE · texte numérisé non relu

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mains, ete…., et il y a 25 ans à la suite d’excès de boisson, il a été séquestré dans un asile d’aliénés pour des accidents aigus d'intoxication alcoolique. La fille qui nous donne ces renseignements nous dit que son père a eu à ce moment le délirium tremens Quoi qu'il en soit, malgré ses habitudes alcooliques et son âge de 60 ans, il pouvait faire facilement le métier fatigant de commissionnaire.

Il y a un mois (janvier 1885) il a éprouvé de l’affaiblissement, il s’est mis à maigrir, à avoir de la diarrhée, de l’insomnieet a vu apparaître au commencement du mois de février la grosseur qu’il porte sur l’abdomen.

Etat actuel. — Le malade est un homme très grand, très maigre. Le teint est brun, le faciès fatigué, les yeux excavés, la parole brève, saccadée, l’excitation et l'agitation sont assez grandes. |

Il présente de nombreuses tumeurs, de volume variable, en différents points de la surface cutanée. Elles siégent sur les cuisses et sur le tronc, principalement sur l'abdomen où elles sont nombreuses et volumineuses. On n’en trouve aucune ni à la face, ni dans le cuir chevelu, ni aux extrémités.

On en voit nne à la partie externe et moyenne de la cuisse gauche, une autre à la partie externe de la cuisse droite, à 3 centimètres au dessous du grand trochanter. La première est allongée en forme d'amande ; la seconde a les dimensions d’une cerise. Leur consistance est dure,elles ne sont pas compressibles ni douloureuses à la pression ou au toucher. Elles font une saillie légère au-dessus de la peau qui, à leur niveau, est absolument normale ; elle glisse sur elles. Comme siège anatomique elles paraissent être dans l'hypoderme et n’adhèrent pas aux plans aponévrotiques.

Sur le reste des membres inférieurs et sur les pieds on ne trouve aucune autre tumeur, mais des dilatations variqueuses assez considérables au niveau des jambes.

Tronc. — En arrière le nombre des tumeurs est assez limité, Un peu au-dessous del’angle inférieur de l’omoplate on voit une

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petite tumeur de la grosseur d'une aveline. De plus sur les épaules de chaque côté on observe un certain nombre de taches brunâtres, ressemblant comme coloration aux pityriasis versicolores, mais ne donnant pas, par le coup d'ongle, de lambeaux épidermiques, comme le fait cette dernière affection. Dans la région dorso-lombaire, à 4 centimètres à gauche de l’épine dorsale, existe une tumeur ovalaire, ayant 3 centimètres d’étendue dans le sens tramsversal et un centimètre et demi dans le sens vertical. Elle fait une saillie manifeste à la vue; la peau à son niveau est d'un rouge sombre ; à sa partie centrale se voit une desquamation épidermique qui à la périphérie à la forme d’une petite collerette. La consistance de cette pro duction est dure; quant à ses rapports avec la peau, elle lui est adhérente, s’étend jusque dans l’hypoderme mais glisse sur les parties sous-jacentes. À 4 centimètres au-dessous de cette tumeur, on en trouve une plus petite ayant les dimensions d’un gros pois et présentant les mêmes caractères objectifs de couleur, de rapports, de consistance et de siège.

C'est sur la partie antérieure du tronc que l'on observe les tumeurs les plus volumineuses et en assez grand nombre. Elles sont situées sur l'abdomen, au-dessous d’une ligne transversale qui passerait par l’appendice xiphoïde. On en compte six volumineuses sur la partie gauche du ventre et plusieurs plus petites du volume d’une lentille, soit au pourtour de l’ombilic dans une étendue de 3 à 4 centimètres, soit dans l'hypochondre droit. Les premières font toutes une saillie assez considérables pour être perceptible immédiatement à la vue; quant aux autres, il faut les chercher par la palpation.

Les plus volumineuses sont situées ; 1° au niveau du creux épigastrique ; 2° au niveau du rebord des fausses côtes, un peu en avant de la ligne axillaire ; 3° la plus petite se trouve entre les deux premières. Ces 3 tumeurs siègent par conséquent sur une ligne transversale suivant à peu près la direction des côtes.

La plus grosse, celle qui est située au creux épigastrique, a le volume d'une mandarine; elle fait une saillie de deux centi-

mètres au-dessus des parties voisines. La surface est recouverte d'une croûte arrondie, noirâtre, entourée d'une zone rouge. Au premier abord on pourrait croire à un chancre syphilitique hypertrophique. Elle fait corps avec la peau qu’elle occupe dans toute son épaisseur ; on peut la soulever au-dessus de l’aponévrose sous-jacente sur laquelle elle glisse facilement. Elle n’est le siège d'aucune douleur.

La seconde, située au niveau du rebord des fausses côtes gauches, un peu en avant de la ligne exillaire, a le volume d’une grosse noix. Elle est arrondie et fait une saillie d’un centimètre au-dessus du niveau de la peau. La surface est rouge sombre et présente une exfoliation de l’épiderme. Elle peut être soulevée en prenant la peau en masse; elle n’est par conséquent pas adhérente aux parties sous-jacentes.

La tumeur, des volumes d’une noisette qui est située entre les deux que nous venons de décrire, de même que celles qui Siègent au niveau de l’hypochondre gauche au pourtour de l'ombilic et à sa droite, sont plus ou moins perceptibles à la vue ; mais elles sont très nettement limitées et sensibles à la palpation. Elles varient comme grosseur depuis celle d’une lentille jusqu’à celle d’une aveline. Elles sont rondes ou ovalaires, à leur niveau.la peau est normale ét peut être plissée facilement. Elles sont manifestement situées dans l’hypoderme. Aucune de ces productions n’est le siège de douleurs soit spontanées, soit provoquées.

Les ganglions inguinaux et axillaires sont un peu augmentés de volume; ils sont isolés, durs, indolents et ont la grosseur d’un noyau de cerise. Pas d’adénopathie sous-maxillaire.

L'état général est assez satisfaisant; il n’y a que de l’affaiblissement et un amaigrissement considérable ainsi qu'on peut le constater à la diminution du pannicule adipeux. Peu d’appétit, langue saburrale ; mais le malade est alcoolique et a de la dilatation de l’estomac.

. L'examen de la poitrine fait reconnaître les signes suivants ; submatité en arrière et à gauche ; respiration un peu sèche au

sommet droit en avant; vibrations exagérées et retentissement de la voix. En arrière on entend quelques râles sous-crépitants dans la fosse sus-épineuse gauche, mais seulement au moment des quintes de toux.

Le foie est manifestement augmenté de volume ; il descend à quatre travers de doigt au-dessous des fausses côtes. La sensibilité est très grande à la percussion et à la palpation de la région épigastrique et hépatique. Cette sensibilité amène une contracture musculaire qui empêche de faire nettement la palpation ; pourtant on ne sentaucune nodosité.

La rate ne paraît pas augmentée de volume.

Les testicules sont sains.

En résumé, on se trouve en présence d’un homme âgé de 60 ans, qui depuis 3 ou 4 mois s’affaiblit et maigrit, et depuis un mois voit apparaître des tumeurs sur l'abdomen. Un examen attentif et minutieux a fait découvrir de plus d’autres tumeurs siégeant surtout à la partie moyenne et inférieure du tronc, les unes adhérentes à la peau, ce sontles plusanciennes, les autres hypodermiques.

M. le D" Merklen quiremplace M. Besnier fait le diagnostic de sarcomatose cutanée chez un alcoolique invétéré, atteint de cirrhose graisseuse et qui devient tuberculeux.

Quelques jours après son entrée, nous décidons le malade à se laisser enlever une de ces tumeurs sous cutanées. Nous faisons l’ablation de la plus grosse au niveau de laquelle la peau est normale ; elle a le volume d’une petite noix et siège à 4 travers de doigt au-dessus de l’épine iliaque antéro-supérieure gauche. Cette biopsie est faite avec toute les précautions antiseptiques et la réunion des lèvres de la plaie est effectuée par deux points de suture au crin de Florence.

Comme traitement : régime tonique, solution arsénicale, vin de quinquina.

5 avril. La croûte de la tumeur située près du creux épigastrique est tombée et laisse voir une surface ulcérée, noirâtre, d'où s'écoule un liquide séro-sanguinolent. La tumeur qui se

trouve près des fausses côtes gauches et au niveau de laquelle la peau était rouge et l’épiderme exfolié, est recouverte d’une croûte, et il en suinte une petite quantité de sang et de pus.

Le malade ayant de la diarrhée, on supprime la solution arsénicale ; mais il se refuse à laisser faire des injections sous-cutanées de liqueur de Fowler. D'ailleurs il est assez difficile à soigner, très excitable, irritable, il ne demande que du vin et sa potion de Todd. En outre il se fait apporter de la ville de l’eaude-vie en grande quantité. Il tousse un peu mais ne veut pas garder le lit.

16 avril. La diarrhée qui avait été arrêtée par les pilules d’extrait thébaïque, apparaît de nouveau. En présence du refus du

malade de subir une médication sérieuse, on se contente d’ins-

tituer un régime tonique, d’administrer de l'opium pour calmer l’agitation de la nuit et la diarrhée. La température est normale. 11 n’y a pas d'oppression, mais la toux persiste. On entend en arrière quelques bouffées de râles sous-crépitants fins à la base gauche. Au sommet du mème côté il y a de la submatité ; la respiration est soufflante. Quelques râles souscrépitants à la partie moyenne du poumon droit.

La réunion par première intention est obtenue pour la tumeur qui à été enlevée ; les fils ont été retirés le 4° jour.

Les 2 tumeurs ulcérées présentent toujours une surface sphacélée, noirâtre quine se détergepas.

Au niveau des tumeurs de la région lombaire, la peau est rouge sombre ; l’'épiderme est exfolié ; il semble qu’elle suivent le même processus que celles de l'abdomen, et qu'adhérentes à la peau, 1l se produise dans leur partie extérieure une sorte de gangrène. |

20 avril. Plus de diarrhée, l’affaiblissement et l’amaigrissement font de rapides progrès. Le malade ne cherche plus à se lever. L’oppression n’est pas plus forte et les signes stéthoscopiques n’ont pas changé, mais on constate une vaste ecchymose d’un rouge sombre siégeant à la partie externe de la cuisse gauche et une autre tache large comme la paume

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de la main siégeant au niveau de la région lombaire droite.

22 avril. — D’autres ecchymoses se sont produites au milieu de la cuisse, de la fesse et sur le flanc du côté droit. Le décubitus dorsal peut les expliquer en partie, quoiqu’elles dépassent les points sur lesquels appuie le corps du malade.

Température 38°,5. Agitation nocturne.

25 avril. — La température axillaire est de 39°,4 au matin, de 40° au soir. La langue est sèche, rôtie, fuligineuse. On entend des râles sous-crépitants disséminés dans toute la poitrine. Les ecchymoses se sont encore agrandies, les tumeurs restent stationnaires.

Le malade est agité, loquace; il à constamment du subdelirium ; il s’affaiblit progressivement et finit par mourir le 28 avril.

Autopsie 26 h. après la mort.

Les grosses tumeurs de la peau ne sont pas affaissées, on les retrouve toutes; les plus petites apparaissent diminuées de volume.

Poumon gauche. Cicatrice ancienne au sommet. Tout autour, îlots de granulations miliaires réunis sous forme de bouquets correspondant aux lobules. Dans ces mêmes régions, hépatisation de quelques points. Congestion légère à la base.

Poumon droit. Très emphysémateux dans toutes ses parties. Petite cicatrice tout à fait au sommet. (Edème et congestion des parties supérieures. Bronchite dans les parties inférieures.

Cœur. Poids, 370 gr., flasque; en différents points de la face antérieure plaques blanchâtres. A la coupe, flaccidité par-ticulière du tissu musculaire, décoloration légère des piliers. Pas de lésions des valvules. Pas de caillot dans les cavités.

Quelques plaques athéromateuses dans l’aorte.

Foie. Poids, 1,730 gr. Coloration jaune clair, marbré de rouge à la surface. Bords arrondis. A la coupe, même teinte Jaune graisseuse avec nombreuses traînées rougeâtres. De plus. en certains points, sclérose évidente caratérisée par un état granuleux du tissu.

et dut État

Soit

Rate. Poids, 450 gr., très volumineuse, légèrement diffluente.

Le sang qui s'écoule des différents organes présente un état poisseux manifeste.

Reins. Rien de particulier à noter.

Pancréas et vessie normaux.

On ouvre l'intestin dans toute son étendue ainsi que l'estomac. On voit dans ce dernier organe de nombreuses arborisations vasculaires, mais pas de néoplasme. Dans l'intestin, au niveau de la dernière portion de l’iléon, on trouve une petite ulcération de la muqueuse, arrondie, de la largeur d’une lentille. C’est la seule; elle est réservée pour être soumise à l’examen histologique.

Boîte crânienne. Dure-mère très adhérente au crâne, légère congestion des membranes du cerveau, mais absence complète d'adhérence de la pie-mère à la substance cérébrale. Pas d’athérome des artères cérébrales. Etat sablé du cerveau.

Voir l'examen histologique des tumeurs au chapitre : anatomie pathologique, p.

Foie. Les lobules sont irrégulièrement découpés par des bandes de tissu conjonctif riches en cellules embryonnaires, partant soit, le plus souvent, des espaces portes qui sont très augmentés de volume, soit parfois aussi du pourtour des veines sushépatiques. La capsule, épaisse et fibreuse, envoie aussi des prolongements de même nature dans l’intérieur de l’organe. Les cellules hépatiques profondément altérées ont en grand nombre subi la transformation adipeuse. Cette dégénérescence est irrégulièrement répartie en îlots qui ne paraissent pas siéger de préférence au centre ou à la périphérie des lobules. Les vaisseaux biliaires ne semblent pas altérés (cirrhose graisseuse).

Intestin. Ulcération lenticulaire limitée à la muqueuse. En ce point les villosités et la couche glandulaire ont complètement disparu, le fond de l’ulcération est formé par un tissu fibreux infiltré de cellules embryonnaires et parcouru par des

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vaisseaux nombreux et gorgés de globules (ulcération simple. sans caractères spécifiques d'aucune sorte).

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