ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Eu donnant à chaque variété de lésion un nom qui rappelât la cause de la maladie ou son point de départ dans chacun des tissus qui composent l’articulation , certains pathologistes ont imposé à la classification des tumeurs blanches des divisions et subdivisions qui nous paraissent dépourvues d’utilité. Aussi bien , les auteurs récents , qui ont entrepris en France des recherches spéciales sur ces affections chroniques , ont suffisamment prouvé le vague , l’erreur de pareilles doctrines , et leur ont substitué une division simple , essentiellement pratique, et que , pour plus d’une raison, nous allons adopter.
Nous décrirons :
En premier lieu , les altérations qui ont leur point de départ dans les parties molles de l’articulation (synoviale) ;
En second lieu, les altérations qui ont leur point de départ dans les parties dures (tissu osseux, tissu cartilagineux);
En troisième lieu , les altérations des parties molles extra-articulaires.
§ J. — AKéradoiis qui oui leur point de «lépart dans la
s:»noi'lale.
Trop peu nombreuses sont les observations nécroscopiques pour que nous puissions , dans l’état actuel de la science , établir par des faits concluants les modifications anatomo-pathologiques qui se produisent au début de la maladie. Les preuves nous font défaut quand il s’agit de distinguer les variétés les mieux reconnues dans les autres tumeurs blanches, et de dire, par exemple, les cas dans lesquels la synovite était de forme fongueuse ou de forme pseudomembraneuse. Malgré l’intérêt qui se rattacherait Èu une pareille étude , nous préférons nous contenter de signaler cette lacune regrettable que de chercher à la combler par des hypothèses plus ou moins satisfaisantes, persuadé d’ailleurs que les progrès de l’anatomie pathologique ne tarderont pas à fournir des matériaux. S’il est vrai, en effet, que la Scapulalgie n’est pas mortelle à la première période , elle est par contre assez fréquente pour que des recherches ultérieures viennent d’ici peu résoudre la question , sans même qu’il faille interroger les expériences sur les animaux.
Toutefois quelques observations prouvent que la tumeur blanche peut avoir son point de départ dans la synoviale. Brodie , le premier (1), relate deux autopsies : dans l’une d’elles, la synoviale présentait une ulcération circonscrite, et était le point de départ manifeste de l’affection.
M. Crocq (2) nous donne des détails plus circonstanciés, à propos d’une autopsie faite à une période avancée de la Scapulalgie. La synoviale, injectée par plaques, était marbrée de faisceaux vas-
(t) Màl. des ariicul.
(2) Des Tumeurs blanches des articul. , p. 81 ; 1853.
culaires, et le tissu cellulaire ambiant semblait confondu avec le ligament capsulaire; déjà le mal s’était propagé aux parties dures; non-seulement les cartilages étaient ramollis* faciles à détacher, et présentaient des traces de disgrégation fibrillaire, mais encore les extrémités osseuses, bien qu’elles conservassent leur volume et leur forme normale, étaient le siège d’une ostéite consécutive; la surface des os, légèrement ecchymosée, d’une teinte gris noirâtre, montrait les orifices des canaux vasculaires élargis ; mais cette dilatation diminuait insensiblement à mesure qu’on se rapprochait de la diaphysa de l’humérus ou du corps de l’omoplate ; au même niveau, le périoste se détachait avec .plus de facilité, ce qui pouvait être expliqué par la distension, l’augmentation de volume et la diminution de résistance des vaisseaux qui le traversaient; au centre des os, la moelle était gorgée de sang, et ses canaux vasculaires étaient agrandis: les cellules spongieuses étaient d’une coloration rouge-brun, dilatées et infiltrées par une exsudation albumino-fibrineuse ressemblant aux fausses membranes. Transportée de la synoviale aux os par l’intermédiaire du périoste, cette propagation de l’inflammation indique que la maladie était ancienne , et l’existence d’une fistule déjà ouverte à la partie antérieure de l’aisselle confirme celte opinion.
Nous pourrions citer d’autres autopsies de tumeurs blanches où le mal a pris incontestablemeni naissance dans la synoviale; mais les faits, n’ayant pas été publiés, manquent de détails: tel est le cas observé par JM. Richet (I), il y a deux ans, pendant le service temporaire qu’il faisait à l’Hôtel-Dieu, en remplacement de M. Laugier. Le malade était en proie à des accidents assez graves pour que M. Richet songêât à pratiquer la .Résection. Sur l’avis d’un autre chirurgien, l’opération fut repoussée; mais le malade, déjà très-affaibli, ne tarda pas à sucpomber. L’autopsie démontra que les par-
(t) Communication orale, 18C0 — Péan.
lies molles péri-artTCulairea élaient disséquées par des foyers purulents; l’inflammation paraissait bien avoir débuté par la synoviale; mais déjà la tête humérale et la cavité glénoïde étaient le siég;e d’une ostéite consécutive assez avancée.
§ II. — Altérations qni ont leur point de départ dans les
parties dures.
A. Maladies du tissu osseux.
l. Ostéite.
L’ostéite, à sa première période, a été rarement constatée dans les épiphyses des os longs ; or cette règle demeure applicable à la tête de l’humérus.
M. Crocq[l)est le seul qui nous ait raconté l’histoire anatomique d’une ostéite commençante de celte épiphyse; il trouva les cellules agrandies, infiltrées d’un liquide rougeâtre; l’os gonflé, hypertrophié; le périoste injecté et vascularisé; mais l’inflammation ne s’était pas encore propagée à l’articulation.
Néanmoins, si l’on étudie avec soin la marche de l’affection dans les observations qui nous ont été transmises, il devient évident que plusieurs fois l’ostéite, augmentant d’intensité, s’est terminée par suppuration, cq^ie ou nécrose, et est devenue le point de départ de la tumeur blanche.
H. Carie.
Jusqu’au xvili® siècle, confond.ue avec la nécrose, l’exostose, le cancer, le spina ventosa , la médullite , etc., la carie fut très-mal décrite. Nous avons donc recherché de préférence les faits observés depuis cette époque, et nous avons réuni 16 cas dans lesquels le dia-
(1) Ouvr. cité (obs.).
gnostic est incontestable (1) : 10 fois la carie était bornée à la télé de rhumérus ; 6 fois la cavité glénoïde était simultanément affectée ; une fois seulement, l’acrorjion et l’apophyse coracoïde présentaient les traces de la même affection. Dans tous ces cas, les extrémités osseuses étaient dénudées, détruites dans une grande profondeur ; elles étaient d’une exarescence, d’une friabilité telles que le froissement des doigts les écrasait facilement ; le tissu spongieux , abreuvé de sang et de sanie purulente, était recouvert de fongosités saignantes qui tapissaient les cellules agrandies ou résorbées, et à sa surface bourgeonnaient de nombreuses végétations. Du côté de l’humérus, souvent fa maladie avait fait disparaître le col anatomique, d’autres fois elle avait détruit le col chirurgical, et produit un raccourcissement considérable. Du côté de l’omoplate, tantôt la cavité glénoïde était couverte d’érosions peu profondes, tantôt elle était détruite par de larges ulcérations. Toujours le périoste était moins adhérent qu’à l’état normal, et doublé au dehors par une couche de tissu cellulaire lardacé.