MEMBRES ORDINAIRES
D’abord la Géométrie., six membres. En 1803, la géométrie était à son apogée, apogée qui a duré jusque vers 1825 ; depuis elle est restée stationnaire. On l’a poussée jusqu'à ses dernières limites : il n’y a plus que des perfectionnements de problèmes sans applications dans la pratique, et on peut dire que les mathématiques ont donné aux sociétés humaines tout ce qu’on en peut espérer et même désirer. Aussi, depuis quarante années, les géomètres sont restés dans l’ombre, et leur réputation ne dépasse plus les bancs des écoles, et surtout les salles d’examens pour l’admission et la sortie des écoles spéciales, ou pour l’obtention d’un grade universitaire. En 1803 lorsque le chef de l’État lui-même se piquait un peu d’être mathématicien, ainsi que le prouvent ses lettres à Labey, à Laplace et à Monge, la dédicace du tome second de Y Analyse infinitésimale d’Euler et sa propre nomination à l’Institut, à la place de l’intègre, du modeste et patriotique Carnot, du proscrit de fructidor 1798, de l’auteur de la Géométrie de position, de l’un des plus grands géomètres; si alors, dis-je, le Premier Consul, général Bona-
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parte, pensait dans son palais de Saint-Cloud que six géomètres étaient nécessaires pour représenter cette branche à l’Académie des sciences, aujourd’hui on peut dire que ce nombre est trop considérable et que trois suffiraient amplement pour les besoins actuels de la géométrie et de l’analyse.
Cependant devant les découvertes de Cauchy, qui a substitué, à l’école de Lagrange, la méthode si féconde des imaginaires ; devant les progrès accomplis en Allemagne depuis vingt ans , et devant les efforts de nos géomètres, MM. Puiseux, Hermite, Briot et Bouquet, pour renouveler l’enseignement des mathématiques en France, il serait bon de conserver le nombre de six membres dans la section de géométrie, quoiqu’il ne soit pas possible de ne pas exprimer l’opinion que les mathématiques jouent un rôle beaucoup trop grand dans nos établissements d’instruction supérieure. Il faudrait chercher à diminuer ces études sans application , qui prédisposent les esprits à des spéculations théoriques, sans utilité dans la vie pratique, et qui occupent un temps beaucoup trop considérable dans les années de jeunesse des personnes qui veulent se livrer aux études scientifiques.
Nous arrivons maintenant à la Mécanique avec six membres. Quand on pense aux progrès immenses faits en mécanique depuis le commencement du siècle, quand on voit le rôle de premier ordre qu’elle joue dans l’économie sociale, quand on se rencontre à chaque instant avec les problèmes qu’elle soulève et qu’elle résout presque toujours, quand enfin on considère qu’elle est à présent le thermomètre le plus sensible et le plus rigoureusement exact, pour indiquer l’état de civilisation, de prospérité et de force des peuples, on ne peut s’empêcher de regretter que ce nombre
de six membres n’ait pas été augmenté; regret qui s’accroît encore en voyant les plus grands noms des mécaniciens français absents des listes académiques. Pour ne prendre qu’un exemple, que je choisis exprès dans une partie de la mécanique qui a toujours été beaucoup trop chère à mes compatriotes, et dans laquelle ils ont souvent eu la supériorité sur les autres peuples, dans la mécanique des engins destructeurs ou engins de guerre, les noms des plus grands constructeurs et mécaniciens français de l'artillerie, de la mousquetterie, ou du génie ne s’y trouvent point. Lisez la liste des membres de la section de mécanique ou même des correspondants, vous n’y trouvez ni les noms de feu Marcoux, le meilleur officier constructeur que l’artillerie ait eu dans notre pays ; de Tamisier, l’initiateur dans le perfectionnement des armes rayées à pas de vis ; de Delvigne, prédécesseur, dit-on, de Tamisier ; de Minié, l’auteur de la célèbre carabine ; de Ghassepot, dont le nom est à présent dans toutes les bouches et aussi un peu trop dans toutes les bourses; de Dreyse, l’inventeur du fameux fusil à aiguille de Sadowa ; de feu Colt, l’ingénieux inventeur du revolver; d’Armstrong; deRodmann; de Snyder; d’Ericson, l’inventeur des terribles monitors ; de Martini ; d’Enfield ; de Henry; de Jacoby enfin, l’inventeur des torpilles ou appareils explosibles au fond de la mer ou des fleuves et qui détruisent en un instant les vaisseaux de guerre les plus formidables et les plus dispendieux; et Totleben ! autrement inventif que Vaillant et que Marmont. Assurément, la section de mécanique ne répond guère à sa destination , puisqu’elle laisse échapper tous les mécaniciens, même les mécaniciens militaires; il est vrai que cette section n’est chargée que de recueillir les découvertes et non les inven-
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teurs, et qu'à tout prendre on doit lui savoir gré de ne pas ajouter elle-même de nouveaux moyens de destruction à ceux déjà si nombreux qu'enfantent continuellement les inventeurs. Elle enregistre, c’est déjà bien assez; mais enregistre-t-elle vraiment? Non, la mécanique n’est pas représentée à l’Académie; pour l’y faire entrer, il faudrait augmenter le nombre des membres de six à douze, et faire que les mécaniciens pratiques aussi bien que les mécaniciens théoriques y fussent admis , fussent-ils de simples sergents d'artillerie ou des généraux, des millionnaires industriels ou de pauvres ouvriers. Que l’inventeur du télégraphe électrique, que celui de la machine à coudre, que celui qui perfectionne et construit les instruments aratoires, que celui qui affranchit l’homme des travaux manuels les plus rudes, les plus abrutissants et les plus dangereux, en les remplaçant par une machine, que celui-là, qu'il se nomme Jacquard ou Fulton, Whitney ou Morse, Stephenson ou Richard- Lenoir, entre à l'Académie comme membre ou comme correspondant, et la mécanique fera vraiment partie de l’Institut impérial de France et y sera alors représentée.
Actuellement, la mécanique n'a qu’un semblant de représentation à l’Académie. Sous le prétexte que l’Académie ne reconnaît et n'admet que ce qu’elle appelle la mécanique rationnelle, ou pour mieux dire les mathématiques, elle rejette tous les inventeurs. Qu'est-ce que les mathématiques ont jamais découvert en mécanique? Y en a-t-il un seul, entre ces mécaniciens rationnels, qui ait fait faire un pas à la science qu’il est censé représenter? Tout leur rôle se borne à expliquer, après qu’un instrument a été construit, qu’une machine a été faite, pourquoi la machine fonctionne bien, quelle force elle donne, etc. ; en un mot, ils remplissent
l'emploi de greffiers qui constatent les faits accomplis. Mécaniciens rationnels ou mécaniciens impuissants c’est synonyme. S’ils savaient combien leur opinion est peu importante, quels cas font d’eux les constructeurs, c’est-à-dire les mécaniciens véritables, ils seraient plus modestes et s’effaceraient davantage pour laisser la place aux travailleurs, au lieu d’étaler leur impuissance, trop visible malgré la couche à’æ et à'y sous laquelle ils s’efforcent de la cacher. Le coup d’œil et le jugement chez le mécanicien, c’est comme le tact, la finesse et la dextérité de la main chez le chimiste et chez le physicien; rien ne remplace ces qualités, sans laquelle un savant n’est ni chimiste, ni physicien, ni mécanicien, fût- il le plus grand mathématicien qui ait jamais existé.
La section d 'Astronomie est composée de six membres, et pas un seul de ceux qui en font partie actuellement n’est un astronome pratique. Jusqu’à présent, la France, du moins depuis 1789, n’a presque pas compté d’astronomes pratiques ; et tous ceux qui se livrent à des calculs mathématiques pour construire un almanach nautique, ou expliquer le système du monde, ou déclarer qu’il doit y avoir quelque part une planète invisible, arrivent nécessairement à faire partie de l’Académie, dans la section d’astronomie. C’est, avec la section de botanique, la section où il est le plus facile d’entrer. Dans ces quinze dernières années, l’École normale supérieure a commencé à fournir de bons astronomes; et si le directeur de l’Observatoire de Paris ne les avait pas systématiquement paralysés et même quelquefois, disons le mot, abrutis, nous aurions maintenant une dizaine de très-bons astronomes, au lieu d’avoir de simples computistes et des calculateurs d’almanach, dont l’Académie est
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maintenant encombrée. Dans nos astronomes français, il y a encore trop de l’astrologue du moyen âge ; à quoi bon ces grands mots de Connaissance des Temps et de Bureau des longitudes, au lieu des expressions que tout le monde comprend et que tout le monde emploie, à’ Almanach nautique ou des marins , et du Bureau des calculateurs de /’ Almanach nautique ? Le public est devenu sceptique en science aussi bien qu’en toute autre chose, et les grands mots ne lui en imposent plus; ce qu’il veut, ce sont de faits, et il trouve que nos astronomes du Bureau des longitudes, de l’Observatoire et de l’Académie en sont bien avares. Mais ne calomnions pas trop les astronomes français, ils viennent de faire de bons travaux dans l’Indo-Ghine et au pied de l’Himalaya, à propos de l’éclipse totale de 1868; il est vrai qu’il n’y avait pas parmi eux un seul académicien ; c’est même peut-être à cause de cela qu’ils ont si bien travaillé 4. Le nombre
1. Qui ne se rappelle les expéditions astronomiques envoyées en Laponie et au Pérou, pour mesurer les degrés du méridien? Les membres de l’Académie de 1735 ne se contentèrent pas, comme ceux d’aujourd’hui, d’envoyer des aides, des suppléants, ils payèrent de leurs personnes et partirent euxmêmes. Aussi la science française recueillit tous les honneurs d’un pareil dévouement, et aujourd hui encore ce n’est pas sans une certaine fierté que l’on cite les noms des astronomes Bouguet, La Condamine, Maupertuis et Glairaut. Il serait beaucoup plus convenable et bien mieux dans l’intérêt de la science, de l’Académie et surtout des académiciens, que MM. Le Verrier, Yvon Villarceau, Delaunay, Faye, s’en allassent observer eux-mêmes dans l’Himalaya ou en Australie que de passer leur temps à l’Académie à se disputer, à se dire de gros mots, ou à se donner des éloges ridicules. Voilà une des excellentes traditions de l’Académie tombée en désuétude, et il y en a une autre du même temps que je rappellerai, c’est que l’expédition au Pérou emmena avec elle un botaniste, Joseph de Jussieu, et que l’Académie ne craignit pas de le nommer membre, non-seulement sans présentation de sa part, mais même pondant son absence; il ne siégea même jamais à l’Académie. Je cite ces exemples parce que l’ancienne Académie remplissait mieux ses devoirs, et comprenait mieux ses intérêts et ceux de la science en France que l’Académie de 1868 ; et pour répondre aux objections des académiciens actuels, qui se rejettent toujours sur les traditions lorsqu’il s’agit de maintenir des abus, et jamais sur l’ancienne Académie lorsqu’il faut suivre de nobles exemples.
de six membres est bien suffisant pour la section d’astronomie.
La section de Géographie et de Navigation , qui vient ensuite a vu dernièrement ses membres accrus de trois nouveaux titulaires, ce qui a porté leur nombre à six au lieu de trois qu’il était auparavant par exception. La géographie est peut-être, de toutes les branches de la science, celle qui est la plus mal représentée à l’Académie, et il suffit de jeter un simple coup d’œil sur la liste des membres qui se sont succédé, ou font actuellement partie de cette section, pour reconnaître que la France est peut-être, de tous les peuples civilisés, la nation la moins avancée en géographie. Il y a eu, depuis les guerres de la Révolution et du premier Empire, un certain nombre de voyageurs français, mais aucun, à l’exception du commandant Duperrey, n’a fait partie de l’Académie des sciences, pas même comme académicien libre. On y a nommé des amiraux, des constructeurs de navires cuirassés, des conservateurs de collections de cartes marines, des officiers de marine n’ayant jamais doublé les Caps ; mais parmi les voyageurs ayant honoré le nom français, presque aucun n’y est arrivé. Ainsi : Dumont d’Urville, pourtant amiral, mais qui avait le grand tort d’avoir déplu à Arago, à une époque où l’Académie tenait à ne pas contrarier son chef ; Réné Caillé, le grand voyageur français dans l’Afrique centrale et à Tombouctou ; Alcide d’Orbigny; Victor Jacquemont; le père Hue; de Castelnau ; Lefèvre ; Galinier ; Weddell; Martin de Moussy; etc., aucun n’est entré à l’Académie. On vient cependant, par extraordinaire, d’y nommer un voyageur, M. d’Abbadie , l’explorateur de l’Abyssinie, ou plutôt de l’Éthiopie, comme il tient à
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l’appeler. Marquons son élection comme un des bons mouvements de l’Académie; qui en a si peu. N’ayant pas de géographes dans son sein, l’Académie a tenu aussi naturellement à ne pas en avoir, ou à en avoir du moins fort peu, parmi ses correspondants; et ce n’est pas sans étonnement qu’en parcourant la liste des correspondants de la section de géographie, on n’y voit pas un seul nom des plus grands voyageurs de notre siècle : Mac-Clure, Mac-Clintock, Richardson, Mac-Rae, Simpson, Kane, Wilkes, Frémont, Livingstone l, Speke, Grant, Baker, Barth, Maury, etc., la gloire et l’honneur des sciences géographiques de notre temps; aucun de ces grands voyageurs et navigateurs ne fait partie de l’Académie des sciences de Paris. Et cependant quelle science est plus importante que la géographie? Quelle est la science qui a fait faire de plus grands progrès à l’humanité? Quelle est la science dont les savants ont été mieux connus et plus honorés par les diverses générations? Les noms d’Hérodote, Strabon, Ptolémée, Marco- Polo, Christophe Colomb, Yasco de Gama, Cabot, Jacques Cartier, Hudson, Hernando Cortez, Pizarre, Tasmann, Cook, Vancouver, Magellan, Bougainville, de Lapérouse, de Hum* boldt, etc., sont là pour répondre à toutes ces questions.
Puis, dans la géographie, il y a la géographie de l’histoire naturelle, de l'homme même ; tout cela n’est pas représenté. Il faudrait dix membres dans la section de géographie, dix membres géographes bien entendu. Mais on objectera qu’il n’y a pas dix géographes français dignes d’entrer dans l’Académie; c’est une erreur, ce chiffre serait bientôt atteint. D’ailleurs les voyageurs pratiques ne vieillissent pas, la plupart tombent sur le champ d’honneur,
1. Livingstone vient d’être élu correspondant, le 15 février 1869.
c’est-à-dire meurent en route, et il serait juste que leurs nominations précédassent leur mort.
Section de Physique générale , six membres. Ici nous sommes en présence d’une des parties les plus faibles de la science en France ; la physique exige des appareils dispendieux, une éducation pratique, en même temps que de vastes connaissances théoriques. Jusqu’à présent, ce n’est guère que la dernière de ces conditions qui a été remplie par les savants français. Il est vrai que nous avons eu Ampère, Fresnel et Foucault; Gay-Lussac lui-même, et au besoin Biot et Bravais ; mais à présent il n’y a plus personne que M. Fizeau. On pourrait peut-être penser que Foucault a fait partie de cette section; car enfin Foucault était un physicien comme on n’en voit pas tous les jours, il était un véritable phare des plus brillants dans la science, et cependant il n’a pas été nommé dans la section de physique. Ce n’est pas faute de places vacantes toutefois; car, en 1863, l’Académie a remplacé feu Despretz ; et Foucault, le grand Foucault, aujourd’hui qu’il est mort on peut lui donner ce titre, a dû se retirer devant qui? devant Edmond Becquerel! Une pareille nomination est la condamnation de deux systèmes, du système des professeurs au Jardin des Plantes, qui votent tous, comme un seul homme, pour un des leurs, le fils ou le gendre d’un des leurs; et du système des candidatures posées par les candidats eux-mêmes. Foucault est cependant arrivé à l’Académie en 1865, mais dans la section de mécanique, et on peut dire que sa nomination a été faite in extremis , à une seule voix de majorité, contre tous les professeurs-administrateurs du Jardin des Plantes, qui ont voté en bloc pour le célèbre aide de camp de l’Empe-
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reur, qui avait refusé de signer le rapport du général Allard, sur la réforme de l'administration du Muséum. On ne peut certes pas complimenter Foucault d’une pareille nomination ; c’est Lien l’Académie elle-même et le général Favé qui doivent se flatter d’avoir échappé à de pareilles intrigues. Encore quelques mois de retard, et Foucault n’entrait plus à l’Académie. La mort l’a frappé pour ainsi dire sur le seuil même, au moment où il venait à peine de pénétrer dans l’enceinte des savants officiels.
Tout cela n’est pas Lien Lrillantpour l'Académie ni même pour la France. L’Italie, l’Angleterre, l’Amérique, l'Allemagne, la Suisse et le Danemark même, nous ont presque constamment Lattus sur le terrain de la physique; et depuis la mort de Foucault, nous retombons de plus belle. Qu’avonsnous à opposer à Bunsen et à Kirchhoff, à Glausius et à de La Rive, à Tyndall et à Morse, à Helmholtz et à Mayer ? et encore à Faraday, Forbes, Matteucci, OErsted, Brewster, etc. ? et précédemment à Benjamin Franklin, à Volta, à Toricelli?
Les questions de physique se résolvent sans notre participation, et c’est dur à avouer, mais ce n’est que trop vrai, même sans notre approbation. Que dis-je ? des questions de physique ont été résolues contre nous et malgré notre opposition la plus inintelligente et la plus puérile. Qui ne se rappelle la question des glaciers? question admirable et attrayante par la complication du problème, les conséquences qu’on en peut tirer pour l’histoire de notre planète, la sublimité même des scènes les plus grandioses de la nature. Nous avions sur notre propre sol, dans nos Alpes, dans nos Pyrénées, les laboratoires les plus beaux et les plus accessibles qu’on puisse désirer; et cependant, prenons les annales de la science en France, y compris les Comptes
rendus de l’ Académie, qu’y voyons-nous ? un silence absolu sur cette question, silence qui n’est rompu de temps à autre que par des points de doute, des négations mêmes de quelques académiciens qui auraient mieux fait de se taire que d’élever la voix pour montrer, pourquoi ne pas le dire, une grande ignorance de la question. Tout a marché autour d’eux, et cependant ils en sont restés, concernant les glaciers, aux connaissances du temps de de Saussure ; pour eux, cette question n’existe pas, ils ne la nomment même pas une question, ils l’appellent une « tendance » ; et dire que nous avons le Mont-Blanc sur notre territoire, et que nos frontières touchent au Mont- Rose et à la Yungfrau. A quoi sert donc une Académie des sciences, si elle n’enregistre même pas les découvertes les plus belles et les plus palpables de la physique ? C’est une question que le premier touriste venu touche du doigt tous les étés, que nos jeunes filles même connaissent après une tournée dans l’Oberland, et cependant l’Académie n’v a pris aucune part; la majorité s’est contentée d’opposer la résistance passive du silence. Les étrangers ont fini par ne plus faire attention à nous sur cette question ; ils ont passé outre, sans s’inquiéter si nous les suivions ou si même nous les comprenions; que peut leur faire l’opinion d’une Académie de muets ou de gens qui en sont restés à de Saussure? Aussi Venetz, de Charpentier, Agassiz, l’évêque Rendu, Forbes, Hugi, Mousson, Escher de la Linth, Desor, Tyndall, de La Rive, ont-ils marché de l’avant, et ont-ils résolu les nombreux, difficiles et très-compliqués problèmes de cette belle question de physique, sans qu’aucun nom français vînt s’ajouter aux leurs, sans que l’Académie des sciences surtout daignât s’en occuper l.
I. L’Académie aurait fort bien pu consacrer une partie de ses fonds disponibles à faire exécuter des expériences et des recherches sur les glaciers de
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Aussi longtemps que la physique ne sera pas mieux cultivée chez nous, il y a certes assez de six membres dans la section de physique ; surtout si des membres continuent à y placer leurs fils et à en exclure des physiciens comme Foucault. Seulement, le titre en devait être changé en celui de section de Physique et de Météorologie.
Passons à une section qui fait plus d’honneur à notre* pays, c’est la section suivante ; Chimie , six membres.
De toutes les sciences qui ont autrefois fleuri en France la chimie est la seule qui se soit maintenue toujours au même niveau, et qui nous ait conservé notre rang, sinon de supériorité, du moins d’égalité avec l’Allemagne. Grâce à une réunion d’hommes des plus distingués, qui se sont succédé sans interruption, grâce aussi à l’importance que l’administration a bien voulu accorder à cette science, en appelant des chimistes aux positions officielles les plus élevées, grâce enfin à quelques faux pas que l’on a faits, et qui ont servi aux survivants, nous sommes restés toujours des maîtres dans ce champ de recherches, qui convient d’ailleurs admirablement à notre tempérament national. Aimant les travaux de cabinet, qui ne l’éloignent pas de chez lui ; affectionnant les recherches remplies de détails minutieux, qui demandent d’être classées par ordre ; s’amusant à aligner sur le papier les formules et les noms,
Alpes et des Pyrénées françaises. Plusieurs savants suisses n’ont pas craint» eux. de dépenser de fortes sommes de leur fortune privée, et quelques-uns même se sont ruinés pour observer et publier leurs études sur les glaciers des Alpes Bernoises. Et que l’Académie ne se retranche pas derrière des fins de non-recevoir par suite de manque d’argent, car chaque fois que de la fumée s’est échappée du Vésuve ou de l’Etna, elle a bien su irouver les moyens pécuniaires pour envoyer quelqu’un à Naples et à Catane.
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aussi bien qu’il aligne des soldats sur un chgfmp de manœuvres, le Français a toujours eu un goût très- prononcé pour tout ce qui touche, de près ou de loin, au dosage de la pharmacopée et aux préparations de l’art des Vatel et des Brillât- Savarin. Or, la chimie, il faut bien l’avouer, est une espèce de cuisine, où tous les corps viennent passer au feu des fourneaux, et sont manipulés avec cette délicatesse, cette finesse même, qui touchent aux dernières limites de l’exactitude et de la rigueur dans les observations des atomes, des corpuscules, des molécules, en un mot des infiniment petits.
Cependant la chimie a passé par une crise dans notre pays, et il s’en est fallu de bien peu que, comme les autres sciences, elle ne descendît les degrés de l’échelle du progrès, au lieu de les monter. De 1840 à 1854, on vit deux grands rénovateurs, deux grands chimistes, proposer de nouvelles théories, des aperçus entièrement neufs, et créer une véritable école. Soit que Gerhard t et Laurent eussent été trop hardis, et qu’ils aient devancé beaucoup trop les idées ayant cours avant eux, ce qui est toujours une mauvaise note aux yeux des Académies officielles; soit que des froissements personnels soient venus se mettre en travers de leur chemin, toujours est- il que ni l’un ni l’autre ne sont arrivés à l’Académie, et que la mort est venue les surprendre sans que leurs mérites, vraiment hors ligne, eussent reçu les récompenses de positions et d’honneurs auxquelles tous deux avaient les droits les mieux établis et les plus légitimes. L’Académie des sciences a eu le malheur de ne pas les compter parmi ses membres ordinaires; elle s’est contentée de les nommer correspondants, ce qui, pour un Français habitant le territoire de l’empire, est un titre sans valeur. La mort de ces deux grands chimistes fit faire de salutaires réflexions à
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ceux qui par leurs positions officielles assument la responsabilité de patronner et de diriger la science. Thénard, homme de cœur aussi bien que savant de premier ordre, convaincu qu’il y avait une grande injustice à réparer envers les mémoires de Gerhardt et Laurent, n’hésita pas à donner une somme assez forte (30,000 fr.) pour fonder la Société de secours des amis des sciences , dont le but est de venir en aide aux veuves des savants morts à la peine, et morts surtout avant d’avoir reçu les récompenses pécuniaires et honorifiques méritées par leurs travaux. Les noms de mesdames veuves Gerhardt et Laurent furent inscrits les premiers en tête de la liste des secours alloués par cette Société, qui, dès 1857, fut en état de soulager et de réparer les erreurs des contemporains, autant qu’il est possible lorsqu’il est trop tard. Dans ses statuts, la Société des amis des sciences a cru devoir inscrire une clause bien étroite, comme condition nécessaire, pour avoir droit à des secours, clause qui indique l’influence peu libérale qui a présidé à son organisation ; cette condition consiste en ce que le savant qui désire avoir des secours, ou qui peut espérer que, lui mort, on en donnera à sa veuve, à ses enfants et à sa mère, soit l’auteur d’un mémoire ou travail jugé par l’Académie des sciences digne d’être imprimé parmi ceux des savants étrangers, ou, tout au moins, qu’il ait fait un mémoire ou un travail approuvé par elle. C’est mettre ceux qui demandent des secours sous la coupe de l’Académie des sciences, qui, jusqu’à présent, s’est montrée bien peu intelligente dans l’administration de ses récompenses, de ses titres et de son recrutement. D’ailleurs, quand on fait appel à tous les amis des sciences, et qu’on demande leur souscription pour venir au secours des savants ou de leurs familles dans le besoin, on doit avoir le bon goût
de ne pas faire sentir qu'un seul corps savant, quelque haut placé qu'il soit, puisse être le seul juge dans la distribution des sommes recueillies. Cette condition, sine qua non , doit arrêter les souscripteurs, surtout parmi les savants qui connaissent l’organisation et l’histoire de l'Académie, et les vrais amis de la science feront bien d’insister pour que cette clause soit effacée des statuts de la Société.
Frappés de ces décès pénibles et tristes, occasionnés plus encore par les déboires et les mécomptes que par les maladies, les chimistes français occupant les positions officielles résolurent de ne plus laisser se renouveler un pareil spectacle, et eurent l’habileté de mettre à profit cette espèce de martyre scientifique de Gerhardt et de Laurent. Aussitôt qu’une place vacante se présente à l'Académie, peu importe dans quelle section, on y pousse un chimiste ; c’est ainsi qu'on a vu des chimistes sur le point d’entrer dans la section de botanique, que l’économie rurale en a accueilli plusieurs, et que la minéralogie surtout est devenue une annexe de la section de chimie. Cet accaparement des fauteuils académiques par les chimistes a fait dire, avec quelque raison, que l'Académie des sciences se transformait en une Académie de chimie; et la dernière nomination, en 1867, d’un chimiste comme secrétaire perpétuel, a plutôt affirmé qu’affaibli cette accusation. La chimie obtient à l’Académie r ainsi que dans toutes nos institutions scientifiques, la part du lion; et les chimistes se plaignent encore. On peut juger, par ces plaintes, combien doivent souffrir et languir certaines sciences qui ne sont que peu ou même pas du tout représentées soit à l'Académie, soit dans la plupart de nos établissements d’instruction publique. (Voir la note à la fin du chapitre.)
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L’Académie compte quatorze chimistes parmi ses membres ordinaires ; ce qui est beaucoup trop si Ton a égard aux diverses sections, telles qu’elles ont été délimitées par le décret du Premier Consul, en date de Saint-Cloud, 3 pluviôse an XI, mais ce qui, en réalité, n’est que juste et ne fait que correspondre aux besoins bien compris de la chimie en France. Seulement, ce nombre de quatorze membres nous démontre, mieux que tout autre argument, que si les chimistes ont eu le bonheur de se faire apprécier et reconnaître par l’Académie, ce n’est qu’en s’emparant, pour ainsi dire par la force du poignet, des places destinées à d’autres spécialités, et que les anciennes divisions, ainsi que le nombre de places dans chaque section, ne peuvent plus rester comme l’a réglé le Premier Consul. 11 faut avoir égard aux besoins de notre époque pour donner satisfaction aux diverses branches des sciences qui se sont développées au delà de tout ce que l’on pouvait prévoir en pluviôse an XI, # ainsi qu’aux sciences nouvelles qui ont été fondées depuis. On peut conclure de ce qui précède que la section de chimie devrait être portée aujourd’hui de six membres à douze, ce qui permettrait aux autres sections de reprendre le nombre de membres non chimistes auquel elles ont droit.
La section de Minéralogie se compose de six membres. Là nous sommes en présence de la partie vraiment faible, delà partie la plus défectueuse de l’Académie. Dans le siècle dernier et même au commencement de celui-ci, tout ce qui était caillou ou rocher, minerai ou cristal, pierre en un mot, rentrait dans la minéralogie. La géologie n’existait pas, la paléontologie pas davantage ; et c’est à peine si ces noms avaient été prononcés dans l’enceinte de l’école de Freiberg
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et dans le cabinet d’étude de Cuvier. Aujourd’hui la minéralogie a fait comme les mathématiques : après avoir eu son apogée à l’époque d’Haüy, elle est devenue stationnaire ; c’est une science faite; elle ne comporte plus que des perfectionnements de détail. La chimie inorganique ou minérale tend d’ailleurs à l’absorber et à n’en faire qu’une branche de ses recherches. La géologie et la paléontologie sont, au contraire, des sciences qui, quoique nées d’hier, marchent à pas de géant, et prennent des proportions de plus en plus considérables ; elles occupent la vie entière de milliers de savants et d’observateurs; sur tous les points du globe, vous voyez des géologues et des paléontologistes qui, le marteau à la main et la loupe près de l’œil, interrogent tous les escarpements, toutes les tranchées, toutes les falaises, tous les sillons, tous les tunnels, toutes les galeries, tous les pics, toutes les profondeurs : grâce à leurs travaux, on voit se dérouler l’histoire de notre planète, on reconnaît les phases par lesquelles elle a passé avant que nous ne venions l’étudier, on touche de la main toutes les séries des êtres qui nous ont précédés, depuis les premières manifestations de la vie jusqu’aux géants, dont la mémoire des hommes a conservé le souvenir dans ses légendes. Le géologue et le paléontologiste étalent tous les jours devant nos yeux émerveillés de nouveaux chapitres de l’histoire de tout ce qui nous entoure, de ces témoins que l’on croyait muets et dont la langue, autrement difficile à déchiffrer que celle des anciens Égy tiens ou Assyriens, a fini cependant par être lue couramment grâce au génie de Cuvier, de Werner, de Smith, de Brongniart.
Comment se fait-il qu’avec des parrains tels que Cuvier et Brongniart, ces sciences, qui occupent le premier rang dans
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tous les autres pays, ne soient pas même représentées à l’Académie des sciences de l’Institut français? Les hommes n’ont cependant pas manqué; avec notre esprit fin, droit et brillant, nos géologues et nos paléontologistes se sont élancés sur les traces des maîtres, ils ont suivi les voies nouvellement ouvertes, ont contribué largement à étendre les bases de nos connaissances, ont bâti même de nouvelles ailes aux palais de la géologie et de la paléontologie, sans laisser dégénérer l’architecture grandiose qui a présidé à l'élévation des édifices principaux.
Non-seulement les géologues et les paléontologistes français n’ont pas manqué, et ont dignement rempli et remplissent encore, tous les jours, leurs devoirs envers la science; mais eux aussi ont eu leurs martyrs et leurs enfants perdus; Jacquemont était autant géologue que botaniste ; d’Orbigny a été un des plus brillants paléontologistes et géologues de ce siècle ; le géologue d’Osery a été assassiné au Pérou ; de Boucheporn est allé contracter sous le soleil torride et pernicieux .de Panama, la maladie qui l’a tué au retour; Tallavignes, en poursuivant le terrain numulitique, est mort à la fleur de l’âge sur un misérable bateau à vapeur du Danube ; enfin Toussaint-Bravard a été enseveli vivant dans une mine pendant le tremblement de terre de Mendoza. Tous ces avertissements, tous ces dévouements ont été perdus pour l’Académie, qui continue à faire la sourde oreille et à exclure les géologues et la géologie de son sein. Au moment où j’écris, au 1er janvier 1869, il n’y a pas de géologue dans la section de minéralogie qui est composée de deux minéralogistes, deux chimistes et un météorologiste; la sixième place est vacante, et selon toute apparence, ce sera un minéralogiste qui l’occupera. Si j’avais quelque
influence auprès de mes confrères les géologues français, je leur dirais de s'abstenir complètement de se présenter à l'Académie ; il n'est pas digne pour eux et surtout pour les sciences géologiques qu’ils représentent dans le monde scientifique, d’accepter les positions d’infériorité numérique et de titre qui leur sont faites dans ce corps savant officiel, où le nom de leur science n'a pas d’existence légale et reconnue; l’ostracisme complet est de beaucoup préférable dans l’intérêt même de la géologie. Il est vrai toutefois que l’Académie a de bien bonnes raisons pour se méfier des géologues, en présence du seul représentant de la géologie qu'elle possède. Car il lui est difficile d’oublier, et voulutelle l’oublier, que tous les quinze jours un de ses secrétaires perpétuels le lui rappelle : que la question de l’antiquité de l’homme n’existe pas ; que la question glacière n’est qu'une « tendance » ; que la paléontologie n’est qu’un guide-âne; que la géologie est contenue tout entière dans un pentagone ; et qu’avec des tableaux d’angles sphériques et une table des logarithmes on explique toute l’histoire de la Terre. Arago a pris soin lui-même, en 1829, de proclamer, avec cette autorité que lui donnait sa haute position, que jusqu’à la découverte de « la méthode lucide et rigoureuse » de M. Elie de Beaumont pour reconnaître l’ancienneté relative des différentes chaînes de montagnes, la géologie n’était « qu’une simple collection d’hypothèses bizarres, » et que comme deux augures , « deux géologues ne pouvaient se regarder sans rire. » (. Annuaire pour l'an 1830, présenté an roi par le Bureau des longitudes , p. 202). Et il ajoute: que le travail de M. de Beaumont est ce qu’il y a «de plus curieux et de mieux établi » en géologie! C’est dommage qn’ Arago n’ait pas vécu jusqu’à la naissance du pentagone;
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car alors il aurait pu retourner tout ce qu’il avait dit sur les géologues et la géologie, avant 1829, pour l’appliquer aux hypothèses et aux partisans du quinconce pentagonal.
La valeur et l’importance d’une science se mesurent par l’intérêt que lui témoigne le public et par l’existence des sociétés savantes libres. Or de toutes les sciences, il n’en est pas une seule qui soit plus populaire que la géologie, même en France où toutes sortes d’entraves officielles sont venues s’opposer à son développement et à sa popularité. La Société Géologique de France, société libre, est la plus prospère de toutes les sociétés savantes de France ; c’est elle qui a servi et sert encore de modèle à toutes les autres sociétés savantes de Paris. Les sciences qui sont le plus largement représentées à l’Académie, qui reçoivent toutes les faveurs et toutes les places du gouvernement, sont loin de pouvoir entrer en concurrence avec la Société Géologique de France. La chimie ne possède une société que depuis quelques années seulement, et le nombre de ses membres n’atteint pas la moitié de ceux de la Société de géologie. La physique n’a pas même de société; l’astronomie est dans le même cas; les mathématiques, qui occupent uue si vaste place dans les positions de professeurs des facultés, de la Sorbonne, du Collège de France, des écoles spéciales et de membres de l’Académie, n’ont pas assez de vitalité intrinsèque, pour pouvoir former une seule société libre. La valeur véritable des différentes branches de la science ne peut se mesurer qu’au thermomètre des sociétés savantes libres; c’est là le seul instrument véridique. Pourquoi l’Académie et l’administration ne le consultent-elles pas plus souvent, et surtout ne se conforment-elles pas à ses indications? Voyez d’ailleurs ce qui se passe à l’étranger, si vous vous méfiez de
la science libre française. Une plus longue revendication des droits de la géologie et des géologues est je crois superflue, en présence de l’état de la science en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Belgique, en Scandinavie et aux États-Unis.
La paléontologie est encore moins représentée à l’Académie que la géologie, si c'est possible. En janvier 1869, il n’y avait pas un seul paléontologiste parmi les membres ordinaires de l’Académie; la section des membres libres, c’est-à-dire des membres sans voix électives, en possède un.
Le manque total de plusieurs sciences à l’Académie s’y fait sentir quelquefois d’une manière assez embarrassante pour MM. les académiciens, qui s’efforcent alors de s’en tirer par des faux-fuyants et des subterfuges. Ainsi, d’après l’organisation du Muséum d’histoire naturelle, l’Académie doit présenter une liste de candidats aux chaires vacantes de cet établissement. Or ;1 arrive qu’il y a des sciences ayant des chaires au Muséum qui n’ont pas de sections et dont le nom est inconnu officiellement à l’Académie; par exemple, la géologie et la paléontologie. Alors voici les petits moyens que l’on emploie. Gomme il n’y a pas de section de géologie, on ajoute, non dans la liste officielle publiée chaque année en tête des Comptes Rendus , ni dans Y Annuaire de l'Institut impérial , mais seulement dans le corps des Comptes Rendus , et là où le besoin s’en fait sentir, pour que l’Académie ne. paraisse pas être par trop ridicule aux yeux des savants étrangers, le mot de géologie après le mot de minéralogie ; et l’on voit de temps à autre apparaître dans les Comptes Rendus (voir tome LXV1II, 15 mars 1869, page 674) l’expression non officielle, mais tolérée dans certaines occasions pour cacher une fausse honte, d e section de minéralogie et degéolo -
L’ACADÉMIE DES SCIENCES gie. L’exemple tout récent que je viens de citer mérite que je m’y arrête un instant, parce qu’ici tout est dans le faux. Il ^agit d’une liste de présentation de candidats à la chaire de paléontologie au Muséum d’histoire naturelle de Paris. La paléontologie n’existant pas à l’Académie, on a réuni alors deux sections ayant quelques points de contact avec la paléontologie, savoir : section d’anatomie et de zoologie, et section de minéralogie. Pour la botanique, l’Académie agit comme s’il n’y avait pas de végétaux fossiles. Puis, comme les expressions anatomie, zoologie et minéralogie ne rappellent que d’une manière par trop vague et si éloignée qu’on ne voit pas immédiatement leurs rapports avec la paléontologie, l’Académie a ajouté de sa propre autorité et sans aucun droit le mot géologie . Et quand je dis sans aucun droit, il ne faut pas penser que ce soit faire une injustice à l’Académie ou aux académiciens, car dans la section de minéralogie, il n’y a pas actuellement un seul géologue, ainsi qu’on peut s’en assurer en jetant les yeux sur la liste :