‹ De la science en FranceChapitre 17 sur 39 · CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

CORRESPONDANTS

Depuis l'établissement du réseau des chemins de fer dans l’Empire français , il n’y a plus de raison pour nommer des correspondants nationaux habitant l’empire. D’un point quelconque du territoire, qui n'est ni la Corse, ni l'Algérie, ni les colonies , on peut se rendre aux séances de l’Académie, aussi facilement qu’autrefois les académiciens de Paris, qui avaient des campagnes à vingt ou trente lieues de la capitale II ne serait plus nécessaire d’être domicilié à Paris, pour être membre ordinaire de l’Académie ; il suffirait d’habiter la partie du territoire de l’empire qui n’est pas au delà des mers. Par ce moyen, on rendrait justice aux savants de province ; et, en les laissant dans leur pro-

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vince, on n’attirerait pas dans la capitale toutes les capacités, pour en dégarnir toutes les autres parties de l’empire. Ce serait une bonne mesure dans l’intérêt de la décentralisation, dont on se plaint tant, dont on parle tant, mais pour laquelle on fait si peu. D’ailleurs le nombre des correspondants français habitant les provinces, est allé toujours en diminuant ; il y a des sections qui n’en comptent même pas un seul, ou à peine un ; enfin il y a des correspondants dont le domicile est à Paris, et qui ne figurent avec une adresse en province, que comme mémoire et pour remplir les formalités du règlement.

On continuerait à nommer correspondants des Français habitant à l’étranger ou dans les colonies, cela va sans dire. Pour le nombre, il serait nécessaire de le modifier et surtout de l’augmenter, dans la plupart des sections. La Géométrie , six membres ; cela suffit largement. La Mécanique , six membres ; c’est bien peu : il faudrait porter le nombre à dixhuit ou vingt-quatre, et y faire entrer des mécaniciens pratiques, grands inventeurs, comme Ericson, etc... Glausius, qui est un physicien des plus distingués, ne devrait pas plus être dans cette section que Foucault n’aurait dû être parmi ses membres ordinaires. Ce système d’entorses aux sections pour y placer des savants dont les études n’ont pas ou n’ont que peu de rapports avec la section, ouvre la porte à toutes sortes d’abus, qu’il faut éviter, en ramenant les classifications des membres et des correspondants aux significations véritables de chaque branche de la science. Pour les irréguliers de la science, il y aurait toujours les deux sections des académiciens libres et des correspondants libres.

V Astronomie a seize correspondants, ce nombre est considérable ; on a même de la peine à le tenir au complet. Il

est vrai que nos astronomes de l’Académie sont peu au courant de ce qui se fait dans la science qu’ils cultivent; et que souvent ils viennent nous donner, comme de grandes nouveautés, des expériences faites quinze années auparavant dans les autres pays. Par exemple, je citerai l’emploi du télégraphe électrique dans les observations, pour relier deux ou plusieurs observatoires entre eux. Les Etats-Unis nous ont précédés de quinze années dans ce genre d’études. En janvier 1868, il y avait quatre places vacantes parmi les correspondants astronomes ; et cependant les bons astronomes étrangers ne manquent pas. Pour n’en citer que quelquesuns, on est un peu étonné de ne pas trouver dans la liste actuelle les noms de : Rodolphe Wolf de Zürich, si connu par ses études sur les taches du soleil; de Ad. Hirsch, le directeur de l’observatoire de Neuchâtel; du professeur Benjamin Pierce de Cambridge (États-Unis), surintendant du coast Survey; de l’amiral Charles H. Davis, le fondateur de Y Almanach nautique américain , et pendant quelque temps même directeur de l’observatoire national de Washington; du capitaine James M. Gillis, célèbre par son expédition astronomique au Chili; du major William H. Emory, qui a dirigé le grand relevé astronomique des frontières entre le Mexique et les États-Unis; de John Tebbutt, le célèbre astronome australien de Windsor, dans la Nouvelle-Galles du Sud ; de Robert L. J. Ellery, le directeur de l’observatoire de Melbourne, etc., etc.

Géographie et Navigation , huit membres. Ici on est en présence d’une des sections qui laissent le plus à désirer pour le nombre des membres et aussi par sa composition actuelle. Sur huit membres, il y a quatre Russes, amiraux ou prin-

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ces; un seul Anglais , pas d’Allemands; surtout pas un seul voyageur ou navigateur, ayant un nom dans la science ou populaire depuis quarante ans. Livingstone, le grand voyageur du xix° siècle, celui dont le nom a pénétré jusque sous le chaume et dans le Log-house , n’en fait pas partie1. Du reste, cette composition du personnel de la géographie, est en rapport avec l’état de décadence et de négligence dans lequel on maintient la géographie et les géographes en France. Cet abandon va si loin, que l’Académie elle-même ignore l’existence de ses correspondants à l’étranger; et qu’il est arrivé qu’on a nommé correspondant un savant de la Souabe; c’est-à-dire habitant aux portes mêmes de la France, de l’autre côté du Rhin et du Schwartzwald, qui était mort depuis dix années ! Cet exemple est le critérium le plus concluant que l’on puisse citer de l’ignorance de nos savants, et du peu d’intérêt qu’ils prennent à ce qui se passe hors de Paris. Le nombre des correspondants dans la section de géographie et de navigation, devrait être porté à vingt au lieu de huit, si l’on veut rendre justice à cette partie si importante de la science et des découvertes modernes. Pour montrer que rien ne serait plus facile que de composer une excellente liste de correspondants géographes et navigateurs, je vais placer ici en regard la liste actuelle avec celle qui pourrait être :

1 . Pendant que ces pages passent sous la presse, l’Académie me donne un démenti, que je suis heureux d’enregistrer; elle vient de nommer membre correspondant le révérend David Livingstone, dans sa séance du lo février

dernier.

liste des membres actuels (janvier 1869).

Le prince Anatole de Démidoff, à Saint-Pétersbourg (Russie).

L’amiral Ferdinand de Wrangell, à Saint-Pétersbourg (Russie).

L’amiral Frédéric Lutke, à Saint-Pétersbourg (Russie).

Le gentilhomme de la chambre de S. M. I., Pierre-Alexandre de Tchihatchef, géologue-voyageur, qui a exploré l’Altaï et l’Asie-Mineure, à Saint-Pétersbourg (Russie).

Le capitaine Georges-Henry Richards, à Londres (Angleterre).

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