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CHAPITRE PREMIER

Le Corps impérial «les Mines. — La Carte géologique de France

L’Exposition universelle de 1867, à Paris, en réunissant un certain nombre de cartes géologiques de diverses contrées, a démontré la grande infériorité de la France dans la construction et le relevé des cartes géologiques faites aux frais du gouvernement, par le corps impérial des Mines.

Tous les pays qui ont exécuté, ou sont en train d’exécuter de grands relevés géologiques, se sont adressés à des personnes connues par leurs travaux de géologie pratique et par leurs mémoires descriptifs détaillés , minutieux et reconnus exacts par les savants qui les ont contrôlés et

étudiés sur le terrain. En France, on a cru bon de suivre un autre système, et la manie du gouvernement personnel s’v est étendue à la géologie, comme malheureusement il s’est implanté dans notre pays à tout ce qui touche, de près ou de loin, à la chose publique.

Voyons comment les autres pays, démocratiques, aristocratiques ou constitutionnels s’y sont pris; peut-être y trouverons-nous quelques indications, quelques exemples, que nous ferions bien de ne pas négliger, et qui, s’ils étaient utilisés chez nous, conduiraient certainement à des résultats moins regrettables que ceux auxquels nous arrivons tous les jours par nos fautes et nos vanités devenues presque proverbiales, fautes et vanités qui ne se sortit jamais autant montrées au grand jour qu’à l’occasion de l’Exposition internationale de 1867.

Si nous jetons un coup d’œil rapide sur ce qui se passe dans les pays étrangers, voici ce que nous y trouvons.

En Angleterre, le Geological Survey, fondé en 1836 par sir Henry de La Bêche, un des meilleurs géologues pratiques qui aient jamais existé, a pris un développement et une importance qui laissent bien en arrière tous les autres corps d’ingénieurs des mines des autres nations. Commencé avec deux assistants seulement, le relevé géologique du royaumeuni de la Grande-Bretagne et de l’Irlande compte aujourd’hui cinquante-six ingénieurs, y compris le directeur général, sir Roderick Impey Murchison, qui a succédé à de La Bêche, mort en 1855. La carte employée est celle de l’Etat- Major anglais, dite Ordnance maps , à l’échelle de un pouce par mille, ou de un soixante-trois-mille-trois-cenl soixante-millième, c’est-à-dire un peu plus grande que la carte d’Etat-Major français. Le travail est fait aux

deux tiers ; et dans dix années cette immense et magnifique carte géologique sera achevée.

Les sommes employées annuellement n’ont jamais été considérables, vu la grandeur du travail; et jusqu’en 1866, elles n’ont pas dépassé 340,000 fr., toutes les dépenses comprises; tels que : salaires des ingénieurs géologues et des mines; explorations ; cartes ; publications des rapports géologiques, de statistiques de mines, des fossiles ; frais des bureaux d’essai et de statistique, etc. Les cartes donnent tous les détails de la structure géologique qui peuvent intéresser, non-seulement l’industrie et l’agriculture, mais aussi la science pure; sans toutefois sortir du cadre strict de la géologie pratique. Rien n’y est livré aux hasards de la théorie ou des systèmes ; et un acte du parlement britannique autorise les ingénieurs géologues du Geological Survey à pénétrer dans les propriétés privées, et meme à y faire exécuter des travaux de sondage et de perforation de puits pour s’assurer de la structure et de la composition exacte du sous-sol.

La plus grande libéralité préside à la vente des publications de toutes espèces, se rattachant toutes cependant à la géologie et aux mines, faites par le Geological Survey. Les prix en sont des plus modiques et couvrent à peine les frais de tirage, de coloriage et d’emmagasinage. Chaque mémoire, quelque petit soit-il, se vend à part ; il y en a qui ne coûtent que 20 centimes.

Chaque feuille ou demi-feuille de cartes et de coupes se vend aussi à part. Enfin une carte d’ensemble exécutée à une échelle quatre fois plus petite, c’est-à-dire de quatre milles par pouce, ou un deux-cent-cinquante-trois-mille-cent-quarante-millième, se vend aussi par feuilles séparées.

Des musées spéciaux établis à Londres, à Dublin et à

Edimbourg, montrent tous les échantillons de roches, de minerais, de fossiles recueillis sur le terrain. Des modèles de machines employées dans F exploitation des mines ; des catalogues descriptifs de ces machines et des échantillons, sont aussi exposés aux regards de tous les visiteurs. Gomme on a eu un but spécial, en établissant ces musées, qui ne sont que comme des pièces à l’appui des relevés géologiques et des mines, pouvant être consultés par tous les intéressés, tous les échantillons qui ne sont pas anglais sont exclus des regards, et on n'y trouve que des produits nationaux: tout le reste est caché et n’entre pour rien dans les classifications adoptées êt exposées en vue. Ce n’est pas qu’en Angleterre il ' n’y ait aussi des collections étrangères, et même de fort belles et de toutes les parties du monde ; mais c’est au British Muséum, à la Société géologique, au Collège des chirurgiens de Londres, aux musées des Universités d’Oxford, de Cambridge, d’Aberdeen, dans les villes de Liverpool, de Glasgow, de Dublin, de Cheltenham, d’York, de Bristol, etc. , etc., qu’il faut aller les chercher.

Mais ce qui a surtout donné au Geological Sarvey de l’Angleterre, un immense avantage et une supériorité des plus incontestables, c’est la composition et le recrutement des ingénieurs employés. On n’est pas allé s’adresser à* un corps privilégié, ni à une université spéciale, ni à une école quelconque ; mais bien aux capacités reconnues et aux géologues ou ingénieurs ayant fait leurs preuves, sans distinction de nationalité même, car on y a appelé un chimiste prussien, Hofmann. Aussi à la gloire de l’œuvre et de l’Angleterre même, presque tout ce qu’il y a de célèbre dans les sciences géologiques, métallurgiques et paléontologiques, fait-il ou a-t-il fait partie du corps des ingénieurs géologues du Geolo -

gical Survey. C'est ainsi que Ton y voit les noms de de La Bêche, Murchison, Phillips, Edward Forbes, Salter, Jukes, Ramsay, Oldham, Selwyn, Etheridge, Geikie, Hull, Bristow, Aveline, Hunt, Warington Smyth, Huxley, Portlock, Egerton, Hofmann, Tyndall, Percy, etc.

Depuis 1867, la somme allouée annuellement a été portée à près de 500,000 francs ; dépense assez considérable sans doute, mais cependant très-inférieure à ce que coûte en France le corps impérial des Mines ; et dont l'emploi est autrement fructueux et est admirablement adapté aux besoins delà science, de l’industrie et de l'agriculture britannique1.

En Suisse, une grande carte géologique détaillée, a été commencée en 1859 ; et depuis lors, chaque année, voit paraître admirablement coloriées une ou deux feuilles de la carte cïEtat-Major fédéral , du général Dufour, avec des coupes et des mémoires descriptifs, très-importants, à l’appui. Dans un pays démocratique comme la Suisse, l'initiative individuelle et les dévouements à la science et à la patrie jouent un grand rôle. Les places y sont peu nombreuses, et mal rétribuées, quand elles le sont. Aussi pour construire une grande carte géologique de ce pays, sans contredit le plus difficile à explorer et à étudier de toute l'Europe, a-t-il fallu s’adresser à toutes les capacités et à tous les dévouements. Les résultats obtenus déjà sont dignes de rivaliser avec les meilleurs travaux de l'Angleterre, de la Prusse, de la Bavière et de la Belgique ; et cela avec des ressources si modiques, qu’il n'y a qu’une organisation d'une valeur exceptionnelle et supé-

1. Pour plus de détails sur le Geological Sùrvey des îles Britanniques, voir mes Lettres sur les roches du Jura, p. 158, et aussi le Bulletin de la Société géologique de France , t. XXV, p. 123.

rieure à tout ce quia été fait auparavant, qui puisse les expliquer.

Sur une demande faite par le comité central de la Société

Helvétique des sciences naturelles — société entièrement libre,

dont tous les naturalistes suisses peuvent faire partie moyennant une contribution annuelle de 3 fr. — le gouvernement fédéral accorda, en 1859, la somme annuelle de 5,000 fr. pour être employée à la construction d’une carte géologique détaillée, en prenant pour base les feuilles originales de la carte d’Etat-Major, relevée au un cinquante-millième, etpubliée à l’échelle de un cent-millième. Depuis, cette somme si modeste a été portée au chiffre de 8,000 1r. La Société Helvétique nomma une commission géologique, dont les fonctions sont gratuites, et qui se réunit deux fois par année au printemps, et en automne lors des séances de la Société. Cette commission, composée d’excellents géologues et paléontologistes, s’est nommé un président annuel, qui, jusqu’à présent, a été le savant professeur Bernard Studer. Ne pouvant disposer de salaires, ni pour eux-mêmes d’abord, ni même pour les géologues que l’on emploierait sur le terrain , toute la petite somme devant être employée aux frais de voyage des explorations et surtout aux publications des cartes et des mémoires , on fit appel à l’amour de la science et au patriotisme de plusieurs géologues suisses, qui répondirent tous avec empressement à la commission géologique, chacun se chargeant de la partie du pays qu’il connaît le mieux, parce qu’il l’habite et qu’il l’explore depuis de nombreuses années. C’est ainsi que Müller a fait le travail du Jura bâlois ; Moesch, le Jura argovien ; Stutz, le Jura zürichois et leRanden ; Jaccard, Gilliéron et Greppin, les Jura bernois, soleurois, neuchatelois et vaudois ; Théobald, les Alpes grisonnes du Voralberg,

de la Bernina, de la Valteline et de la vallée du Rhin ; Kauffmann, les environs de Lucerne ; Gilliéron, la feuille de Berne, Fribourg et Thoune ; Ischer, le Simmenthal ; de Fellenberg, l’Oberland bernois et le Valais ; enfin Gerlach, le massif du Simplon.

Chaque année la commission géologique, par l’organe de son président, fait un rapport détaillé des travaux et des dépenses, rapport qui est lu à l’une des séances générales de la Société Helvétique, et est imprimé in extenso, après avoir été approuvé par la Société, dans le volume annuel de ses Actes ou Bulletin. Si par suite de maladie ou d’autres empêchements, un membre de la commission n’a pu se rendre aux réunions pendant deux années consécutives, on le remplace par un membre supplémentaire nommé par la Société Helvétique. Grâce à ce concours harmonieux de tous les talents et de tous les dévouements , et sous le contrôle direct de l’opinion publique des géologues suisses, qui font tous partie de la Société Helvétique des sciences naturelles, la Suisse sera dotée d’une grande carte géologique des plus importantes, non-seulement pour l’industrie, l’agriculture, et les voies de communications et autres travaux publics , mais encore qui donnera à la science pure une de ses meilleures bases et ses points d’appui les plus solides pour se constituer et se développer. Et qu’il me soit permis, comme ancien géologue voyageur, qui s’est souvent assis aux foyers hospitaliers de nos confrères suisses, de les remercier de leurs nobles et généreux efforts pour la science.

La commission pour la carte géologique de la Suisse, réélue en entier en 1867, est composée de MM. Studer, président, Mérian, Escher de la Linth, Favre, Desor et de Loriol.

La Belgique a précédé toutes les autres contrées de l’Eu-

rope dans la construction et le relevé d’une carte géologique détaillée à grande échelle, faite aux frais du gouvernement. Quoique dans ce pays il y ait un corps royal des Mines, dont l’organisation ressemble, en partie du moins, à celui de la France, le gouvernement belge ne s’est pas adressé à lui, mais bien à un jeune géologue, André Dumont, qui venait l’année précédente, en 1835, d’être nommé professeur de géologie à l’Université de Liège et d’obtenir de la Société géologique de Londres la médaille Wollaston. Connu par des travaux de géologie descriptive très-remarquables, sur la vallée de la Meuse et la province de Liège, Dumont eut en outre le grand avantage de voir sa capacité appréciée par un homme dont la modestie n’est égalée que par le talent, et qui dans nos temps d’amour des honneurs, du pouvoir, de la fortune et des distinctions, n’a jamais eu qu’un désir, celui de s’effacer, qu’une ambition, celle de voir les progrès de la science. Tous les géologues ont reconnu dans ces quelques mots le vénérable et illustre savant M. d’Omalius d’Halloy, l’auteur de la première carte géologique de la France et de la Belgique, qui recommanda chaleureusement au gouvernement de son pays le jeune Dumont, au lieu de se faire nommer lui-même. Dumont se consacra entièrement à son œuvre de relevé géologique de la Belgique , et pendant vingt années il parcourut pied à pied chaque province, chaque commune, chaque hameau. Un rapport annuel rendant compte de ses opérations à la fin de chaque campagne, était présenté par lui et imprimé dans les Comptes rendus de l' Académie royale de Belgique. En 1854, Dumont put enfin livrer au public, d’abord la grande carte géologique de la Belgique, puis une réduction admirable en une seule feuille ; œuvres qui ont placé son auteur au premier rang des géo-

logues, et qui sont aussi remarquables par la perfection cle leur exécution, que par la profondeur des classifications et la perspicacité du coup d’œil stratigraphique. Malheureusement les forces physiques ne répondirent pas au dévouement et aux rudes labeurs de cet immense travail ; Dumont mourut dans la force de F âge, à quarante-huit ans, presque immédiatement après l’achèvement et la publication de ses cartes.

En Amérique, dans cet heureux pays où la démocratie a résolu le problème, insoluble jusqu’alors, d’employer toutes les intelligences et de faire concourir les efforts de chacun pour le bien de tous; en Amérique, dis-je, on exécute de nombreux travaux de cartes géologiques. Le croirait-on ? là où les mines des métaux précieux produisent plus à elles seules que celles de toute l’Europe, et qui chaque année depuis 1 848, jettent sur le marché monétaire des centaines, de millions d’or, d’argent, de cuivre et de nickel ; là où les roches suintent le mercure ; où le plomb, le zinc, l’étain, l’émeri, le borax, la magnésite, etc., etc., présentent des gisements à côté desquels ceux de l’Angleterre, de la Norwége, de la Saxe, du Hartz, de la Toscane et de l’Espagne, ces pays classiques des mines, ne sont que d’une importance tout à fait secondaire ; là enfin dans ces États-Unis, pays par excellence du fer, de la houille et des pétroles, il n’y a pas de corps des Mines officiel ; c’est à peine si, depuis trois ou quatre années on y a établi un bureau de statistique des mines avec trois ou quatre employés. Lorsque le gouvernement fédéral ou les États ont besoin de cartes géologiques , ils s’adressent aux géologues connus par leurs recherches et leurs mémoires descriptifs, et leur confient le travail, en ayant soin d’exiger des rapports annuels des progrès des relevés faits sur le terrain et de l’ouvrage exécuté dans le

cabinet, rapports qui sont présentés aux assemblées législatives, imprimés et largement distribués aux citoyens. Tout le monde savant connaît les travaux géologiques qui ont été ainsi exécutés dans les États de New-York, du Massachusetts, de Pensylvanie, des Garolines, duTennessée, du Kentucky, du Missouri, de lTllinois, de l’Iowa, du Michigan, du Wisconsin, la Californie, sur le Haut-Missouri, dans les prairies du Texas et du Nebraska, aux Montagnes Rocheuses et sur les bords du Rio Colorado. Le caractère saillant de tous les relevés de cartes géologiques aux États-Unis, est le contrôle permanent et efficace des citoyens qui s’exerce par des commissions législatives compétentes et éclairées, et les publications annuelles des rapports des progrès accomplis , rapports tirés à un très -grand nombre d’exemplaires, et distribués gratuitement à tous ceux qui sont intéresssés à connaître la richesse du sol sur lequel ils habitent. Tantôt on s’adresse à une seule personne chargée de diriger tout le travail, tantôt on a nommé uire commission du Geological Survey ; c’est ce dernier mode qui a donné les meilleurs résultats, ainsi que le prouve le relevé géologique de l’État de New-York, dont les publications ont une valeur vraiment hors ligne.

La Norwége fait relever une grande carte géologique par de nombreux savants, tous connus dans la science, et dont les plus célèbres, MM. Kjerulf et Dallh, ont publié d’excellents travaux sur la géologie des environs de Christiania. Le Wurtemberg a sa commission géologique, composée aussi des géologues les plus distingués du pays, MM. Quenstedt, Kurr, Fraas et Krauss ; et chaque année, depuis 1859, paraissent des feuilles coloriées géologiquement , à la grande échelle de un cinquante-millième.

Les grands-duchés de Bade et de Hesse, la Prusse, la Hollande, la Bavière, l’Autriche, la Suède, le Portugal, et il n’est pas jusqu’à l’Espagne, qui n’aient leurs commissions géologiques, partout composées des meilleurs géologues, et étant partout la cause principale de grands progrès dans la géologie et toutes les sciences qui s’y rattachent.

J’aurais pu aussi invoquer les grandes cartes géologiques qui s’exécutent dans l’Inde anglaise, en Australie, au Chili, au Cap de Bonne -Espérance, à la Jamaïque, à la Trinité, dans la Guyane anglaise , au Canada , dans la Nouvelle- Écosse, à la Nouvelle-Zélande ; enfin partout où la civilisation pénètre, et j’aurais montré que partout les relevés géologiques ont une organisation libérale, bien entendue, aussi bien combinée pour la pratique que pour les progrès de la science pure.

En France, avec des éléments de succès aussi nombreux que dans quelque autre pays que ce soit, avec une dépense annuelle des fonds publics supérieure à tous les budgets géologiques des autres contrées, avec des institutions scientifiques que la vanité nationale proclame les premières du monde, on est arrivé à descendre du premier rang au septième ou huitième, et si Ton continue à suivre la même progression et les mêmes errements, nous serons bientôt au niveau de la Grèce et de la Turquie.

Pour remédier à une situation, il faut d’abord l’exposer franchement, honnêtement, la bien regarder en face ; ne pas craindre les froissements, éviter les personnalités, mais cependant ne pas reculer, sous quelque prétexte que ce soit, devant la vérité, dût-elle n’être vue qu’à travers une ou plusieurs personnes, dont il faut alors forcément critiquer les actes et les théories.

L’Exposition universelle ne pouvait guère avoir lieu à Paris , sans que le gouvernement français , qui consacre chaque année des sommes considérables pour l’étude de son sol, ne cherchât pas à présenter une grande carte géologique. Le travail fut confié à un seul homme, M. Élie de Beaumont, savant, qui vers 1830 a fait des travaux considérables sur la géologie de la France, mais qui depuis de nombreuses années ne fait plus de recherches détaillées sur le terrain, qui n’a même jamais fait de travaux descriptifs minutieux et pied à pied d’une partie quelconque de la France, et dont l’existence a été consacrée à des reconnaissances géologiques en grand, et surtout à des études de cabinet sur des applications théoriques des mathématiques à la géologie. M. de Beaumont s’est adjoint comme collaborateurs six personnes, entièrement inconnues dans la science, et appartenant toutes comme lui au corps impérial des Mines. Dans le très-court espace de deux années, on fit à la hâte un travail de raccordement, qui fut placé très en vue sur les murs de l’Exposition ; et on se pressait tellement dans une œuvre, qui pour avoir de la valeur, demande les recherches les plus approfondies, que pendant l’Exposition même, on rajoutait plusieurs feuilles. Quel contraste avec l’Angleterre et la Suisse ! l’Angleterre, qui cachait modestement dans des cartons#la plus belle et la plus admirable grande carte géologique qui aie jamais été faite ; et la Suisse, dont les feuilles étaient perdues dans un atlas d’un négociant cartographique de Winterthur. D’un côté, l’ostentation de l’étalage, de l’autre, la science qui semble s’ignorer. La vraie science, celle-là !

Une fois lancé dans cette voie de réclame à couleurs tapageuses, on ne s’arrêta pas là, et le public scientifique français eut le doublement triste spectacle de la violation des

LA CARTE GÉOLOGIQUE DE FRANCE règles principales dans la distribution des récompenses, et d’un rapport officiel des plus louangeux fait et signé par un des constructeurs mêmes de la carte.

Une des règles que devait suivre le jury international des récompenses, était de ne pas attribuer de récompenses aux établissements publics ; et partant de cette règle, on mit la carte géologique détaillée du royaume-uni de la Grande- Bretagne et de l’Irlande, parmi les établissements publics, c’est-à-dire hors concours ; tandis que l’on plaçait la carte géologique détaillée de la France, faite aux frais des contribuables français, par le corps impérial des Mines et sous la direction du ministre des travaux publics, c’est-à-dire aussi publique qu’il est possible de l’être, en concurrence avec les exposants ordinaires. Après cette première violation, on en commit une seconde, en attribuant une médaille d’or, non pas à l’établissement de la carte, comme on l’a fait pour les cartes géologiques de l’Autriche, de la Bavière et de la Hesse, mais bien au directeur même de cette carte. La France eut ainsi une médaille d’or, tandis que la Norwége, la Suède, la Bavière, Victoria recevaient des médailles d’argent ; le Wurtemberg n’obtenait même pas une simple mention honorable, et l’Angleterre était mise hors concours. C’est à se demander s’il y avait vraiment des géologues dans ce jury international, et si par erreur ce n’est pas le jury de la classe des papiers peints, qui a distribué les récompenses pour les cartes géologiques.

Par un sentiment de pure bienséance, que tout esprit délicat et juste ressent hautement, le jury international ne pouvait pas donner de récompenses aux présidents des jurys de classes, et à plus forte raison aux présidents des jurys de groupes, appelés eux-mêmes à juger en dernier ressort et à

décerner les couronnes. Il est arrivé même que de simples membres de jurys ont cru devoir décliner des récompenses et se mettre eux-mêmes hors concours ; par exemple MM. Schneider, Fourneyron, Gouin, Bréguet, Dollfus, etc. Aussi le règlement mettait-il hors concours tous les présidents de jury formant le conseil supérieur du jury, ainsique * les membres de la Commission impériale. Cependant, on lit dans le Catalogue officiel des exposants récompensés et dans la Liste du jury international : « M. Elie de Beaumont, membre de la Commission impériale, président du jury du groupe comprenant la classe 13, cartes et appareils de géographie ; médaille d’or, pour la carte géologique détaillée de la France. » Et cela sans qu’il y eût même l’excuse de la liste dite des coopérateurs !

Ces entorses aux règlements pouvaient certes suffire à calmer toutes les vanités et étancher toutes les soifs de distinctions et d’honneurs ; et cependant on ne s’est pas arrêté là; et dans les Rapports du jury international publiés sous la direction de M. Michel Chevalier , inspecteur général honoraire du corps impérial des Mines , on trouve au tome deuxième, p. 604, sous la rubrique : Cartes géologiques 4, un rapport fait par un des employés et collaborateurs mêmes de M. de Beaumont, dans lequel on apprécie hautement l’œuvre, et où on lui accorde naturellement tous les mérites et tous les éloges. « La carte géologique générale de France, y est-il dit,

« est un monument demeuré sans rival dans son genre ». « Le » réseau pentagonal consacre et complète l’introduction de » l’analyse mathématique dans une science d’observation. »

» L’étude des principaux systèmes de soulèvements de l’Eu- » rope occidentale, restera toujours l’indissoluble lien entre

1. Voir Caries géologiques (première partie), par M. Edmond Fuchs.

LA CARTE GÉOLOGIQUE DE FRANCE » la géologie spéculative et la géologie utilitaire ». L'auteur parle aussi de « la tendance glacialiste » , « la tendance paléontologique » . Si de pareilles choses se disent et s’apprennent dans l'enceinte de l’Ecole impériale des Mines du boulevard Saint-Michel, elles devraient du moins ne jamais en franchir le seuil l.

Ayant eu à offrir à la Société géologique de France, toutes les publications faites par le Geological Survey des îles Britanniques, j’en ai profité pour donner quelques détails, non-seulement sur ce monument, qui lui, est vraiment sans rival, mais aussi sur l’organisation du corps des Mines anglais. Ce simple exposé montrait tellement la supériorité de l’Angleterre, sur ce qui se passe en France, qu’à la séance suivante de la Société géologique, le 2 décembre 1867, un inspecteur général des mines crut devoir revendiquer les droits du corps impérial des Mines à la reconnaissance de la science et du pays. Prévoyant ce qui arriverait, j’avais préparé une notice sur la carte géologique détaillée de la France , qui, sous un titre d’une modestie affectée et qui était loin de laisser supposer les prétentions affichées depuis par ses auteurs, avait été placé à l’Exposition comme un simple fragment. Après la lecture de ma note, une discussion s’ensuivit, et par esprit de confraternité et de conciliation, je retirai spontanément manotice, que je vais donner maintenant, sans y rien changer. Les circonstances autorisent aujourd’hui cette publication.

i. Un second collaborateur et employé de M. de Beaumont, M. de Lapparent, n’a pas craint non plus de faire imprimer un éloge, écrit par lui-même, de ce célèbre Fragment de carte géologique détaillée. (Voir Bulletin delà Société de l'Industrie minérale, t. XII, p. 694. Paris, 1867.) Si le public et les savants fiançais n’apprécient pas la très-grande valeur de l’œuvre, ce ne sera certes pas de la faute de MM. de Beaumont, de Ghancourlois, de Lapparent et Fuchs.

Note sur le fragment d'une carte géologique détaillée de la France , placée à l'Exposition universelle de Paris, en 1867, lue devant la Société géologiquede France, dans sa séance du 2 décembre 1867. (Voir Bulletin de la Soc. géol., tome XXV, p. 179.)

Fragment d'une carte géologique détaillée de la France , préparé spécialement pour être montré à l’Exposition universelle de 1867, parle ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, sous la direction de M. Elie de Beaumont, avec le concours et la collaboration de MM. de Chancourtois, Ed. Fuchs, A. Potier, A. de Lapparent, A. Guyerdet et J. Jedlinski. Carte manuscrite, coloriée à la main, sur les feuilles de la carte du Dépôt de la guerre, dite carte d' Etat-Major, à l’échelle de un quatre-vingt-millième 4.

Peu après l’apparition de l’ordonnance impériale qui créait l’Exposition universelle de 1867, S. Exc. le ministre des travaux publics prenait une décision, en date du 28 juillet 1865, pour construire une carte géologique détaillée de la France : un crédit de 60,000 francs était ouvert dans ce but , et le travail était confié à un géologue célèbre, M. Elie de Beaumont, qui s'adjoignit six collaborateurs, appartenant tous, comme lui, au corps impérial des Mines.

La carte d’État-Major, telle qu’elle est publiée, à l’échelle de un quatre-vingt-millième , ayant été choisie , il restait à se décider sur le mode d’opération auquel on se livrerait pour la colorier géologiquement. Trois systèmes se trouvaient en présence. Le premier consistait à faire un relevé complet, pied à pied, de toute la France, à partir d’une des

1. Voir Notices sur les collections, cartes et dessins relatifs au service du corps impérial des Mines, réunis par les soins du ministère de V agriculture, du commerce et des travaux publics, 8 vol. Paris, 1867.

extrémités comme Biarritz, Nice, Vissembourg, Dunkerque ou Brest, en prenant pour point de départ toutes les connaissances et tous les faits bien constatés et reconnus dans le monde savant comme acquis à la géologie française. Le second système était de regarder et d’accepter comme bien fait, et comme base, une partie de la France, déjà relevée géologiquement, comme par exemple le département de la Haute- Marne, dont la géologie a été faite avec détail par MM. Élie de Beaumont et de Ghancourtois, choisis par le gouvernement français pour exécuter la carte de toute la France. Partant de ce massif comme point central, on aurait rayonné autour en s’avançant, soit vers Paris, soit sur le Rhin, ou en remontant du côté des bassins houillers de la Prusse. Pendant le cours espace de moins de deux années, qui s’est écoulé depuis l’ordonnance du ministre j usqu’à l’ouverture de l’Exposition, avec un personnel limité à sept ingénieurs géologues, et en supposant que ces observateurs aient passé chaque année neuf mois sur le terrain et trois dans le cabinet, on n’aurait eu à offrir aux regards des visiteurs de l’Exposition universelle, en suivant le premier système, que deux feuilles de cartes et une feuille de coupes, et, avec le second système, six feuilles de cartes et deux feuilles de coupes. C’était peu dans les deux cas, mais enfin cela aurait été un commencement solide d’une grande œuvre, dont on aurait pu avoir là un échantillon, qui à titre d’essai aurait pu soutenir une bonne comparaison avec les travaux de même nature exposés par les gouvernements anglais, prussien, bavarois, portugais et australien.

Ni l’un ni l’autre de ces systèmes n’ayant obtenu la préférence, on s’est arrêté au troisième, qui consiste à relier tous les travaux exécutés çà et là par divers observateurs, en

s’appuyant d’abord sur l’essai de carte géologique générale de la France par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, et surtout sur diverses cartes géologiques départementales exécutées ou en cours d’exécution et que l’on a cherché à raccorder. Pour bien comprendre combien ce système est défectueux, et les difficultés innombrables et insolubles mêmes qu’il entraîne avec lui, il est nécessaire de remonter un peu dans le passé et de dire quelques mots de l’histoire de la géologie.

Dès 1815 , l’Angleterre était déjà en possession d’une grande et belle carte géologique en quinze feuilles, exécutée par un homme de génie , le créateur de la stratigraphie , William Smith. Puis le président de la Société géologique de Londres, G. B. Greenough, publia peu d’années après une autre grande carte géologique de l’Angleterre en six feuilles ; et enfin Conybeare et Phillips ont donné, avec leur description géologique de l’Angleterre et du pays de Galles, une bonne petite carte d’ensemble. Tout cela avait paru avant 1823, lorsque la France était encore sans une seule carte d’ensemble de son territoire. L’Allemagne aussi nous avait précédés ; et une grande carte géologique de ce pays avait paru en quarante-deux feuilles et sans nom d’auteur vers le commencement de 1826. Cette carte anonyme était due au célèbre géologue prussien Léopold de Bu ch, dont l’extrême modestie n’a guère eu d’imitateurs.

Aiguillonnée par ses voisins, la France sentit enfin le besoin de ne pas rester plus longtemps en retard du mouvement scientifique anglais et allemand ; et après une première publication, en 1822, d’un Essai d’une carte géologique de la France , par un géologue belge , le savant et vénérable M. •d’Omalius d’Halloy, l’administration se décida enfin à

demande v au corps des ingénieurs géologues officiels, réorganisé en 1794, sous le titre de corps des Mines, une carte géologique de la France. Ce fut en 1823 que commencèrent les travaux, et comme l’Angleterre nous avait de beaucoup précédés et distancés, on se rendit d’abord de l’autre côté de la Manche pour y étudier la géologie et s’y mettre au courant de l’état de la science. Deux ingénieurs des mines furent plus spécialement chargés de ces travaux, et quoique d’autres géologues aient plus ou moins contribué à ces recherches dans des proportions même assez considérables, les noms de MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont sont restés attachés à ce premier essai d’une carte géologique de la France exécuté par ordre du gouvernement. C’est en 1825 que commencèrent les explorations. Quatre ans après, c’est-à-dire en 1829, un exemplaire de la carte complètement colorié, était exposé au cours de géologie de l’École des Mines. On avait fait choix d’une carte hydrographique de la France, publiée par le corps des Ponts et Chaussées, à l’échelle de un cinqcent-millième, en six feuilles. C’était exactement une contre-partie de la carte géologique d’Angleterre en six feuilles par Greenough, et afin d’établir encore mieux la ressemblance, on avait adopté en très-grande partie les classifications anglaises. Exécuté aussi rapidement, un pareil travail ne pouvait être qu’une reconnaissance en grand, et de nouvelles recherches, faites en commun, par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, pendant les années 1830, 31, 32, 33 et 34, soit en France, soit dans les contrées voisines (on se rendit jusqu’au Vésuve et à l’Étna), donna plus d’unité à l’ensemble, et vint combler des lacunes ou faire cesser des divergences d’opinion. En 1835 la carte géologique était achevée et présentée à l’Académie des sciences par M. Brochant de

Villiers. Ou pensait d’abord que la carte pourrait être livrée au public l’année suivante, mais de longs retards dans l’exécution de la gravure du relief, firent remettre son apparition jusqu’en 1840. Divers mémoires, destinés à expliquer plusieurs portions de la carte, et dont le plus remarquable est V Introduction à l'explication de la carte géologique de France , 1841, furent publiés à différentes époques et dans un ordre assez irrégulier. Annoncé comme devant donner une description complète de la France, on a successivement abandonné le plan primitif, et il n’y a eu de livrés au public que des fragments de description géologique de certaines parties du sol français.

Ce travail dont les mérites ont été généralement et hautement reconnus, et qui a été l’objet pour ses auteurs de récompenses aussi nombreuses qu’élevées, n’est, de l’aveu même de MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, qu’un relevé trigonomé trique de la géologie française ; on y a fixé des points de repère, on a évalué la surface générale des différents terrains, comme on mesure des triangles pour un relevé géodésique ; mais la grande , la véritable étude géologique détaillée et descriptive du pays, restait encore à faire, et, on peut le dire, reste encore à faire aujourd’hui.

Dès 1835, l’administration française s’est occupée de faire exécuter un relevé géologique détaillé et complet, de tout l’empire ; et M. Legrand, qui était alors directeur général des ingénieurs géologues officiels, qui en France portent le titre d’ingénieurs des mines, prit des mesures dans ce but, auprès des préfets et des conseils généraux des départements. La plupart des départements répondirent aux demandes de M. Legrand; et en 1846, il ne restait plus que vingt cartes géologiques départementales à entreprendre. On peut dire

qu’aujourd’hui il n'y a plus que huit à dix départements où l'on n'ait pas encore commencé des relevés géologiques détaillés, pour le compte de l’administration.

Afin de donner de l'ensemble et de relier toutes ces études géologiques départementales entre elles, on prit les mesures suivantes : d’abord on recommanda d’employer pour ces relevés les ingénieurs des mines chargés de l’arrondissement minéralogique dans lesquels se trouvent compris les départements ; sans toutefois exclure les géologues étrangers au corps des Mines, quoique le nombre de ces derniers ait toujours été dans une minorité bien accentuée, mais qui cependant s’est fait remarquer par la valeur exceptionnelle de ses rapports. Puis M. Brochant d’abord jusqu’en 1840, puis MM. Dufrénoy et Elie de Beaumont ensemble de 1840 à 1857, et enfin M. Elie de Beaumont seul depuis 1857 , eurent chaque année à faire un rapport spécial, à la fois scientifique et administratif, sur les progrès opérés, sur la valeur des observations faites, et sur les méthodes employées parles divers observateurs, tout en leur laissant une certaine latitude, et une liberté assez large pour ne pas gêner les initiatives individuelles. On alla même plus loin, et c’est là où gît la première erreur, qui a entraîné à sa suite presque toutes les autres : on permit aux observateurs et aux administrations préfectorales de choisir les cartes géographiques qui leur conviendraient le mieux.

Il est de la dernière évidence que si, après avoir exécuté aux frais du gouvernement français, la triangulation ou relevé géodésique delà France, on s’était adressé aux préfets et aux conseils généraux pour faire exécuter, par chacun d’eux, quand ils le voudraient et par qui ils le voudraient, tout en leur offrant le concours des officiers d’Etat-Major, détachés

dans les diverses divisions militaires, les cartes topographiques départementales, sans fixer une échelle uniforme, on serait arrivé à un résultat bien différent de celui qui fait à juste titre l’honneur du Dépôt de la guerre etdu corps d’Etat- Major français et quia pour titre : Carte de France, dite carte d’ État-Major , à l’échelle de un quatre- vingt-millième. Eh bien ! ce que l’on n’a pas fait pour une simple carte topographique, où il n’y a de représenté que la surface du sol, on l’a fait pour l’anatomie de cette topographie, c’est-à-dire pour un travail bien plus difficile, et qui exigeait, si cela est possible, plus de méthode, plus de contrôle, et surtout beaucoup plus de connaissances, de talent et de dévouement de la part des observateurs.

En accordant toutes les capacités, tout le zèle et toute l’énergie possible aux savants qui ont été chargés successivement du contrôle des cartes géologiques départementales , par la nature même du travail, qui, dès le début, s’est trouvé distribué sans ordre, aux quatre coins de la France, et dans les directions les plus opposées , il a été matériellement impossible d’avoir pu exercer un contrôle sérieux sur le terrain ; et il est douteux même que ce contrôle ait été tenté ; ce qui dès le commencement l’a rendu plutôt fictif que réel, puisqu’il n’a pu s’exercer que dans le cabinet. Sans entrer davantage dans déplus longs détails, sur les inconvénients, et disons-le nettement, sur l’impossibilité d’exécuter une carte géologique détaillée de la France, en suivant les moyens adoptés de relèvement des cartes géologiques départementales, d’après le système employé par l’administration , revenons au Fragment d'une carte géologique détaillée de la France exposé dans le palais du Champ de Mars.

Ainsi que je l’ai déjà dit, cette carte a été construite en

LA CARTE GÉOLOGIQUE DE FRANCE s’appuyant principalement sur les cartes géologiques départementales que l’on a cherché à coordonner et à relier entre elles; et comme, de l’aveu même de S. Exc. le ministre des travaux publics, on a profité de l’Exposition, pour la faire exécuter, et qu’en la créant on n’a pas eu pour but principal, ou tout au moins primitif, un grand intérêt scientifique, industriel ou agricole, mais simplement le désir d’entrer en lice avec les nations étrangères, on a cherché naturellement à montrer la plus grande surface possible de la France, coloriée géologiquement avec détails. On est arrivé ainsi dans le court espace de deux années, à donner près du tiers de la France, représenté par 62 feuilles de la carte d’Etat-Major, et qui comprend le nord-est de la France, depuis les frontières jusqu’aux environs deBeaugencv et d’Orléans. Ce n’est pas deux années qu’on aurait dû mettre pour colorier géologiquement ces 62 feuilles, mais bien quinze années, et encore faudrait-il avoir un personnel au moins double de celui employé. Voici la liste des cartes départementales dont on a fait usage : Aisne (d’Archiac) ; Aube (Leymerie) ; Ardennes (Sauvage); Bas-Rhin (Daubrée); Côte-d’Or (de Nerville) ; Eure-et-Loir (Laugel et Potier) ; Eure (Passy) ; Haute-Marne (Duhamel, Elie de Beaumont, de Chancourtois, Royer et Barotte); Haut-Rhin (Kœchlin-Schlumberger et Delbos) ; Haute-Saône (Thirria) ; Loiret (Lefebure de Fourcy) ; Meurthe (Levallois) ; Meuse (Buvignier); Moselle (Reverchon) ; Nord (Meugy) ; Oise (Graves); Pas-de-Calais (du Souich) ; Seine (Delesse) ; Seine-et-Oise (de Sénarmont) ; Seine-et- Marne (de Sénarmont) ; Seine-Inférieure (Passy) ; Somme (Buteux) ; Vosges (de Billy, Hogard et Rozet); Yonne (Raulin). De plus, les auteurs du Fragment ont donné la liste suivante d’auteurs dont ils ont consulté les travaux :

DE LA SCIENCE EN FRANCE MM. Bayle, de Bonnard, Bourgeois, Clément-Mullet, Coincer Collomb, Cornuel, Gotteau, Cuvier et Brongniart, Delanouer Deshayes, Desnoyers, de Dietrich, Dormoy, Drouot, André Dumont, Fitton, Garnier, Gosselet, Harlé, Hébert, Héricart- Ferrand, Husson, Jacquot, de Mercey, Michelot, d’Omalius d’Halloy,Ch. d’Orbigny, Parisot, Parrot, Pellat, Puton, Rozet, Scliimper, Terquem, de Verneuil, Yoltz, etc. Cette liste elle-même se sent de la rapidité avec laquelle tout le travail a été fait, et on est étonné de voir, compris dans les et cœtera, les noms de Constant Prévost, de Lamarck, Alcide d’Orbigny, Defrance, Desmarest, Boucher de Perthes, Puillon- Boblaye, Michelin, Piette, Victor Simon, Belgrand, Beaudouin, de Caumont et Deslongchamps.

Une grande difficulté, et on peut dire la principale, est de trouver une classification dérochés, qui donne un cadre vrai, clair et précis dans lequel puisse facilement rentrer et se disposer toute l’histoire des temps géologiques de la portion de la terre embrassée dans les limites de la carte. Pour les roches cristallines et éruptives, les divisions sont peu nombreuses et à peu près partout les mêmes ; on crée bien de temps à autre de nouveaux noms pour désigner certaines rochesdon t les compositions diffèrent plus ou moins de celles généralement connues ; mais cela a peu d’influence pour le coloriage de cartes géologiques générales ; et l’on retrouve un peu partout les gneiss, les granités, syénites, porphyres r diorites, serpentines et basaltes. Mais dans les roches stratifiées, il y a là des difficultés de classification qui changent avec les lieux et les temps, et qui exigent pour être résoluestoute la science, le talent, l’intuition, et je dirai même le génie de la géologie. Sur le Fragment de la carte géologique détaillée de la France , on a donné dans un coin de la carte

un index des couleurs ou légende explicative des terrains, que voici :

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