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CHAPITRE III

SCLÉROSE CORTICALE. —SCLÉROSE DES CORDONS ANTÊRO-LATÊRADX

Plusieurs fois, dans le cours de nos recherches sur la sclérose en plaques, nous avons fait sentir la variabilité, la diversité d'aspect de celte lésion — sclérose. Nous avons indiqué sa forme rubanée (page 1), sa forme en plaques laquelle présente des variétés nombreuses, selon qu'elle occupe de préférence tel ou tel système des faisceaux de la moelle (page 75), et, en particulier les faisceaux antérieurs (page 76) et les faisceaux postérieurs (page 204), Pour compléter quant à présent au moins, car il n'est pas dans nos habitudes de préjuger l'avenir, il nous reste à signaler la sclérose corticale ou annulaire dont M. Vulpian a publié récemment un bel exemple. Le relater in-extenso serait étendre démesurément ce travail, aussi tiendronsnous compte surtout du résumé de l'auteur.

« Il s'agit, dans cette observation, d'une femme (B... Léonore, couturière, entrée à la Salpêtrière le 7 novembre 1861), morte à l'âge de G9 ans, de cystite purulente et gangréneuse, et d'eschare la région du sacrum, et chez laquelle une affection de la moelle avait commencé à se développer vers l'âge de 52 ans. Le début a eu lieu par un affaiblissement des membres inférieurs et ne paraît pas avoir été précédé ni accompagné, soit par des douleurs fulgurantes, soit par des troubles de vue. Cet affaiblissement aurait augraenlé progressivement mais lentement, et quatorze ans après le début, la malade pouvait marcher encore à l'aide de deux béquilles, ou en étant fortement soutenue par une autre personne. Dix-huit mois plus

tard, elle ne pouvait à peine plus se tenir debout, même en s'appuya'nt sur les barreaux de son lit. La sensibilité était très-affaiblie dans toute la surface des membres inférieurs, lorsqu'on l'examina en 1862 et en 1866. Lors de son dernier séjour à l'infirmerie, en 1868, on constata qu'au niveau de la face dorsale des pieds, la sensibilité avait reparu et qu'elle y existait même à un degré très-voisin de l'état normal.

c On avait recherché avec soin tous les phénomènes ordinaires des cas de sclérose des faisceaux postérieurs. L'ataxie des mouvements n'a jamais été bien marquée; le ;pied gauche, lorsqu'elle marchait encore, était lancé d'une façon un peu exagérée ; mais il n'y avait pas de véritable incoordination motrice. Au lit, elle levait l'un ou l'autre de ses membres inférieurs, sans déviation involontaire et les maintenait soulevés sans qu'ils fussent pris d'oscillations. La force musculaire des membres, examinée chez la malade couchée, a paru toujours assez considérable, si ce n'est dans les trois derniers mois de la vie.

« C'est en 1866;qu'il est question, pour la première fois, de douleurs spontanées assez vives dans les membres inférieurs, douleurs analogues à des élancements et accompagnées parfois de secousses convulsives. Mais ces douleurs ne paraissaient pas avoir réellement le caractère fulgurant. Les notions de position des divers points du corps ont toujours été nettes; de plus, sauf l'affaiblissement de la vue, il n'y a eu aucun trouble des fonctions des yeux. Enfin, à une certaine époque, à la fin de l'année 1867, on avait noté l'existence d'un tremblement général du corps, lorsque la malade cherchait à se tenir debout, et surtout lorsqu'elle essayait de marcher. Par tous ces caraclères^l'eusemble des symptômes observés chez celte malade s'éloignait notablement de celui que l'on constate lorsqu'il s'agit de la sclérose des faisceaux postérieurs. Aussi avait-on toujours vu que la lésion de la moelle devait différer, sous certains rapports, de celle de l'ataxie locomotrice progressive.

« L'autopsie devait confirmer cette présomption. En effet, au lieu d'une sclérose des faisceaux postérieurs, on a trouvé une sclérose occupant la couche corticale de la substance blanche de la moelle

dans toute la pénphérie de l'organe et dans toute sa longueur. En .ncme temps que cette sclérose corticale, on constatait l'existence cl un méningite spinale, très-prononcée surtout au niveau de la face postérieure de la moelle, mais reconnaissable encore sur les faces antérieure et latérales de la moelle.

— Ce résumé complète les détails que nous avons donnés sur la sclérose en plaques. Chercher à établir un diagnostic entre la maladie qui y est décrite et l'ensemble symptomatique qui caractérise la sclérose en plaques serait, sans conteste, prématuré. Aussi n'insisterons-nous pas sur ce point.

Dans le chapitre V de notre premier travail, - diagnostic, — nous nous sommes efforcé de séparer la sclérose en plaques des maladies avec lesquelles il serait possible de la confondre. A cette occasion, après avoir indiqué les différences qui existent entre la sclérose en plaques et l'ataxielocomolrice nous avons dit que nous ne parlerions pas des imjélites c/ironi^ues. Toutefois, il est une maladie qui tous lesjours se dégage plus nettement et qui mérite de figurer dans ce chapitre : Nous voulons parler delà sclérose des cordons antèro-latèraux avec lésions de la substance grise. Nous allons donc essayer ici de combler cette lacune.

Dans la sclérose primitive et symétrique des cordons antéro-latéraux lorsqu'il s'y joint une lésion de la substance grise, et c'est là un cas qui, d'après les observations de M. Charcot, paraît presque habituel, on remarque une atrophie des muscles commençant en général par les membres supérieurs, y restant le plussouvent bornée,

s'étendant quelquefois progressivement aux muscles des membres inférieurs, du tronc, etc.

L'atrophie musculaire, en pareille circonstance, se montre telle qu'on l'observe dans l'atrophie musculaire progressive, c'est-à-dire avec : r une prédominance marquée de l'atrophie dans certains muscles de la main, ceux de l'éminence thénar, par exemple ; 2° des mouvements fibrillaires, etc.; 3° des douleurs plus ou moins vives s'y surajoutent; enfin, 4" les membres inférieurs présentent en même temps l'affaiblissement et la rigidité que détermine nécessairement la sclérose symptomatique des cordons latéraux, parvenue à une certaine époque de son développement.

Là se borne, quant à présent, notre tâche. Heureux si, en exposant les travaux publiés jusqu'à ce jour sur le sujet qui nous a occupé, et plus spécialement les recherches capitales de notre maître, M. Charcot, nous avons rendu facile, à tous, la compréhension de cette nouvelle modalité pathologique, la sclérose en plaques disséminées !

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