HISTOLOGIE
C'est dans les leçons cliniques faites par M. Charcot à la Salpêtrière (1), que nous allons puiser les notions relatives aux altérations de la sclérose fournies par le microscope : résumons rapidement les caractères du tissu nerveux normal, nous rechercherons ensuite les modifications que subissent les éléments anatomiques à toutes les phases de l'affection.
Le tissu nerveux se compose d'éléments nerveux proprement dits, tubes et cellules, enveloppés de toutes parts par une gangue conjonctive : l'étude de celle-ci doit surtout être faite avec soin, car c'est à elle qu'il faut attribuer le rôle capital dans certaines altérations de la moelle et en particulier dans la sclérose en plaques.
Désignée sous les noms de névroglie (Virchow), de réticulum (KôUiker), cette gangue conjonctive entre pour une part très-importante dans la structure du tissu nerveux, plus importante dans la substance grise que dans la blanche; il est, en effet, des régions de la substance grise qu'elle constitue d'une manière presque exclusive, la commissure postérieure, par exemple.
Disons de suite que, dans les coupes faites dans la moelle et durcies par l'acide chromique, le carmin est
(1) Voir Gazette des hôpitaux, septembre et décembre 1868.
un réactif précieux, car, sous son influence, certains éléments se colorent, tels sont: les cellules ganglionnaires, leur noyau, leur nucléole, lecj^lindre d'axe du tube nerveux, tandis que d'autres, l'enveloppe de myéline du tube nerveux, conservent leur aspect ordinaire et résistent à son action.
En étudiant le mode de répartition de la gangue conjonctive sur une coupe de la moelle, on remarque qu'elle forme à la partie périphérique une zone où les tubes nerveux font défaut : décrite par Bidder et par Frommann, celte zone a été appelée couche corticale du réliculum (Rindenschicht). Du bord interne de cette zone partent des cloisons qui se dirigent vers le centre de la moelle, qu'ils partagent en compartiments triangulaires, dont la base est à la périphérie, et le sommet se perd dans la substance grise : de ces cloisons naissent des tractus secondaires, tertiaires,'qui, se subdivisant àleur tour, finissent par produire un réseau à mailles plus ou moins larges : dans les p|us grandes sont logés huit, dix tubes nerveux; dans les plus petites il n'y en a le plus souvent qu'un seul.
Cette slruclure réticulée se rencontre aussi bien dans la substance blanche que dans la grise ; seulement, dans cette dernière, les mailles sont plus serrées, ce qui lui donne l'apparence d'un tissu spongieux, et le carmin la colore d'une manière plus uniforme que la première.
Quelle est la conslitulion hislologique de cette névroglie? Ici, les opinions divergent, mais cependant tout le monde est d'accord pour reconnaître qu'il ne s'agit pas là du tissu conjonclif ordinaire (tissu lamineux, fibrillaire).
D'après certains auteurs (KoUiker, Schullze, Fromraann, Charcot) lanévroglie serait faite comme le stroma des glandes lymphatiques, par exemple, suivant le type du tissu conjonclif simple réticulé (Kôlliker), c'est-à-dire qu'elle serait essentiellement composée de cellules étoilées, en général, pauvres en protoplasma, portant des prolongements grêles, plusieurs fois ramifiés et dont les branches communiquent les unes avec les autres, de manière à relier en un seul système les diverses cellules.
Sur les coupes minces de la moelle, durcies par l'acide chromique et colorées par lecarmin,onremarque: l°dans la substance blanche, aux points du réticulum où plusieurs trabécules se rencontrent, des renflements ou nœuds dans la partie centrale desquels sont des noyaux à contour net, vivehient colorés par le carmin; ces noyaux sont connus sous le nom de myélocytes (Robin) ou de noyaux de la névroglie (Virchow). Sur une coupe transversale, les trabécules simulent de minces cloisons homogènes, brillantes, d'aspect fibroïde quis'anaslomosant, forment des mailles contenant un ou plusieurs tubes nerveux : sur une coupe longitudinale, les trabécules se ramifient presqu à l'infini, produisent un réseau à mailles plus fines séparant les tubes nerveux les uns des autres ; les vides existant entre les gaînes et les tubes nerveux sont comblés par une petite quantité de matière amorphe finement grenue. 2° Dans la substance grise, les mailles du réseau fibroïde sont plus serrées que dans la substance blanche, de là, l'aspect spongieux.
D'après celle description, la névroglie doil bien être rattachée au type du tissu conjonclif réticulé.
Cependant, pour Henle, Robin, à l'état frais, la névroglie est une matière amorphe, molle, grisâtre, finement grenue, au sein de laquelle les myélocites sont comme suspendus, elleréticulum fibroïde dont nous avons parlé plus haut, ne serait qu'un produit de l'art dû à ce que celte matière amorphe se durcissant sous l'influence de l'acide chromique, se présente sous la forme d'un appareil réticulé. Aces objections, on peut répondre, qu'à la vérité, il existe un peu de matière amorphe interposée aux tubes nerveux, mais qu'il est difficile d'admettre que l'acide chromique puisse produire l'aspect réticulé de la névroglie, s'il ne préexistait déjà ; cet acide ne fait que le mettre mieux en relief. Sur les pièces fraîches, le réliculum est moins nellemenl dessiné; on peut néanmoins constater les Iractus fibroïdes du tissu conjonclif sous le microscope (Kôlliker, Frommann, Schultze.)
Étudions maintenant quelles sont les altérations histologiques de la moelle dans la sclérose en plaques.
Lorsqu'on examine à l'œil nu un tronçon de moelle portant une plaque de sclérose, il semble qu'il y ait une ligne de démarcation nette, tranchée, enlre les parties malades et les parties saines; c'est une illusion, car l'élude microscopique permet de constater que les parties saines confinant au noyau scléreux sont altérées, et cette altération est d'autant plus prononcée qu'on approche davantage du centre de la plaque où elle acquiert son plus grand développement.
A. Coupes transversales. En procédant de la périphérie
vers le centre, on reconnaît plusieurs zones concentriques répondant aux phases principales de l'altération.
a. Dans la zone périphérique, on observe ce qui suit : les trabécules duréticulum se sont épaissies; les noyaux occupant les nœuds du réticulum sont devenus plus volumineux; les tubes nerveux ont diminué de volume, et cette atrophie s'est faite aux dépens du cylindre de myéline, car le cylindre d'axe a conservé son diamètre normal.
6. Dans la deuxième zone, qu'on pourrait appeler jzone de transition, les tubes nerveux sont encore devenus plus grêles; dans quelques-uns, le cylindre de myéline a disparu, et il ne reste plus que le cylindre d'axe quelquefois considérablement hypertrophié. Les trabécules ont plus de transparence; leurs contours sont moins accusés, et en certains endroits, elles sont remplacées par des faisceaux de longues et minces fibrilles analogues à celles qui caractérisent le tissu conjonctif ordinaire (lissu lamineux) ; celles-ci se développent aux dépens des mailles qui contiennent les tubes nerveux, d'où il résulte que l'aspect réticulé de la gangue conjonctive à l'état normal tend à disparaître.
c. Au centre de la plaque scléreuse [zone centrale), toute trace du réticulum fibroïde a disparu; plus de trabécules ni de cellules ; des faisceaux de fibrilles remplissent les espaces alvéolaires d'où la myéline a totalement disparu; les cylindres d'axe eux-mêmes se sont atrophiés au point qu'il est facile de les confondre avec les fibrilles de nouvelle formation. Cette persistance des cylindres axiles au milieu des parties qui ont subi la transforma-
tion fibrillaire, paraît appartenir en propre à la sclérose en. plaques.
B. Coupes longitudinales. Ces coupes font bien connaître les caractères du tissu fibrillaire de nouvelle formalion ; on remarque alors que ce tissu se compose de faisceaux toujours parallèles formés de fibrilles tenues, opaques, lisses, se divisant et s'anastomosant rarement, s'entrelaçant souvent, au contraire, de manière à figurer une espèce de feutrage, et se colorant enfin sous l'influence du carmin. Ces caractères différencient ces fibrilles des cylindres d'axe (fig. 1) qui, en général, sont plus volumineux, translucides et ne se ramifient jamais; elles se distinguent aussi des fibres du réticulum en ce que celles-ci sont plus épaisses, plus courtes et présentent toujours des prolongements rameux; elles diffèrent enfin des fibres élastiques en ce qu'elles se gonflent par l'action de l'acide acétique et forment une masse byaline, transparente, ce qui n'a pas lieu pour les fibres élastiques. Au milieu de ce tissu fibrillaire, on constate aussi la présence d'un certain nombre de corps amyloïdes.
Les vaisseaux traversant les plaques scléreuses subissent aussi des altérations. Dans la zone périphérique, les parois de ces vaisseaux sont plus épaisses et renferment plus de noyaux qu'à l'état normal : plus près du centre de la plaque, ces noyaux sont devenus plus nombreux, et la tunique adventice se trouve remplacée par plusieurs couches de fibrilles semblables à celles qui se sont développées dans l'épaisseur du réticulum ; enfin les parois sont devenues tellement épaisses que le calibre
du vaisseau est diminué.
C. Il est certaines lésions qu'on ne peut pas constater sur les pièces durcies par l'acide chromique, tandis qu'à l'état frais, on les observe très-bien.
Fig. \. Elle représente une préparation fraîche provenant du centre d'une plaque de sclérose, colorée par le carmin et traitée pardilacération. Au centre, vaisseau capillaire portant plusieux noyaux. A droite et k gauche, cylindres d'axe, les uns volumineux, les autres d'un très-petit diamètre, tous dépouillés de leur myéline. Le vaisseau capillaire et les cylindres d'axe étaient fortement colorés parle carmin. Les cylindres d'axe ont leurs bords parfaitement lisses, ne présentent aucune ramification. Dans l'intervalle des cylindres d'axe, minces fibrilles de formation récente, à peu près parallèles les unes aux autres dans la partie droite de la préparation, formant, à gauche et au centre, une sorte de réseau résultant de l'enehevêtretaent de fibrilles ou de l'anastomose des fibrilles. Celles-ci se distinguent des cylindres d'axe : \' par leur diamètre, qui est beaucoup moindre; 2° par les ramifications qu'elles présentent dans leur trajet; 3° parce qu'elles ne se colorent pas par le carmin. — Çk et là, noyaux disséminés, queiques-uns paraissant en connexion avec les fibrilles conjonctives; d'autres ayant pris une forme irrégulière, due à l'action de la solution ammoniacale de carmin.
Dans l'épaisseur du foyer sclérosé, on rencontre à peu près constamment des globules ou granules ayant l'apparence d'éléments graisseux. Ces éléments ont deux
aspects principaux : les uns figurent des masses à bords sombres, sinueux, ayant, comme la myéline, un double contour; les autres sont de véritables granulations osseuses tantôt libres, tantôt agglomérées de manière
Fig. 2. (Plaque de sclérose à l'état frais), a Gaîne lymphatique d'un vaisseau distendu par des gouttelettes graisseuses volumineuses. — 6 Vaisseau coupé transversalement. La tunique adventice est séparée de la gaîne lymphatique par un espace vide, les gouttelettes graisseuses qui distendaient la gaîne ayant disparu. — c,c Gouttelettes graisseuses, groupées en petits amas disséminés çk et Ik dans la préparation. (Ces deux figures ont été faites, d'après nature, par M. Charcot.)
à former des corps granuleux (fig. 2.) Ces gouttes de myéline et ces granulations graisseuses peuvent s'infillrer à travers les mailles duréticulum et se répandre au loin; elles n'occupent jamais le centre de la plaque de sclérose, car là, la métamorphose fibrillaire et le
travail de destruction des tubes nerveux sont terminés ; mais, au contraire, on les rencontre à la périphérie de la plaque, là où le cylindre médullaire disparaît peu-àpeu, comprimé qu'il est, d'abord, par les trabécules du réticulum qui s'épaississent, et ensuite par les faisceaux fîbrillaires qui tendent à envahir les alvéoles. Le tube nerveux n'est donc plus représenté, à latin, que par le cylindre d'axe. L'accumulation des gouttelettes médullaires ou graisseuses et la destruction du cylindre de myéline coïncident, et quand celle-ci est terminée, cellelà cesse de se produire. On peut donc conclure que les corpuscules médullaires et graisseux ne sont que les détritus provenant de la désagrégation des tubes nerveux.
Ces granulations graisseuses, nous l'avons vu plus haut, ne se retrouvent plus dans le centre delà plaque scléreuse ; que sont-elles devenues? Il est vraisemblable de penser qu'elles disparaissent par voie de résorption ; on trouve, en effet, dans la cavité des gaines lymphatiques des petits vaisseaux, des granulations graisseuses, quelquefois en telle abondance, que ces vaisseaux paraissent avoir augmenté de volume et se dessinent sous forme de traînées blanches, visibles à l'œil nu, sur le fond gris de la plaque sclérosée. Ces vaisseaux présentent les altérations décrites plus haut, n'ayant aucun rapport avec la dégénéralion : il s'agit donc là d'une infiltration graisseuse consécutive des gaines lymphatiques et nullement d'une lésion primitive des parois vasculaires.
Les altérations que nous venons de décrire se rencontrent aussi dans la substance grise. Nous ajouterons que
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les cellules nerveuses ne sont pas le siège d'une prolifération nucléaire, comme on le remarque dans les mômes circonslances pour les cellules conjonctives; elles subissent une altération particulière qu'on pourrait désigner du nom de dêgènération jaune, en raison de la couleur ocreuse qu'elles présentent; elles cessent d'être colorées par le carmin comme dans l'état normal; il y a enlin une atrophie de toutes les parties constituantes de la cellule.
Pour résumer la marche de l'altération scléreuse des centres nerveux, nous dirons que la proUféraiion des noyaux, et Vhtjperplasie concomitante des fibres réticulées de la névroglie sont le fait initial, fondamental et que r atrophie dégénérative des éléments nerveux est secondaire, consécutive.
Dans lobservalion suivante, on verra relatés avec détails la plupart des résultats sur lesquels nous venons d'attirer l'attention du lecteur.
OBSERVATION V SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES (FORME CÉUÉBRO-SPINALE
Mauvaise habitation; - Fatigues physiques. ~ Parèsie des jambes. — Tremblement des membres supérieurs. — Sensibilité intacte Paratysie de la vessie, du rectum. ~ Pneumonie. - Eschare au sacrum. - Mort. - Autopsie. ~ Plagues de sclérose dans le cerveau {couches optiques, ventricules latéraux protubérance, cervelet, etc.) et dans la moelle. (Observation recuclhe par M. Bourneville interne du service, communiquée par M. Charcot.)
Carpentier Antoinette Emilie âgée de 36 ans, admise le 17 février
dernier à la Salpêtrière, est entrée le 25 au numéro 2 de là salle Sainle-Rosalie, service de M. C! arcot.
L'élat d'affaiblissement physique qu'elle présente, joint à un affaiblissement notable des facultés intellecluelles, fait que les renseignements obtenus sur l'évolution de sa maladie offrent quelques lacunes. Quoiqu'il eu soit, voici ce que nous avons pu en tirer.
Tout ce qu'elle sait relativement à sa famille, c'est que sa mère est morte du choléra en 18Ù9. Pour elle, réglée à 15 ans, elle a eu, alors, quelques accidents cholériques. Deux ans après, elle quitta son pays et vint comme femme de chambre à Paris. Elle demeura quatre ans dans une maison où elle était logée dans une chambre humide, exposée au nord; déplus, elle était mal nourrie, ne buvant que de l'eau à ses repas, jusqu'à ce que de nouveaux symptômes anémiques lui eussent fait accorder par le médecin mie nourriture
plus substantielle.
Elle quitta celte place à 2;. ans et après être restée quelques semaines chez sa soeur, elle rentra, toujours en qualité de femme de chambre dans une autre famille où elle s'est trouvée dans de meilleures conditions hygiéniques.
Mariée à 2r, ans, elle habite pendant un an un logement assez sain, puis elle va dans un entre-sol humide, à peine éclairé. Bientôt son mari tombe malade et trois mois consécutifs, elle est obligée, bien qu'enceinte, de passer une partie des nuits et de coucher sur un lit placé par terre. C'est à ce moment que surviennent quelques douleurs dans les épaules, la droite en particulier, dans la tetc, occupant principalement les tempes et enfin des étourdissements. A part une sorte d* « barre de bois » qu'elle avait devant les yeux, elle n'avait pas de troubles de la vision.
Elle accouche peu avant terme (1862) d'un enfant encore vivant, qu'elle a allaité jusqu'à l'âge de 15 mois. Six semaines envL^près la parturhion, qui fut facile d'ailleurs, la vue baissa, Carp . ne pouvait supporter une lumière vive, il lui semblait que itTg auche était fermé, ni hémopie. ni éclairs Elle consu ta M Desmares qui lui dit qu'elle avait une congestion du coté du Iv^ (congé tion rétinienne.) et l'on prescrivit des pilules pur-
gatives. En même temps, la marche devint incertaine ; la malade n'avait qu'une notion confuse de la résistance du sol, croyait marcher sur du duvet, et, de plus, avait un sentiment de faiblesse dang, les jambes, souvent aussi une sensation d'engourdissement dans les pieds.
Ces phénomènes s'accentuèrent progressivement. La parésie det jambes s'accrut, et, quoique pouvant encore faire son ménage (1863-6^i) elle était fréquemment contrainte de s'appuyer sur les meubles, puis de se servir d'une chaise. Dans la rue, elle marchait à petits pas en s'appuyant sur la pointe des pieds. Elle était si peu solide sur les jambes, qu'une fois un passant la renversa. Par moments, enfin, les membres inférieurs étaient lourds et plutôt roidei que flasques.
Etat actuel (27 Février). La malade est habituellement dans le décubiius dorsal et légèrement inclinée sur le côté gauche. Les membres i?iférieurs sont dans l'adduction, les cuisses sont un peu fléchies sur le bassin et les jambes fortement sur les cuisses, tantôt elles sont allongées; dans les deux cas, elles sont rigides. La roideur est plus forte dans le genou gauche que dans le droit. Le chalouillement est perçu à la plante des pieds et, si l'exploration se prolonge, les membres inférieurs deviennent plus rigides et sont animés de petites secousses tétaniques très-rapides, aussi intenses d'un côié que de l'autre. — Le contact passe inaperçu delà malade an niveau du cou-de-pied et du tiers inférieur de la jambe. Quand on pique ou que l'on pince les membres inférieurs, à part dans la région que nous venons d'indiquer, C..., sent qu'on la touche, mais ne manifeste aucune douleur. Cette analgésie, identique des deux côtés, ne remonte pas plus haut que le bassin.
Les membres supérieurs sont affectés dans les mouvements, d'un tremblement choréi forme, plus marqué à gauche et s'exagérant aux deux membres d'ailleurs, lorsqu'on fait exécuter quelques manœuvres à la malade : porter un verre à la bouche, par exemple. On constate alors que cette trémulation augmente à mesure que l'objet approche du but. Les membres supérieurs amaigris uniformémenf sont affaiblis, le gauche principalement. La sensibilité à la douleur,
au froid, au chatouillement, n'a pas subi de modifications. Elle se rend nettement compte de la posilion qu'occupent les bras , tandis que parfois aux jambes cette notion lui échappe, ou tout au moins est confuse.
La tête, quand on assied la malade, est agitée d'un tremblement qui s'accroît encore lorsqu'on lui fait élever le bras vers la bouche ; — La parole est lente, tremblante, zézayante, — C... déclare avoir naturellement la parole difficile. Les pupilles sont normales. La malade voit les objets sans reconnaître les détails, les personnes sans distinguer les traits. Souvent des éclairs passent devant ses yeux ; point de diplopie.
Narines pulvérulentes. Odorat conservé. Il en est de même du goût. Toutefois la malade dit que tous les aliments lui semblent mauvais. — Paralysie de la vessie et du rectum ; selles et urines involontaires.
Quelquefois douleurs newa/^i^wes aux tempes, apparaissant communément à l'époque des règles. Il lui semble, dit-elle, que les mâchoires sont serrées dans un étau. — Sommeil mauvais depuis quel(iue temps.
La face ordinairement pâle, est rouge, sudorale par accès. Langue humide, chaude, couverte d'un enduit saburral peu épais; inappétence, soif vive; fréquentes envies de cracher sans pouvoir y réussir; gêne de la déglutition ayant débuté aujourd'hui. Quelques douleurs lancinantes au-dessus du nombril, selles diarrhéiques. Large surface rouge au sacrum, mesurant huit cenlimèlres sur dix. Le bord droit du pli interfessier forme une sorte de crête semblable à une cicatrice. (C... dit avoir eu. l'an dernier, une eschare dans cette région.) Sur celte surface rouge, en partie exulcérée, existent quelques ulcérations de la largeur d'une pièce de cinquante centimes. Taches ecchy motiques à la. partie supérieure du sacru m.
La peau est chaude, sudorale. Ce matin, après avoir pris du lait, C... a eu une forte quinte suivie d'une sorte d'accès fébrile, accompagné de dyspnée. Elle prétend ne tousser que très-rarement et n'avoir jamais eu d'hémoptysie. A l'auscultation, en avant et des deux côtés, la respiration est rude, l'inspiration comme granuleuse.
En arrière et en bas râles sonores, piaulanls. Les bruits laryngoirachéaux entravent d'ailleurs l'examen. Pouls 160; — rien du côté du cœur,
28 février. La respiration est toujours considérablement gênée et le soir, la fièvre est plus intense. Abattement notable; voix éteinte. Diarrhée.
3 mars. Même aspect général. Les membres inférieurs conservent la même position et offrent les mêmes particularités. Quand ils demeurent quelques instants découverts, on voit apparaître des mouvements rapides, tétaniques, analogues à ceux que produisait le cliaiouillement prolongé de la plante des pieds lors du premier examen. On observe aussi des mouvements réflexes bous l'influence du pincement ou du chatouillement. Lorsqu'elle veut porter un verre à sa bouche, elle a d'abord beaucoup de peine à saisir le vase, puis à mesure qu'elle l'approche de ses lèvres, la tête tremble de plus en plus et les mouvements choréiformes de la main s'accroissent. — Dyspnée plus marquée; nombreux râles dans la poitrine.
6 mars. Situation de plus en plus grave. L'affection pulmonaire s'accentue. La faiblesse de la malade s'oppose à un examen appro2 fondi. On soupçonne une pneumonie. Râle trachéal. — Elle succombe le 8 mars.
Autopsie le 9 mars. - Thorax. Adnérences peu résistantes au sommet des deux poumons. Dans le tiers supérieur du poumon droit, tubercules et excavations tuberculeuses. La caverne la plus grande assez superficielle logerait aisément une noisette. Inférieuremeni, coloration rouge, violacée, — pneumonie marbrée. —On trouve à gauche les mêmes lésions; toutefois, il n'y a qu'une petite caverne. — Le -péricarde renferme un peu de sérosité. Le cœur contient des caillots décolorés; ses parois dont la couleur rappelle celle des feuilles mortes, sont friables. Pas d'altérations valvulaires, à part une crête blanchâtre sur l'une des valvules, trace d'une ancienne endocardite.
Abdomen Estomac, foie (950 gr.), sains. - Aspect graisseux du pancréas. Anémie légère de la substance corticale des reins; les bassmets sont injectés. Plaques rouges, violacées sur la muqueuse vmi-
cale; quelques-unes suivent la direction des plis de cette membrane et la plupart sont recouvertes d'une fausse membrane [Cysiiie folliculeuse). — Utérus, etc., rien.
Les muscles ont leur coloration habituelle. — Genou gauche, synovite; cartilages intacts.
Tête. Le péricrâne, les os, la dure-mère n'offrent aucune lésion. Sérosité abondante dans l'arachnoïde. Vencépkale pèse 1230 grammes. La pie-mère, injectée d'une façon générale, s'enlève facilement et les circonvolutions ont une fermeté et une résistance assez considérables. A droite, de même qu'à gauche, la cavité des ventricules latéraux est si étroite que le doigt ne peut y pénétrer.
Les nerfs optiques sont atrophiés et ont une teinte grisâtre.
En coupant le cerveau par tranches de deux centimètres d'épaisseur, on trouve 1° sur l'hémisphère droit, une série de plaques de sclérose, siégeant exclusivement dans la substance blanche; la plaque la plus grande simulant par sa coloration la substance grise dont elle diffère en ce qu'elle est plus foncée et rougit par l'exposition à l'air, est placée au-dessus du corps strié; elle mesure deux centimètres de longueur sur un de largeur. 2° Sur l'héii)isphère gauche, outre des plaques semblables dont les principales occupent la substance blanche répondant à la première circonvolution marginale, le centre de la couche optique, la paroi iulraventriculaire, etc., on remarque des plaques rosées, diffuses, mal limitées.
A la face inférieure de la protubérance, large plaque grise, à bords sinueux, disposée obHquement, en écharpe. Autres plaques sur les pédoncules cérébelleux supérieur et inférieur gauches, et sur le pédoncule inférieur droit. L'oUve gauche semble isolée par une belle plaque scléreuse.
Une coupe pratiquée sur le cervelet découvre sur les conOns de la substance grise, une plaque de deux centimètres de longueur sui' un de largeur (hémisphère gauche.)
Examen au microscope. = Le tissu des portions sclérosées de la moelle, examiné à l'état frais par simple dilacéraiion, montre uue substance amorphe, légèrement grenue ou moirée, très lransparente parsemée d'un nombre considérable de noyaux ovoïdes ou
sphériques, à contours un peu irréguliers, se colorant par le carmin et se rétractant en devenant plus nets, sous l'influence de l'acide acétique. — On trouve, de plus, un certain nombre de ces noyaux entourés d'un corps de cellule dont les dimensions ne dépassent pas notablement celles du noyau. — Les vaisseaux qui vers le centre des parties sclérosées ont seulement des parois un peu épaissies avec multiplication de leurs noyaux se montrent sous un tout autre aspect quand on les étudie au voisinage de points qui n'ont pas encore subi totalement la transformation scléreuse. Ils se montrent alors comme des traînées blanches par réflexion, opaques par réfraction, décomposables en gouttelettes ou granulations très-réfringentes, de nature graisseuse, dont l'ensemble déposé à la périphérie du vaisseau, le masque complètement lorsqu'il est placé parallèlement à la surface de la préparation et qu'ils laissent voir à leur centre, dans en état d'intégrité à peu près complet. On voit alors que l'amas graisseux qui entoure le vaisseau est renfermé dans la gaîne lymphatique. Au voisinage de ces vaisseaux entourés par la graisse, on trouve dans la substance fondamentale des granulations graisseuses et des corps granuleux qui ne sont pas enveloppés d'une membrane cellulaire, et qui ne renferment pas de noyaux. Ils résultent simplement de l'accumulation de granulations graisseuses. — On ne voit nulle part, à l'état frais, ni disposition striée, ni fibrilles indépendantes, ni rien qui puisse être considéré comme ks vestiges des tubes préexistants, soit avant ou après l'action des substances colorantes ou de l'acide acétique.
Sur des coupes minces, faites après durcissement dans l'alcool, on retrouve les mêmes particularités que nous venons d'indiquer; mais on saisit mieux les relations de ces différentes altérations entre elles et leurs rapports avec les parties saines. On remarque de plus, sur ces coupes, préparées soit dans la glycérine, soit dans le baume de Canada, que les cellules nerveuses des cornes antérieures ont disparu en grande partie. Quelques-unes cependant peuvent encor e être retrouvées et présentent une notable altération. Elles sont flétries, comme ratatinées, leurs prolongements ne peuvent être suivis
qu'à une courte dislance. Leur noyau est grenu, irrégulier et présente une teinte jaune, ocrcuse, caractéristique.
Sur des fragments durcis dans l'acide chromique, on peut constater les pariicularités suivantes sur les coupes pratiquées perpendiculairement à l'axe et montés dans le baume du Canada. Dans les parties sclérosées, on voit en certains points un reseau assez irrégulier formé par du tissu conjonctif fibrillaire dans lequel on reconnaît de dislance en distance des noyaux. Au centre de chaque maille on reconnaît, au milieu d'une matière transparente, amorphe, mais qui n'a plus ni la forme ni la réfringence des gaines de myéline, un filament qui plonge dans cette substance perpendiculairement à la surface de section et qui, à n'en pas douter, n'est autre que le cylindre d'axe d'un tube dont la myéline a disparu et autour duquel le tissu conjonctif s'est épaissi. Dans d'autres points, ce tissu conjonctif, développé outre mesure et également contracté, comble les espaces aréoiaires et ne montre plus qu'une surface irrégulièrement hérissée de fibrilles au milieu desquelles les cylindres axiles sont méconnaissables. Sur ces mêmes coupes perpendiculaires à l'axe, il est très-difficile de distinguer les limites de la substance grise.
Sur des coupes pratiquées parallèlement à l'axe, dans les cordons sclérosés et montés dans la glycérine, on ne voit qu'un amas de fibrilles disposées longitudinalement. Les unes, extrêmement tenues, onduleuses, quelquefois même spiroïdcs et peu régulières par leur disposition semblent être une dépendance du tissu conjonctif; les autres, beaucoup plus régulièrement longitudinales, plus volumineuses, plus réfringentes, disséminées de distance en distance au milieu des précédentes paraissent être des cylindres d'axe persistant. Entre tous ces éléments, on voit un grand nombre de noyaux ovoïdes.