CHAPITRE PREMIER
Bibliographie. Historique.
L'ouvrage le plus complet qui ait paru jusqu'ici sur le sujet qui nous intéresse est le travail de Léopold, privatdocent de gynécologie à TUniversitc de Leipzig, travail paru en 1879 sous le titre de : « Bassins rachitiques, scoUotiques et cyphoscoliotiques » nous lui ferons de fréquents emprunts, car nous ne pouvons avoir la prétention de faire mieux, mais seulement de faire connaître les ressources de nos Musées et de nos cliniques et d'exposer les conclusions que cet examen nous a permis de tirer.
L'historique de la question est tout entier dans Léopold, au moins jusqu'à l'année 1879.
Il nous apprend : qu'à part une courte notice de Stein jeune (1805), Jôrg (1816) est le premier qui se soit occupe sérieusement de l'influence de la scoliose sur le bassin ; puis, viennent les observations bien plus importantes de Rokitansky (1839), Hohl en 1852, n'attribue pas à la déviation de la colonne vertébrale une influence prépondérante sur la forme du bassin. 11 veut au contraire voir dans la déformation produite, le résultat d'un état primitif du sacrum. Immédiatement après les recherches de Hohl parut un traité de Hayn (1852) qui conseille d'étudier l'influence de la scoliose sur des bassins d'individus de 14 à 15 ans; il dit que les bassins
scoliotiques rachi tiques n'appartiennent pas à la même catégorie que les bassins obliques-ovalaires.
Un an après les travaux de Hôhl et de Hayn parut la monographie de Litzmann sur les bassins obliques-ovalaires (1853), il indique les torsions de la colonne vertébrale comme un fait particulièrement important parmi les causes de cette forme de bassin.
Trois ans après, Rokitansky ('1856), dans laS'^ édition de son Manuel cVanatotnie pathologique^ résume ses observations communiquées auparavant sur le bassin scoliotique, mais il y ajoute quelques exceptions qui élargissent la connaissance des formes de bassins en question.
Litzmann, dans son ouvrage classique paru en 1861, n'explique pas ces exceptions.
Breisky, en 1865, développa par son travail sur l'influence de la cyphose sur la forme du bassin, ce que l'on savait déjà depuis plusieurs années, grâce à Herbiniaux, Fôrget Rokitansky. Breisky effleura la question du bassin cypho-scoliotique, il dit surtout que si la scolio-cyphose est d'origine rachitique, il arrive que le promontoire remonte en haut et en arrière, qu(ï la conjugata vera est agrandie et que le diamètre droit du détroit inférieur est diminué.
De Scanzoni, dans la 4" édition de son Manuel d'accouchement (1867) parle avec détails et décrit le bassin scoUotique rachitique. Schrôder le premier, montre dans son Manuel cV accouchement, le bassin rachitique cypho-scoliotique et il dit que l'attention n'a pas été dirigée encore sur cette modification du bassin rachitique. Un travail de Kônig (1876) montre deux bassins de femmes vivantes et 4 pièces anatomiques, mais en parle trop brièvement.
En France, dès 1858, Bouvier, dans ses Leçons cliniques sur la Scoliose (p. 404 et suivantes), parle de son influence
sur le bassin, non seulement dans les cas de rachitisme marqué, mais aussi dans ceux oii la scoliose se développe tard ou accidentellement.
« Mais avec l'âge, la scoliose spontanée ou accidentelle elle-même, s'accompagne de changements ordinairement peu considérables dans la configuration du bassin. La ceinture osseuse formée par les trois os ofTre assez souvent chez les sujets âgés un resserrement antéro-postérieur du détroit supérieur, qui peut leur faire perdre dans ce sens 1 ou 2 cent. Ce resserrement est plus prononcé d'un côté que de l'autre, le côté le plus rétréci esl celui de la courbure lombaire...
D'autres fois il paraît dépendre de la courbure dorsale et siège de ce côté, »
Cazeaux revu par Tarnier (1874, p. 649), ne parle qu'en général des inflexions de la colonne vertébrale et de leur influence sur le bassin.
L'article de Bouvier etBouland du Dictionnaire. Dechambre (3''- série, tome p. 568), reproduit les idées de Bouvier et parle de l'influence mécanique de la scoliose sur le bassin.
La thèse de Chois il (1878) sur les vices de conformation du bassin étudiés au point de vue du rétrécissement du diamètre transverse du détroit supérieur, ne touche la scoliose qu'en passant et impersonnellement.
La thèse d'agrégation d'Hirigoyen (1880) reproduit les idées de Léopold, l'ampleur du sujet « del'influence des déviations de la colonne vertébrale sur la conformation du bassin » et le peu de temps qu'il avait à y consacrer n'a pas permis à son auteur de s'étendre longuement sur la scoliose et d'en rechercher tous les exemples.
Charpentier, dans son ouvrage classique (1883, tome II)
décrit deux sortes de scoliose (rachitique et non racliitique) et s'appuie aussi beaucoup sur Léopold.
Schautadans le Traité d'accouchement r/e Millier (t. II), p. 437 à 447 emprunte aussi à Léopold ses idées et ses schémas.
M. Le Gendre dans son article rachitisme du Traité de Médecine^ tomel, p. 326 (1891) donne les idées de Léopold sur les bassins scolio et cypho-scoliotiques rachitiques.
Les orthopédistes qui ont surtout l'occasion de voir de jeunes enfants ou des jeunes fdles qu'ils ne peuvent toujours suivre ou examiner à fond ne se sont point étendus sur la question au point de vue du bassin.
M. Kirmisson, dans son article si intéressant sur la scoliose, ne parle que peu du bassin.
Bradford et Lovett (New- York 1890, p. 139), disent seulement : « le bassin n'est pas déformé dans les cas de scoliose, sauf lorsque le rachitisme est général ». Ils donnent de plus des figures des bassins déformés par la scoliose.
Au va rd, dans son Traité pratique d' accouchement , p. 435, (1891) propose d'appeler le bassin scoliotique « pseudo oblique ovalaire », il considère un bassin scoliotique rachitique et un bassin scoliotique non rachitique.
Pour le bassin cypho-scoliotique il dit :
« La cyphose et la scoliose combinant leur action créent un bassin en entonnoir et qui déplus est asymétrique ».
MM. Ribemont-Dessaignes etLepage dans leur Précis d'obstétrique (1893, p. 937), reconnaissent une scoliose sans rachitisme à membres longs et à bassin peu touché « si la déviation scoliotique est suffisamment compensée par une scoliose de sens inverse;, le poids du corps est régulièrement transmis, le bassin est normal ».
Pour le bassin cypho-scolio-rachitique, ils concluent: « Ce que l'on peut dire d'une manière générale, c'est que le bassin est plus ou moins vicié et surtout irrégulier ».