HISTORIQUE. — ÉTAT DE LA QUESTION
Incomplètement connue dans l'antiquité, indiquée plutôt que décrite dans les livres d'Hippocrate et des médecins grecs et latins (1), la scrofule fut pendant fort longtemps réduite à une bien petite partie de ses symptômes. Son histoire , en effet , se bornait à celle des tumeurs ganglionnaires , des écrouelles proprement dites , qui en sont bien , il est vrai , le signe le plus constant et le plus caractéristique, mais qui ne forment qu'une seule des nombreuses affections symptomatiques dont l'ensemble la constitue.
Les dénominations de strumes , de scrofules, d'é-
(1) Voyez le peu de détails qu'on trouve dans les ouvrages les plus anciens : Hippocrate, de GlanduL, Aphor., et passim. — Gai ien , Comment., Melhod. medic. — Paul d'Egine, liv. 4, chap. 35. — Aetius, tetrabibl. 4, sér. 3.— Celse, liv. 5. — Scribonius, Mareellus, etc.
erouelles, s'appliquaient exclusivement à ce qu'on appelait les engorgements glanduleux : les descriptions n'allaient pas plus loin ; c'était là toute la maladie (I).
Cette manière étroite de considérer la scrofule se retrouve dans tous les traités de médecine qui en font mention jusque vers la fin du 17e siècle (2).
On sentit enfin la nécessité d'étendre le domaine de cette maladie. On dut y rattacher un grand nombre de lésions, de symptômes, d'affections, qui, se rencontrant chez des sujets attaqués d'écrouelles, soit simultanément , soit à des périodes successives , paraissent avoir une certaine communauté d'origine et comme une même nature.
Parmi les nombreux auteurs qui , dans le cours du siècle dernier, ont parlé de la scrofule ou lui ont consacré des traités spéciaux, il en est bien peu qui n'aient obéi à cette tendance.
Sauvages (3), un des premiers, s'exprime nettement à cet égard. « Les tubercules qui viennent au cou , dit-il , sont la moindre partie de la maladie à
(1) Voyez les Arabes et leurs successeurs.
Voyez les traités de chirurgie de Guy de Chauliac, d'Am- !>roise Paré. Andr. Laurent, de Mira strmnar. curât.
(2) Ce n'est guère qu'au commencement du 18e siècle que l'on voit paraître des traités spéciaux sur cette maladie : Bergen, Dissert, de scrofula, 1700; Dubois. Nouveau traité des scrofules, 1726.
(3) Nosolog. méthod., t. 3
laquelle on donne le nom d'écrouelles... La scrofule est un concours de divers symptômes , dont le principal est l'existence des tumeurs strumeusesau cou... Mais on n'a pas , ajoute-t-il plus loin , on n'a pas jusqu'ici d'histoire exacte de cette maladie. »
Bordeu (1), presque à la même époque, émettait une opinion semblable : «Ceux, dit-il, qui ont regardé les écrouelles comme une maladie particuculièreducouont pris un seul symptôme pour toute la maladie. »
On retrouve encore, mais exprimée moins nettement, cette manière de voir dans les traités qui parurent en même temps que celui de Bordeu, pour répondre à la question posée par l'Académie royale de chirurgie, en 1751 (2).
Quoi qu'il en soit , malgré ces tentatives , l'histoire de la scrofule se bornait encore presque exclusivement à celle des engorgements strumeux ; mais trente ans plus tard , la Société royale de médecine ayant appelé de nouveau l'attention sur cette maladie, et d'une manière plus large que ne l'avait fait l'Académie de chirurgie, on eut enfin des descriptions plus étendues et plus complètes, bien qu'encore insuffisantes (3).
(!) Dissertation sur les écrouelles .
(2) Mémoires de Faure, Bordeu, Charruetlon, Goursaud, Majault, etc., 3e vol des Prix de l'Acad. de chirurgie.
(3) Voyez les mémoires de Baumes (imprimés à pari ou dans OEuvr. compl.) et de Pujol sur le vice scrofuleux;
Ainsi donc on en était arrivé à posséder une histoire de la scrofule. On avait acquis sur cette maladie des notions autrement vastes que celles des anciens; mais est-ce «à dire pour cela que l'unité morbide de la scrofule fût définitivement et scientifiquement établie?
11 s'en faut de beaucoup. On s'accordait généralement pour rassembler, pour grouper ensemble un certain nombre d'affections dites scrofuleuses , on avait bien le sentiment vague d'un rapport naturel unissant ces affections diverses; mais leur réunion confuse et incertaine , loin de former un tout, un ensemble parfait, constituait plutôt une classe de maladies analogues, qu'une seule et unique espèce morbide.
On se contentait d'une certaine communauté de nature tenant à une cause prochaine, à un principe occulte appelé virus scrofuleux, à une altération de la lymphe, comme le pensaient les Grecs, et comme on le crut si longtemps, à une fermentation des humeurs , a la présence , dans le sang , d'un acre , d'un acide, etc.
Ce n'est pas ici le lieu de faire l'examen de toutes
voy. aussi le traité de Korlum , Commcnlar. de vilio scrophuloso.
Cette importante monographie , dont nous recommandons vivement la lecture, et qui nous a été très-utile dans le cours de ce travail, est peut-être, même encore aujourd'hui, ce qu'il y a de plus complet sur la scrofule.
les hypothèses inutiles et fausses qui formaient le lien unique et la théorie des affections scrofuleuses; nous y reviendrons plus loin ; qu'il nous suffise de faire remarquer que ce groupe d'affections n'avait d'autre unité que celle d'une prétendue cause identique , consistant dans une altération des liquides, et en particulier de la lymphe. Nous retrouvons cette idée, misérable héritage de l'humorisme grec , dans les auteurs qui ont le plus fait pour cette maladie et qui se sont le plus approchés de la vérité.
Sauvages lui-même, qui avait si bien compris l'unité de la scrofule, qui avait fait la distinction de la maladie et de ses symptômes, rapporte les diverses lésions scrofuleuses à un certain vice de la lymplie qui arrose les glandes conglob^es et qui vient de naissance.
C'était encore là, longtemps après lui (1), l'opinion générale, qui pouvait se résumer ainsi : altération de la lymphe, d'où lésion primitive des glandes conglobées ou ganglions lymphatiques, d'où lésions secondaires de différents organes. Nous
(t) Les meilleures descriptions des auteurs que nous avons cités plus haut sont altérées et souvent défigurées par les mêmes hypothèses sur la cause prochaine de la scrofule. On les retrouve encore dans Cullen (Élém. Je méd. prat. , trad. de Bosquillou, t. 2, p. 602). — Dans le traité de Hufeland sur la scrofule, lequel n'est pas un des moins remarquables, la description n'occupe qu'un rang secondaire,
trouvons cet te opinion formulée très clairement dans les termes mêmes de la question posée par la Société de médecine : « Du vice scrofuleux... et des maladies secondaires dont il peut être la cause» (1).
On le voit donc : ce que nous appelons la scrofule n'était, à proprement parler, qu'une classe, qu'un groupe de maladies, dont une primitive (les écrouelles), les autres secondaires, n'ayant d'autre lien qu'une cause unique dont la nature était un sujet de discussion, mais qu'on s'accordait à désigner sous le nom de vice scrofuleux.
Il ne faudrait pas croire que les solidistes changèrent quelque chose à l'état de la question (2). Que firent-ils en effet? Ils se contentèrent d'assigner un siège différent à ce principe commun des affections strumeuses. Pour eux, le vice scrofuleux ne fut plus une altération des liquides, mais une faiblesse radicale , un état d'atonie des vaisseaux et des ganglions lymphatiques , ou bien encore un défaut d'harmonie entre le relâchement de ces vaisseaux et l'activité des bouches absorbantes , etc. Ce n'était là, comme on le voit, que des hypothèses rempla-
{[)« Determinelur qusenanQcircumsIanlise maxime faveaut « evolufioni vitii scrophulosi, et disquiratur quaenam reme- « dia diaetetica sint, sive pharmaeeulica, apta existant, ad « illius progressum retard a ml uni, velicmeuliam iuFi injjen- « dam, alque moihos secundarios, cujus vilium illud causa « esse polest, praoeavendos.»
2) N dv. Sœmmering, Cabanis. Pinel, RicheraocT, etc
çant d'autres hypothèses pour expliquer l'identité de nature des affections scrofuleuses.
On en était venu à se préoccuper exclusivement des explications et à négliger de plus en plus la description de la maladie.
Aussi , quand vint Broussais, ne pouvant se contenter de ce groupe d'affections, de maladies, comme on disait indistinctement , dont l'unité artificielle n'avait pour base que l'hypothèse du vice scrofuleux , il s'attaqua à celte faible base (1). Reprenant d'une part, contre les humoristes, la lutte que longtemps avant lui Van Helmont avait si vivement engagée et si bien soutenue, il n'eut pas de peine à démontrer que ce virus scrofuleux, ces altérations des liquides, ces altérations de la lymphe, étaient de pures imaginations ; qu'on n'en avait jamais pu constater l'existence ; qu'en un mot tout cela n'existait pas. D'un autre côté il ne lui fut pas plus difficile de prouver que cet état de débilité du système lymphatique n'était qu'une autre explication sans fondement et sans valeur.
Jusque-là Broussais avait parfaitement raison ; mais autant ses prémisses étaient justes et légitimes , autant sa conclusion fut fausse. De ce que l'unité de la scrofule avait été jusqu'alors mal établie et ne reposait que sur des hypothèses purement gratuites, pouvait-il , comme il le fit , conclure que cette unité
1) Examen des doctrines, Pinel el passim.
n'existait pas? Etait-il en droit de nier l'existence de la scrofule et la nature spéciale des affections scrofuleuses? Devait-il, après avoir signalé avec une haute raison et un souverain mépris les contradictions et l'embarras de Pinel , qui venait de mettre définitivement les scrofules au rang des lésions organiques, devait-il tomber dans la même erreur et ne plus voir dans cette maladie qu'une série d'altérations locales? Devait-il, après avoir combattu les explications , expliquer lui-même ces altérations par l'irritation et l'inflammation des tissus blancs? Devait-il enfin, après leur avoir refusé une nature particulière, une existence spéciale et distincte, les rattacher à une prédisposition due à la prédominance du système lymphatique ?
Quoi qu'il en soit de ces inconséquences, Broussais avait nié la scrofule (1) comme unité morbide , comme maladie essentielle, distincte et indépendante de toute autre. Après lui le doute s'empara des esprits, et nous sommes encore aujourd'hui, sur cette question , dans une incertitude qu'il importe de dissiper. Les uns ont adopté les conclusions de
(1) Plutôt encore en haine des explications que par une conviction bien arrêtée. 11 suffit de lire les différents passades où il traite celle question pourvoir qu'il y a beaucoup de vague dans sou esprit, et que s'il nie la scrofule, c'est faute de la bien comprendre.
Ce que nous venons de dire de Broussais s'applique parfaitement à ceux qui depuis ofal accepté ses conclusion*.
Broussais et nient purement et simplement l'existence de la scrofule , qui n'est , à leurs yeux comme aux siens , qu'un groupe artificiel de symptômes; les autres, et parmi eux nous devons citer avec honneur MM. Bauclelocque (1) et Lugol (2), persistent, suivant le sentiment traditionnel, à considérer la scrofule comme une maladie à part, comme une maladie distincte, essentielle. Mais, acceptant avec le sentiment traditionnel de la vérité la tradition de l'erreur si justement combattue par Brous sais, ils emploient toutes les ressources d'un esprit distingué à la recherche d'une cause unique qui puisse leur donner le secret de cette unité des affec tions scrofuleuses dont ils ont là conscience , mais dont ils n'ont pas la raison. Ils ont presque tous renoncé aux explications de l'humorisme, mais ils n'en rêvent pas moins une cause prochaine et unique. C'est tantôt une altération profonde de la nutrition , tantôt la respiration d'un air vicié , tantôt une complexion originaire due à ï hérédité. Us se combattent les uns les autres avec d'excellentes raisons, et ils ne voient pas qu'ils prennent tous une
(1) Éludes sur les causes , la nature et le traitement, de la maladie scrqfuleuse.
(2) Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses.
Il ne sérail pas juste de ne pas rappeler ici le traité complet de M. Lepelletier (de la Sarthe) et les articles de dictionnaire <lc M. Guersant.
condition île développement pour la cause et pour le principe commun des affections scrofuleuses (I).
Ainsi , jusqu'à présent , l'existence de la scrofule comme maladie (2), son essentialité, l'unité des affections scrofuleuses , n'ont jamais reposé et ne reposent encore aujourd'hui que sur des hypothèses physiologiques ; or, comme ces hypothèses ne peuvent se démontrer, qu'elles sont très-souvent en contradiction avec les faits, qu'elles ne sauraient en rendre raison, et que, par conséquent, elles sont faciles à renverser, on doit comprendre comment l'unité morbide de la scrofule, son essentialité, ont pu être mises en doute et sont encore niées de nos jours.
11 est donc temps de sortir de la fausse voie des explications. Il ne s'agit pas d'expliquer la scrofule, mais de savoir si elle existe ; si c'est non pas un être, mais un état pathologique distinct; une manière particulière d'être malade , une maladie essentielle, en un mot. 11 faut l'étudier, non pas physiologiquement , mais médicalement.
Il faut, sous le rapport nosologique : 1° établir
(1) H est encore aujourd'hui une autre manière de considérer la scrofule, c'est de n'y plus voir qu'une manifestation de ce qu'on appelle la tuberculisation générale. Voyez plus loin au chap. du Diagnostic diffèr. et à celui de la Nature de la scrofule.
(2) Bien qu'admise de tout temps, sauf quelques rares exceptions, qui ne sauraient lutter contre l'autorité de la tradition.
que la scrofule est bien une maladie, puisqu'elle a ses symptômes, sa marche, ses lésions; 2° qu'il n'y a qu'une seule maladie scrofuleuse, que toutes les prétendues maladies de ce nom ne sont que des affections syraptomatiques (f) survenant simultanément ou à des périodes successives de la scrofule; 3° il faut bien limiter cette grande maladie, et la bien distinguer de toutes celles qu'on veut y faire rentrer, comme le rachitisme, ou avec lesquelles on tend à la confondre, comme la phthisie tuberculeuse; 4° enfin, déterminer la classe de maladies à laquelle elle se rattache le plus naturellement.
Sous le rapport nosographicjue , nous pouvons encore répéter le vœu de Sauvages , rappelé près d'un demi-siècle après lui par Kortum. Il reste encore à faire une description d'ensemble de la scrofule; il reste à indiquer les différentes formes qu'elle revêt, à décrire sa marche à longues périodes, à faire l'histoire des diverses affections scrofuleuses, à établir leurs rapports mutuels de simultanéité , de succession, leurs rapports avec les formes.
Quant à Yétiologie, il importe, d'une part, d'en finir avec les explications et les causes prochaines : de l'autre, de réduire à leur juste valeur, c'est-àdire au rôle de causes occasionnelles, toutes les circonstances qui favorisent le développement de cette maladie; de bien signaler celles qui lui sont propres ; enfin, de juger cette opinion qui considère la scrofule
(1)11 faut distinguer le morùus (maladie) du locus affcctus (affection).
comme un produit dégénéré d'une autre maladie.
Pour ce qui regarde la sémêiotique , il s'agit de spécifier quels sont les symptômes propres à la scrofule, quels sont ceux qui sont communs à la scrofule et à d'autres maladies. 1! faudrait montrer qu'elle imprime même à ces derniers un caehet particulier qui devient un signe précieux pour remonter du symptôme à la maladie dont il dépend. On éviterait ainsi de confondre des maladies essentiellement distinctes, parce qu'elles ont des symptômes semblables ou plutôt analogues. 11 importerait de faire voir qu'il en est de même pour les lésions, et de rechercher s'il est vrai que la scrofule ait une lésion propre, particulière, pathognomonique, le tubercule, par exemple, ou s'il n'est pas plus vrai qu'elle a pour caractères des lésions multiples et diverses.
Enfin , sous le rapport du traitement , que de questions à résoudre médicalement! Au lieu de s'attaquer exclusivement à la cause supposée, comme on l'a fait si longtemps, ce qui a conduit à préconiser successivement tant de traitements exclusifs et opposés, tels que les fondants, les délayants, les absorbants, les alcalins, les stimulants, les antiphlogistiqucs; au lieu de ne voir dans les affections scrofuleuses que des lésions locales, ce qui a produit l'emploi exagéré et nuisible des moyens chirurgicaux; au lieu d'adopter des spécifiques et de tomber dans les inconvénients d'un traitement exclusif et empirique; ne doit-on pas d'abord rechercher s'il existe vraiment un traitement curatif , ou
si nous n'avons encore que des moyens pallia tifs?
Cette critique une fois faite , et quelque faibles que soient nos moyens d'action, ne convient-il pas de les diriger contre la maladie et de subordonner ensuite à l'indication principale les indications secondaires tirées des conditions de développement, des formes de la maladie , de la période à laquelle elle est arrivée, des affections symptomatiques qui prédominent?
Tel est le terrain exclusivement médical sur lequel on doit s'efforcer de ramener l'étude de la scrofule. Malgré les richesses que possède la science sur cet important sujet , il existe une grande confusion , et de nombreuses lacunes restent à combler. D'interminables discussions se sont élevées et menacent de se perpétuer, chacun choisissant son point de vue, bâtissant son système et parlant, pour ainsi dire, une langue à part (1).
Pour nous, nous plaçant au point de vue purement médical , nous allons considérer la scrofule comme s'il était vrai de dire que c'est une maladie essentielle. Nous aborderons successivement chaque partie de son histoire , et nous espérons prouver que cette manière de voir est conforme aux faits , qu'elle seule en rend compte, qu'elle seule les
(1) Voyez, au chapitre Nature, les hypothèses les plus récentes.
coordonne et quelle permet, dans l'état actuel de la science, sinon de résoudre, au moins de poser toutes les questions qui se rattachent à ce sujet.
DE
Définition. — La scrofule est une maladie caractérisée par divers produits morbides en différents points du corps > particulièrement par des tumeurs dites écrouelles, et par plusieurs autres affections, telles qu'ophthalmies chroniques, dartres, abcès froids, tumeurs blanches, caries, etc.
Elyoïologie. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'étymologie du mot scrofule. Les uns le font dériver du latin : scrofa (truie), quod suibus similes tamoresy ainsi que le dit Kortum; cet auteur en conclut qu'il faut écrire scrojula. Les autres prétendent que le mot est d'origine arabe ; c'est au moins ce qu'on voit dans le Lëœicon de Castelîi, qut écrit scrophula. La première opinion paraît la plus probable , si l'on en juge par le synonyme grec du mot scrofule; seulement l'orthographe primitive a
été altérée par les auteurs qui écrivaient dans an latin barbare.
Synonymie. — Les médecins grecs appelaient les tumeurs scrofuleuses yoipa^e; (de /oipoç, porc). On trouve souvent dans Hippocrate et dans Galien : -/oipa&eç y.cà xa aX).a «pu^axa. Galien nous apprend que les tabercula étaient comme un genre dont les strumœ étaient une espèce. On désignait aussi d'autres espèces de tumeurs, souvent confondues avec celles dont nous parlons, sous les dénominations de (ïojêcov, a#£v. Celte dernière répond au mot latin glandula.
Les médecins latins, Celse, Scribonius, Marcellus, Pline, donnaient aux engorgements scrofuleu.v le nom de strumœ.
Suivant Mercurialis ( de Morbis puerorum , p. 1 28 ) , le mot scrofule ne fut mis en usage que par les barbares. Celte dénomination, dit Kortum, apud paulo serioris œvi ' medicos , imprimis lalino-barbaros , occurrit. Suivant M. Baudelocque, ces barbares ne sont autres que les Arabes.
A ces appellations diverses, il faut joindre les noms d'écrouelles, d'humeurs froides, de mal de roi, en français; king's ewill , en anglais, scrofein , en allemand, etc.
11 est à remarquer que presque toutes ces dénominations , surtout les plus anciennes, s'appliquent aux tumeurs ganglionnaires, à la description desquelles, ainsi que nous l'avons dit, se borna peu-
dant si longtemps l'histoire de la maladie qui nous occupe (1).
Cela est si vrai , que c'est presque une innovation que de se servir de ce mot, la scrofule. Plusieurs médecins l'ont employé cependant dans le cours de leurs écrits, mais aucun ne l'a mis en tête de son livre. Les ouvrages les plus récents sont intitulés : Etudes sur la maladie scrofuleuse , ou Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses. Sauvages seul s'est servi du mot latin scrofula , comme désignant l'ensemble de la maladie; mais c'est là sans doute une autorité suffisante, et il est bien permis de traduire Sauvages.
Il résulte de ce que nous avons dit de la synonymie de la scrofule , qu'il a existé depuis la plus haute antiquité, et dans presque toutes les langues, des dénominations qui s'appliquent à la même maladie. C'est là certes un puissant témoignage en faveur de l'identité et de l'immutabilité de cette maladie qu'on reconnaît facilement , malgré ses noms divers , dans les descriptions incomplètes des anciens, aussi bien que dans les traités les plus complets des modernes.
;1) Ce qu'on appelait le scrofule n'était autre chose que le vice scrofulcux.