‹ De la scrofule, de ses formes, des affections diverses qui la caractérisentChapitre 13 sur 24 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

La scrofule peut se compliquer d'un certain nombre de maladies; mais il en est quelques-unes qui méritent d'être signalées plus particulièrement : ce sont les fièvres éruptives, la rougeole , la variole, la scarlatine, l'érysipèle, la coqueluche, enfin la syphilis. Nous ne parlerons pas ici du rôle de cause occasionnelle que ces maladies jouent très-souvent par rapport à la scrofule. Nous verrons plus loin, en effet, qu'elles sont une condition très-favorable au développement consécutif de cette dernière. Nous n'avons ici à signaler que leur apparition dans le cours de la maladie qui nous occupe, et l'influence réciproque qu'elles paraissent exercer sur la scrofule, et que la scrofule paraît exercer sur elle. La rougeole et la variole accélèrent la marche de toutes les affections scrofuleuses dont tantôt elles déterminent la guérison, que tantôt, au contraire, elles précipitent vers une terminaison funeste. L'érysipèle se comporte de même (2); quant à la coqueluche, son influence est plus rarement salutaire. 11 est une re-

[D Par complications, nous n'entendons ici que l'existence simultanée chez le même sujet de deux maladies essentielles.

(2) Les scrofuleux peuvent être pris d'un érysipèle essentiel, et c'est alors une véritable complication; mais l'érysipèle n'est fréquemment qu'un symptôme de la scrofule.

marque due à M. Lugol (1): c'est que la scrofule imprime plus de gravité aux maladies qui la compliquent, à celles que nous venons d'indiquer en particulier (2).

Cette observation est surtout applicable à la syphilis, à propos de laquelle elle avait été faite déjà depuis longtemps. Les scrofuleux affectés de syphilis le sont bien plus gravement que les autres individus, et la scrofule qui se développe en même temps que la syphilis, ou sur laquelle cette dernière est entée, se montre beaucoup plus rebelle que dans toute autre circonstance. Si la syphilis survient chez des sujets prédisposés à la scrofule, celle-ci ne tarde pas à se développer; s'il existe déjà des affections scrofuleuses lors de l'invasion de la syphilis, elles prennent une nouvelle intensité; si enfin la scrofule est guérie , ce qui s'observe assez souvent dans la forme bénigne , la syphilis entraîne fréquemment une récidive.

« L'infection syphilitique des scrofuleux est donc une des complications les plus graves qui puissent survenir. Ces deux maladies réunies semblent recevoir mutuellement une nouvelle force de cette asso-

(1) Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses.

(3) Cette remarque, si elle s'appliquait à la variole en particulier, serait en contradiction avec l'opinion de Cullen, Borsieri, Kortum, qui disent formellement que la variole est ordinairement bénigne chez les scrofuleux.

sociation. Elles forment ensemble un état mixte, qui jette dans l'économie des racines encore plus profondes que celles de chacune des maladies dont il est composé.» (Lugol, loc. cit., p. 292.)

On observe quelquefois des scrofuleux qui paraissent présenter certains symptômes de goutte. Sans admettre à ce sujet les idées de Selle (1) et de Stoll (2) , qui pensaient que la goutte peut engendrer la scrofule par voie d'hérédité, il importerait de bien constater et d'étudier avec plus de soin qu'on ne l'a fait jusqu'à présent le fait de simple complication.

La plupart des auteurs répètent à l'envi que le rachitisme et la scrofule existent très-souvent ensemble chez le même sujet (1); mais on a trop fréquemment confondu ces deux maladies , on les a trop souvent décrites en même temps, pour qu'on sache bien à quoi s'en tenir sur la possibilité de leur complication comme maladies distinctes. Cependant un médecin , qui a de nos jours singulièrement éclairé la question de la différence radicale de la

(1) «Scrophulosa acrimonia venereee et arthriticae soboles « videtur.» (Selle.)

(2) Stoll se demande : «An arthritica maleries subsit?» (Prœlect. in mord. ckron.,p. 31.)

(1) Culleu, qui distingue nettement le racliitis des scrofules, s'exprime ainsi : Les écrouelles sont quelquefois réunies au rachitis ou lui succèdent. (Traduction de Bosquillon, (. 2, p. 605.)

scrofule et du rachitisme, reconnaît que ces deux maladies, «essentiellement distinctes, se rencontrent quelquefois chez le même sujet » (le docteur Guérin) (1).

Enfin , il est un certain nombre de questions qui rentrent dans ce chapitre, et qu'il est impossible de résoudre dans l'état présent de nos connaissances. Nous nous contenterons de poser les suivantes : Le favus, la vraie teigne, est-elle une maladie essentielle compliquant très-souvent la scrofule, ou n'estce qu'une affection scrofuleuse? La phthisie essentielle ne complique-t-elle pas quelquefois la maladie qui nous occupe (2) ? Certaines tumeurs cancéreuses ou mixtes qu'on observe chez quelques scrofuleux sont-elles véritablement symptomatiques de la scrofule, ou ne sont-elles que le résultat d'une complication de celle-ci avec la diathèse cancéreuse?

On doit du reste ne pas admettre légèrement de semblables complications. Il est très-rare en effet que deux maladies essentielles se compliquent, et quand le fait existe , il n'y a pas de fusion entre les deux maladies. Il arrive ordinairement alors que l'une s'arrête pour laisser marcher l'autre et réciproquement.

(1) Mémoire sur les caractères généraux du rachitisme, p. 47;

(2) Voy. au Diagnostic la distinction établie entre ces deux maladies.

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