Ibid
MICHEL-ANGE
de ce jugement d’un rival, que Bandinelli fut sans talent. Mais il appartient complètement par ses œuvres comme par son caractère à cette seconde moitié du xyi' siècle, où les passions violentes, ne trouvant plus d’aliment dans la vie politique depuis la chute de la liberté, se traduisaient dans l’inspiration artistique par la contorsion des mouvements et l’exagération des formes. Parmi les artistes qui s’inspirèrent de Michel-Ange ou reçurent ses conseils, il faut ranger Jean de Bologne, dont le Mercure volant, le Jupiter colossal, le Samson terrassant un Philistin, ont acquis une si grande et si légitime réputation.
Sansovino (1479-1570), de cinq ans seulement plus jeune que Michel-Ange, fut à la fois son collaborateur et son rival dans les travaux de restauration des statues antiques qui décorent le belvédère du Vatican. Si Michel-Ange n’avait pas existé, Sansovino eût peut-être passé pour le premier sculpteur de l’Italie; mais leurs talents ont peu d’affinité. Ami d’André del Sarte, Sansovino est un sculpteur fin et élégant plutôt que robuste et fiévreux. Sa statue en marbre de Bacchus fut considérée comme un des plus beaux ouvrages du temps. Dépouillé et chassé de Rome pendant le pillage de la Ville éter-
LA SCULPTURE ITALIENNE
« sitôt en ce qu’il y a de plus mauvais, quelle que « soit l’élévation et le mérite des objets l. »
Cellini, parlant de son rival, ne manque jamais de l’appeler un dégoûtant scélérat; quant àBandinelli, il est impossible de traduire en langue française les qualifications dont il gratifie son ennemi. Voici le jugement que Cellini porta de l’Hercule et Cacus en présence de l’auteur et du grand-duc : « Notre savante école dit que si on coupait les cheveux à ton Hercule, il ne lui resterait pas assez de tête pour contenir sa cervelle, et qu’on ne sait pas si son visage est celui d’un homme, ou d’un lion, ou d’un bœuf, qu’elle n’est pas à l’action, qu’elle est mal attachée au cou, et avec si peu de savoir et de bonne grâce qu’on ne vit jamais rien de pareil; que ses deux épaules ressemblent aux deux paniers d’un âne, que les mollets et les autres muscles ne sont pas copiés sur la nature humaine, mais sur un mauvais sac de melons qu’on aurait appuyé tout droit le long d’un mur; qu’on ne sait vraiment pas de quelle manière les deux jambes sont attachées à ce torse hideux 2, etc., etc. » Il ne faut pourtant pas conclure
1» Mémoires de Cellini, II, 170.