Falconaet, I
MICHEL- ANGE
rarement; tandis qu’il est bien difficile de juger les ouvrages de Michel-Ange sans y mettre de la passion. Seulement, qu’on soit son partisan ou son adversaire, il y a une impression dont on ne peut pas se défendre, c’est l’étonnement que produit toujours une puissance gigantesque.
La place de la Loggia dei Lanzi, à Florence, est ornées de statues qui présentent comme un résumé de l’histoire de la sculpture florentine : la Judith, tenant la tête d’Holopherne, par Donatello; le David de Michel-Ange ; le Persée, tenant la tête de Méduse, par Benvenuto Celli ni ; le groupe d’IIercule et Cacus, par Bandinelli; la célèbre fontaine de l’Ammanato, où Neptune, debout sur un char en forme de conque, est traîné par quatre chevaux et accompagné de Tritons et de Néréides. Le David enfant fut le résultat d’une sorte de concours entre Michel-Ange et Léonard de Vinci. Il y avait un énorme bloc de marbre dans lequel un sculpteur primitif, élève de Giotto, avait fait l’ébauche d’une figure gigantesque, et comme cet ouvrage imparfait encombrait inutilement la voie publique, on s’adressa à Léonard de Vinci pour savoir s’il y aurait moyen d’en tirer parti. Celui-ci répondit que pour faire de ce bloc
LA SCULPTURE ITALIENNE
« sitôt en ce qu’il y a de plus mauvais, quelle que « soit l’élévation et le mérite des objets l. »
Cellini, parlant de son rival, ne manque jamais de l’appeler un dégoûtant scélérat; quant àBandinelli, il est impossible de traduire en langue française les qualifications dont il gratifie son ennemi. Voici le jugement que Cellini porta de l’Hercule et Cacus en présence de l’auteur et du grand-duc : « Notre savante école dit que si on coupait les cheveux à ton Hercule, il ne lui resterait pas assez de tête pour contenir sa cervelle, et qu’on ne sait pas si son visage est celui d’un homme, ou d’un lion, ou d’un bœuf, qu’elle n’est pas à l’action, qu’elle est mal attachée au cou, et avec si peu de savoir et de bonne grâce qu’on ne vit jamais rien de pareil; que ses deux épaules ressemblent aux deux paniers d’un âne, que les mollets et les autres muscles ne sont pas copiés sur la nature humaine, mais sur un mauvais sac de melons qu’on aurait appuyé tout droit le long d’un mur; qu’on ne sait vraiment pas de quelle manière les deux jambes sont attachées à ce torse hideux 2, etc., etc. » Il ne faut pourtant pas conclure
1, Mémoires de Cellini, II, 170.