‹ De la sculpture antique et moderne (volume 2)Chapitre 31 sur 122 · Œuvres de Falconnet, t. I, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Falconnet, t. I, p

peu de chose en comparaison de ce qu’ils nous ont laissé à admirer. Aucun sculpteur ne doit ignorer aujourd’hui que le ciseau réussit très-bien dans la variété du travail que demandent les différentes étoffes, quelles qu’elles soient. Observons que l’espace et la quantité des plis ne soient pas égaux, que leur saillie et leur profondeur, qui produisent les ombres, soient harmonieusement variées, sans quoi l’œil sera fatigué d’une monotonie telle qu’on la remarque dans les draperies de la Famille de Niobé , où les plis, sans intelligence dans la distribution, sans vérité dans l’exécution, sont assez semblables à des cordes, des copeaux ou des écorces insipidement arrangées. L’harmonie est aussi nécessaire dans la sculpture que dans la musique : les yeux ne sont pas plus indulgents que les oreilles. Vitruve nous conte fort sérieusement que les cannelures furent ajoutées aux colonnes pour imiter les plis des robes que portaient les dames. Les statuaires l’ont bien rendu aux architectes quand ils ont fait leurs plis semblables aux cannelures des colonnes. »

La différence capitale qui existe entre les draperies des statues antiques et celles du xvme siècle, tient à la manière dont ces deux époques com-

prenaient le but de l’art statuaire. Dans l’antiquité, il n’y avait pas les étoffes , il y avait la draperie; on avait peu à s’inquiéter « de la variété du travail que demandent les différentes étoffes; » on s’occupait de trouver le système de plis le plus convenable pour accompagner la figure : dans la draperie comme dans la forme humaine, on cherchait le type, l’absolu, bien plus que le particulier et l’individuel. C’était tout le contraire au xvme siècle, où la statuaire voulait tout rendre, tout écrire dans sa langue spéciale, les rochers, les broussailles, les étoffes, et même ce qui est impalpable, comme ces lourds nuages de pierre tant prodigués dans nos églises et dans nos palais. « Le mat, le grenu, le poli, employés avec intelligence, dit encore Falconnet1, ont une sorte de prétention à la couleur. Les reflets que renvoie le poli d’une draperie sur l’autre donnent de la légèreté aux étoffes et répandent l’harmonie sur la composition. Si l’on doutait que les lois du bas-relief fussent les mêmes que celles de la peinture, qu’on choisisse un tableau de Poussin ou de Lesueur, et qu’un habile sculpteur en

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