‹ De la sculpture antique et moderneChapitre 26 sur 38 · IV. La sculpture française au xviii« siècle. — Coysevox; ses · texte numérisé non relu

IV. La sculpture française au xviii« siècle. — Coysevox; ses

statues. — Nicolas et Guillaume Goustou. — Leurs principaux ouvrages, leur style. — Caractère sensuel des formes. — L'exagération du mouvement. — Le type humain et la passion. — L'enseignement au xviiie siècle. — Critique de l'art antique par Falconnet. — La draperie et les étoffes. — Le bas-relief-tableau. — Abaissement de la statuaire; elle est subordonnée à la peinture. — Bouchardon. — Pigalle : sa statue de Voltaire. — Fin de l'école du xviiie siècle. — Retour à la vérité et à l'étude de l'antique. — Conclusion.

LE MOYEN AUxE

De toutes les provinces du monde romain, la Gaule est celle qui a le plus souffert des invasions des barbares. Les Goths, maîtres de l'Italie, avaient fait de louables efforts pour s'approprier ce qui restait encore de l'ancienne civilisation romaine ; mais les Francs s'étaient rués sur la Gaule comme sur une proie, se partageant les terres, dévastant les villes et les campagnes, et recrutant dans leurs expéditions ceux qui, déjà ruinés par des pillages antérieurs et n'ayant plus rien à perdre, cherchaient à regagner quelque chose. Ces pillages toujours renouvelés étaient des occasions de querelles entre les envahisseurs, comme le prouve l'histoire du vase

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de Soissons. Quant aux anciens habitants, qui ne pouvaient compter sur l'avenir, ils n'osaient se livrer à aucune industrie. Leur condition, de jour en jour plus précaire, leur faisait envier celle des serfs, que leur maître protégeait du moins contre les attaques des étrangers. C'est ce qui explique pourquoi la barbarie, dans le goût comme dans les mœurs,, fut plus complète en Gaule qu'en Italie.

Malgré leur grossièreté, les Francs paraissent avoir eu un certain goût pour l'orfèvrerie; ils y mettaient même une sorte d'amour-propre national. Un jour, Chilpéric, ayant reçu en présent divers objets en métal travaillé qui excitaient une admiration universelle, fit mettre à côté un large bassin, d'or orné de pierreries, qu'il avait fait fabriquer, et, le montrant à Grégoire de Tours, s'écria : u C'est moi qui l'ai fait faire pour rehausser la nation des Francs I » Mais il est probable que le roi barbare admirait moins l'exéculion de l'ouvrage que la richesse de la matière.

L'immense popularité de l'orfèvre saint Éloi vient peut être plus de son honnêteté que de son habileté. Le roi Clotaire lui avait confié une grande quantité d'or et de pierres précieuses pour fabriquer un

fauteuil ; avec les matériaux qu'il avait reçus, saint Eloi fit deux fauteuils au lieu d'un, et le roi, enchanté de la probité de l'artiste autant que de son talent, le fît rester auprès de lui comme son trésorier. Nommé de plus évêque de Noyon, devenu l'ami et le conseiller habituel du roi Dagobert, saint Éloi consacra son talent à faire les châsses de saints personnages tels que saint Martin, saint Germain, sainte Geneviève^ sainte Colombe, etc.; mais son œuvre la plus universellement admirée fut le mausolée de saint Denys, qu'on regardait de son temps comme un monument unique dans les Gaules. Sa réputation de piété était grande, sa vie avait été remplie par les bonnes œuvres, et ses instructions religieuses montrent une élévation et une sagesse d'idées qu'on est étonné de trouver en ces temps barbares.

Après sa mort, son ombre continua longtemps à hanter le palais des Mérovingiens pour y conseiller les bonnes œuvres, et ce fut après l'avoir vu apparaître que la reine Bathilde distribua aux pauvres ses joyaux et ses riches vêtements. Le récit de ses miracles a défrayé tout le moyen âge; ses reliques vénérées se voyaient dans une foule d'endroits : à

Bruges ses deux bras, des parcelles de son sang et de la poussière de ses habits; à l'abbaye de Denain, près Valenciennes, un de ses doigts; à l'abbaye de Chelles, son chef dans un buste d'argent ; enfin, l'abbaye de Saint-Éloi près de Noyon, dont il avait été évêque, possédait ses cheveux et sa barbe dans une boîte de cristal, sa mitre, sa gibecière, son calice, un de ses bas et un de ses souliers * : ses habits et ses ornements d'évêque avaient été partagés entre la cathédrale de Noyon et Saint-Martial de Paris.

Des hymnes en son honneur se chantaient à matines et à vêpres; on y voit, avec les idées du temps, le genre d'admiration qu'il inspirait : a Son marteau est l'autorité de la parole, son fourneau la constance du zèle, son soufflet l'inspiration, son enclume l'obéissance; » et dans la prière spéciale des orfèvres : « Quand pour le roi Glotaire il fabrique un vase avec un morceau d'or, l'Ouvrier céleste en faveur de l'artisan multipUe le métal. Que cet Ouvrier céleste et son divin Fils qui ont créé l'artisan Éloi nous soient propices pour l'amour de ce saint orfèvre. Ainsi soit-il. »

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