‹ De la section des artères dans l'intervalle de deux ligatures comme méthodeChapitre 8 sur 8 · VI. OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

VI. OBSERVATIONS

©bs. I re . *~ Jeune fille amputée de la jambe. Hémorrhagies consécutives du moignon, persistant malgré plusieurs tentatives de compression et . de ligature directe dans la plaie. Double ligature avec section de Vartère crurale. Guérison.

Une jeune fille nous fut adressée , en 1847, par M. le docteur Schaaf, pour être opérée, à la clinique chirurgicale de Strasbourg, d'un fongus de l'articulation tibio-tarsienne.

Les os du pied étaient cariés , et l'amputation nous parut indispensable. L'opération fut faite par notre procédé à lambeau externe , sur la malade complètement endormie par l'éther ; aucun accident primitif n'eut lieu , mais, vers le huitième jour, plusieurs hémorrhagies vinrent compliquer le traitement , malgré nos tentatives de compression et de ligature directe.

Nous prîmes le parti de pratiquer la ligature de l'artère crurale, et, pour ne pas inquiéter la malade , on lui annonça qu'un nouveau tamponnement de la plaie était nécessaire et qu'on voulait lui en éviter la douleur en la soumettant préalablement aux inspirations d'étber.

L'anesthésie ayant été déterminée facilement , on plaça l'opérée sur un brancard et on la transporta à l'amphythéâtre situé à une assez grande distance. Là , en présence des élèves et de nombreux confrères , je découvris l'artère crurale à la réunion du tiers supérieur avec le tiers moyen de la cuisse. Le couturier fut rejeté en dehors et le vaisseau isolé des parties environnantes par une incision sur le milieu de la gaine celluleuse , dont les deux cotés furent écartés à droite et à gauche, de manière à mettre l'artère complètement à nu, sans risque d'intéresser la veine et le nerf* qui ne furent même pas aperçus. Le vaisseau fut dénudé dans une longueur de quatre centimètres ; deux ligatures, formées d'un fil de soie ciré peu volumineux , furent appliquées à deux centimètres d'intervalle , serrées par un double nœud , près duquel l'un des bouts de chaque fil fut divisé. L'artère fut alors coupée transversalement entre les deux ligatures et se rétracta sur-le-champ, de manière à laisser entre les deux extrémités un intervalle de deux travers de doigt de largeur. Une bandelette de linge, enduite de digestif simple , fut placée dans la plaie, et le pansement terminé par l'application d'un linge fenêtre et cératé , d'un plumasseau , d'une compresse et de tours de bande légèrement serrés.

La jeune fille fut reportée à son lit, où elle reprit bientôt connaissance, sans s'être doutée des déplacements, ni de l'opération qu'elle venait de supporter.

Le troisième jour seulement , la levée du premier appareil lui révéla son opération. Aucune hémorrhagie n'eut lieu du moment de la ligature. Chute des fils, du douzième au quinzième jour. Guérison rapide et complète de la plaie de la cuisse et de celle du moignon»

Obs. II. — Section accidentelle du nerf sciatique. Paralysie consécutive du membre. Ulcère du talon compliqué de carie des os du pied. Ampu-

tâtion de la jambe. Formation d'un ànévrisme variqueux au devant du moignon. Double ligature avec section intervallaire de l'artère crurale. Guèrison.

Le malade, âgé de vingt-six ans, fut amputé, le 8 janvier -1848, à la clinique de la faculté , par mon procédé à lambeau externe. La tibiale antérieure n'ayant pas donné de sang au moment de l'opération , ne fut pas liée. La plaie du moignon marcha d'abord régulièrement vers la cicatrisation , puis devint stationnaire et resta ouverte en avant et en dehors du membre , sans aucune espèce d'altération des os. On constata , dans la direction de l'espace interosseux , la présence d'une tumeur de la grosseur d'un petit œuf de poule , molle, dépressible , soulevée par des mouvements d'expansion , isochrones aux battements du cœur, faciles à reconnaître à l'œil nu , et donnant à l'oreille et à la main un bruit de souffle très-marqué. Tous ces symptômes disparaissaient avec la tumeur, par la compression de l'artère crurale , et redevenaient trèsapparents dès qu'on cessait de suspendre la circulation. On avait donc sous les yeux un ànévrisme très-probablement variqueux , dont le développement faisait obstacle à la guèrison de la plaie. L'artère et la veine tibiales antérieures s'étaient-elles mises en communication par une ulcération perforative? C'était une explication peu vraisemblable. Le caillot oblitérateur, repoussé par l'impulsion du sang, avait-il facilité la formation d'une petite ampoule cellulaire terminale, sorte d' ànévrisme faux consécutif ou enkysté, qui mettait les orifices vasculaires en rapport circulatoire ? Je n'affirme rien et me borne à de simples suppositions. Si le moignon se fût cicatrisé , je n'eusse conseillé ni entrepris aucune opération , parce que la science enseigne et la pratique démontre, comme j'ai eu plusieurs exemples, que les anévrismes variqueux peuvent rester indéfiniment stationnaires , même après avoir acquis un assez grand volume , sans causer de graves accidents. Mais la plaie était rougeàtre, irritable , ne faisait aucun progrès vers la cicatrisation , et la tumeur continuait à s'accroître. L'art devait donc intervenir. Il n'était pas possible de suivre la règle de lier l'artère au-dessous et au-dessus de la plaie, puisqu'ici la lésion avait pour siège l'extrémité coupée d'une artère. Ouvrir directement la tumeur, c'était s'exposer à des dissections très-difficiles, à des délabrements étendus , à une suppuration dangereuse du sac. Nous nous décidâmes, en cette occurence, à recourir à la ligature de l'artère crurale, dans le triangle de Scarpa.

Le jeudi 9 mars 1848, nous mimes le vaisseau à découvert, en présence de M. le professeur Coffres, de M. le doctenr Michel , chef des travaux anatomiques, de MM. les docteurs BoupiER et Pastoret, chirurgiens-aides-majors, de M. le docteur ScHAAFet de MM. les élèves de la clinique. L'artère , dénudée dans une étendue de quatre centimètres , fut étreinte par deux ligatures placées à quinze millimètres d'intervalle, et divisée transversalement entre les deux fils. La rétraction des extrémités du vaisseau fut immédiatement de trois centimètres. On coupa un des bouts de chaque ligature et on introduisit dans la plaie une simple bandelette de linge. Aucun accident ne vint, dès ce moment, entraver la cure; la tumeur ne reparut plus. L'inflammation resta modérée et la suppuration de bodhe nature. Aucune hémorrhagie primitive, ni consécutive; guèrison complète du moignon. Nous avons

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revu longtemps après ce malade , qui ne conservait pas la moindre trace de sa tumeur.

©bs. III. — Hémorrhagies répétées de la paume de la main , à la suite d'une blessure de cette région , datant de cinq semaines et compliquée de gangrène par compression. Double ligature avec section intervallaire des or tètes radiale et cuSitale. Aucun accident.

La double ligature des artères radiale et cubitale , avec section intervallaire de ces deux vaisseaux, fut pratiquée le 19 février 1849, à la clinique de la faculté , en présence de plusieurs confrères et de M. le professeur Scrive, de Lille. Les artères, découvertes au point de réunion du tiers moyen avec le tiers inférieur de F avant-bras , furent soigneusement séparées des parties environnantes dans l'étendue de deux travers de doigt et divisées entre deux ligatures placées à quinze millimètres de distance. Un écartement de près de deux centimètres eut immédiatement lieu entre les bouts de chaque vaisseau. Les plaies furent pansées d'après les règles que nous avons exposées, et cette double opération ne fut suivie d'aucun accident.

Obs. IV. — Même malade. Continuation de l'hémorrhagie de la paume de la main, malgré la section des artères radiale et cubitale. Double ligature avec division intermédiaire des artères brachiale et collatérale du nerf cubital. Aucun accident.

L'hémorrhagie ayant persisté malgré l'interruption du cours du sang dans les deux principales artères de l'avant- bras, nous n'avions d'autre ressource que la ligature de Fartère brachiale. Nous fîmes cette opération le 3 mars -1849, et rencontrâmes , le long du trajet du nerf cubital , une autre branche vasculaire volumineuse , dont les battements étaient énergiques , et que nous crûmes prudent de lier aussi pour plus de sûreté. Les deux vaisseaux , soigneusement dénudés et coupés entre deux ligatures, se rétractèrent de plus de deux centimètres. Aucune complication ne vint compromettre un seul instant les heureux résultats de l'opération considérée en elle-même. Les fils tombèrent le douzième jour, et la plaie guérit parfaitement pendant la cicatrisation du moignon de l'avant-bras, dont l'amputation dut être pratiquée audessous du coude*. Les hémorrhagies de la main avaient été, en effet, définitivement arrêtées , mais la suppuration , le décollement des téguments et les altérations des os du carpe et du métacarpe devinrent si considérables que toute chance de conserver le membre disparut. L'amputation , exécutée par notre méthode à un seul lambeau antérieur, fut suivie d'un succès rapide et complet.

Obs. V. — Blessure partielle de V artère radiale. Formation d'un anévrisme circonscrit. Hémorrhagies répétées. Double ligature avec section intermédiaire du vaisseau. Aucun accident. Guérison.

Nous reçûmes à la clinique de la faculté un ouvrier de la fabrique de Graffenstaden , qui avait eu l'artère radiale coupée incomplètement vers la partie moyenne de l'avant bras. La compression employée pendant deux semaines "

n'avait pu prévenir des hémorrhagies répétées et dangereuses, en raison de leur persistance , et un anévrisme faux circonscrit , dû volume d'un petit œuf de poule, s'était produit. Lel5 mai 1849 nous découvrîmes largement l'artère, en présence de MM. les docteurs Michel, Wiegb*, Lach, etc., et deux ligatures furent placées au-dessus et au-dessous de la plaie , à deux centimètres d'intervalle. On acheva la section de frrtere entre les fils, et la plaie fut pansée comme nous l'avons recommandé. Le malade guérit promptement et sortit de l'hôpital pour aller reprendre ses occupations.

OImu VI. — Plaie des artères radiale et cubitale. Hémorrhagies. Double ligature des vaisseaux. Guérison.

Un jeune peintre eut la face antérieure de Pavant-bras profondément divisée par un carreau de vitre. La plaie, oblique de haut en bas et de dehors en dedans , occupait la partie moyenne du membre et en avait atteint tous les muscles superficiels. Un bandage compressif avait servi à suspendre une hémorrhagie très-abondante , lorsque le malade se présenta à l'hôpital dans les premiers jours du mois de juin 4849. M. le docteur Wibgbr, chef des cliniques de la faculté , découvrit la plaie et lia les bouts supérieurs et inférieurs de chaque artère. Les ligatures tombèrent du douzième au quinzième jour, et le malade guérit de sa blessure sans aucun accident.

Obs. VU. — Anévrisme faux circonscrit de l'prtère radiale, par suite de la cautérisation d'un charbon. Double ligature avec section de vaisseaux. Guérison sans accidents.

Je fus appelé, en 1830, à donner des soins à un fermier des environs de Rambouillet , où je me trouvais momentanément détaché du Val-de-Gràce , par suite des événements de cette époque.

Le malade , atteint de charbon , avait été profondément cautérisé par un berger , et à la chute de l'escarre une hémorrhagie s'était déclarée. La compression , pratiquée avec beaucoup de force , n'avait qu'incomplètement remédié à l'écoulement du sang , et le malade était arrivé à un état de faiblesse tout à fait alarmant.

Je trouvai , à la levée de l'appareil , un anévrisme circonscrit , du volume d'une noisette. L'artère fut découverte et une première ligature fut placée sur le bout supérieur du vaisseau. J'ai déjà raconté comment j'avais été conduit à pratiquer la méthodl dont je préconise actuellement les avantages. Le malade guérit parfaitement.

Ces sept premières observations comprennent onze exemples de double ligature avec section intermédiaire du v,aisseau , sans accidents primitifs consécutifs. C'est une série de succès fort remarquable, et malgré l'habitude de certains chirurgiens de faire peu de cas des réussites, en raison, sans doute, de la continuité habituelle de leurs revers, nous croyons que les prati-

ciens, aux jeux desquels les avantages de -l'art et de l'humanité remportent sur .les susceptibilités de leur amour-propre, seront frappés de l'importance de ces résultats.

Une dernière preuve nous restait à établir, celle de la plus grande facilité de remédier aux hémorrhagies consécutives dans le cas où l'on ne serait pas parvenu à les éviter. Nous n'avons recueilli qu'un seul fait de ce genre dans notre pratique; mais nous le jugeons d'une très-grande valeur, et nous en rapporterons avec soin les détails recueillis par M. Maupon , chef de clinique*

Ob*. VIII* — Ligature préventive de to carotide primitive pour l'ablation de la parotide en totalité. Hémorrkagie , le huitième jour, causée par une traction accidentelle d'une des ligatures , et arrêtée définitivement, au bout de quelques minutes, par la seule compressùm des doigts. — Observation recueillie par M. Maupon.

V., maréchal-des-logis au 4 e régiment d'artillerie, fut adressé de Belfort à M. Sédillot, pour une tumeur carcinoinateuse de la parotide gauche , datant de quatre années et déjà opérée trois fois. Chaque tentative d'ablation des tissus morbides avait été suivie de récidive. La tumeur était ulcérée , fongueuse , saignante , et s'étendait en hauteur de la moitié supérieure de l'oreille (la moitié inférieure avait disparu dans la plaie) à l'angle de la mâchoire , et , en largeur, de la partie moyenne de la joue au bord du musle sterno-mastoïdien.

Le malade, âgé de vingt-cinq ans, fortement constitué et d'une santé excellente jusqu'à l'apparition de son affection, en rapportait la cause à un coup reçu sur la région parotidienne. Les trois opérations qu'il avait subies l'avaient affaibli , et ses chairs étaient un peu molles et décolorées.

L'extirpation de la parotide fut décidée et pratiquée par M. Sédillot, le 45 août 1848, en présence de MM. les docteurs Goffres, Boudier, Gama, Julienne . Detber , et de MM. Tedeschi , Claudel, Dufour , etc.

M. Sédillot commença par la ligature de la carotide primitive, qui fut mise à nu , liée en deux points distants de quinze millimètres environ , et transversalement coupée dans cet intervalle. La gatne celluleuse , incisée sur le plein du vaisseau et rejetée à droite et a gauche , avait servi à écarter complètement la veine jugulaire et le nerf pneumogastrique , qui ne furent pas aperçus. Les deux bouts de l'artère s'écartèrent de plus d'un travers de doigt de distance , immédiatement après l'incision. La parotide fut disséquée d'avant en arrière et de haut en bas , de manière à mettre successivement à nu le masseter, la branche verticale de la mâchoire , une portion des muscles ptérygoïdiens , sterao-mastoïdiens , constricteur supérieur du pharynx , les apophyses mastoïde et styloïde , le bouquet anatomique de Rkrian et le muscle digastrique. Les artères temporale, transversale de la face, maxillaire interne, auriculaire-postérieure donnèrent autant de sang que si la carotide primitive n'eût pas été liée , et la section* du tronc commun de la temporale

et de la maxillaire interne , faite en terminant l'opération , fournit également un jet de sang à plein canal.

Le pansement consista en quelques boulettes de charpie, placées dans la large excavation résultant de l'ablation de la tumeur. Cette double opération , fort compliquée , comme on le voit , et pratiquée pendant l'anesthésie chloroformique, dura près d'une heure et demie avec le pansement.

Le malade , à son réveil , ne croyait pas qu'on l'eût encore opéré. Il fut couché , la tête un peu élevée , et alla parfaitement bien jusqu'au huitième jour, 23 août. A cette époque , la plaie parotidienne était vermeille , de trèsbonne nature , ne présentait pas de gonflement et fournissait une suppuration louable. Le malade mangeait avec appétit , dormait bieu , n'avait pas de fièvre et venait d'écrire une lettre à un de ses amis, pour lui annoncer le bon succès de sa cure, lorsqu'à onze heures du matin, après un pansement, pendant lequel une des ligatures avait accidentellement subi une traction assez forte et douloureuse , une hémorrhagie violente se déclara subitement par la plaje carotidienne. Me trouvant de garde , j'y courus aussitôt et j'arrêtai le sang en portant le doigt indicateur de la main droite sur le point d'où il jaillissait. Le malade était pâle , affaissé , poussait de faibles cris de désespoir et répétait d'une voix éteinte : Je me sens mourir.

La compression fut continuée pendant toute la journée et loute la nuit , par des aides qui se relevaient de deux heures en deux heures. Dès le lendemain, 24 août , on cessa h compression , mais on resta encore en surveillance continuelle auprès du malade pendant quarante-huit heures. La plaie carotidienne était d'un rouge grisâtre , remplie d'un pus sanguinolent extrêmement fétide.

Le 27, le malade délire et parait très-abattu ; ses yeux sont agités de mouvements convulsifs; pouls plein et à iQ4 pulsations; respiration assez régulière. Un gramme de calomel fut prescrit, mais rapidement rejeté parl'estomac avec delà bile. Pendant la nuit, alternatives d'agitation et d'assoupissement.

Le 28, même état; mouvements fréquents de la main gauche vers la tête ; pas de réponses aux questions. Cependant V, tire la langue lorsqu'on le lui demande. Frisson violent à huit heures du soir, suivi de chaleur et de sueur. Refus des boissons ; bonche fuligineuse ; carpologie. Paralysie de la mobilité dès membres supérieur et inférieur droits. La sensibilité persiste. Hoquets pendant la nuit.

Le 29 , hémiplégie droite complète, avec occlusion des paupières de ce côté. Nouveau frisson avec claquement des mâchoires à onze heures et quart. Mort à six heures du soir.

L'examen anatomique du corps fut faite le 30 août, en présenee des hommes de l'art qui avaient assisté à l'opération , et on constata les particularités suivantes :

1° La parotide avait été complètement enlevée et il ne restait aucune trace de la tumeur. Tous les'tissus environnants étaient sains et eu voie de cicatrisation.

2° Il existait une méningite suppurée de toute la moitié gauche du cerveau. L'hémisphère de ce côté était recouvert d'une couche de pus verdâtre et fétide.

L'encéphale et les méninges du côté droit présentaient seulement de la rougeur.

Les deux substances grise et blanche du cerveau étaient parsemées d'abcès de la grosseur d'un pois. Deux de ces abcès existaient sous l'épaisseur de la couche optique gauche. Ces ab«ès étaient parfaitement circonscrits par un tissu sain.

Le ventricule latéral de l'hémisphère cérébral gauche renfermait une grande quantité de sérosité purulente sanieuse, ainsi que le ventricule moyen. Le ventricule droit ne contenait que de la sérosité*.

Thorax, Taches noirâtres, nombreuses et saillantes , de deux centimètres de diamètre et nettement limitées à la surface des poumons. Piqueté noirâtre à la base de ces organes. Aucun abcès.

Plaie carotidienne. La plaie carotidfenne était enduite d'un pus fétide, sanieux comme pultacé. L'écartement des deux bouts de l'artère était de quatre centimètres. Le bout supérieur était renfermé dans la gatne celluleuse, épaissie, lardacée , criant sous la section du scalpel et de couleur ardoisée. Cette portion de l'artère , fermée par des adhérences plastiques à son extrémité , était distendue par du pus dans une longueur de vingt-cinq millimètres. On observait au-dessus un caillot sanguin grisâtre, fibrineux, d'un assez petit volume et uni assez lâchement aux parois du vaisseau , dans lequel était un filament sanguin se prolongeant jusqu'à la naissance des carotides externe et interne.

L'autre extrémité du vaisseau , ou bout inférieur, également retirée dans la gaine celluleuse restée saine de ce côté , était distendue par un caillot fibrineux rougeâtre et dense, de deux centimètres et demi de hauteur, fortement adhérente aux parois de l'artère, qui était béante sur ce caillot formant un bouchon véritablement oblitérateur. Un filament rougeâtre s'étendait de ce caillot à l'orifice aortique de la carotide.

Réflexions. — Cette observation soulève de nombreuses et importantes questions.

1° En premier lieu, nous proclamons de toute évidence nonseulement l'inutilité, mais encore le grave danger de la ligature de la carotide primitive dans les cas d'ablation des tumeurs de la parotide ou de la face. .

En effet, cette ligature ne préserve pas des hémorrhagies, car le sang coulait à plein jet et avec une extrême violence de chacune des branches carotidiennes au moment où nous les intéressions.

En outre, par la ligature on sacrifie la protide interne et les principales divisions de la carotide externe, tandis que la ter- . minaison seule de cette artère, au-dessous de la naissance de la maxillaire interne et de la temporale, est nécessairement coupée.

L'aggravation du danger que l'on fait courir à l'opéré est

immense sous le rapport des accidents pyoèmiques, de la méningo-encépbalite et des hémorrhagies.

La pyoèmie nait facilement de la plaie cervicale-carotidtenne, toujours profonde, fortement bridée et parsemée déveines nombreuses, voisines du cœur, et maintenues béantes par le tissu fibreux environnant Des complications de méningite et d'encéphalite suppurées sont fréquentes à la suite des ligatures de la carotide primitive, et les hémorrhagies primitives et secondaires ne sont malheureusement pas rares.

J'avais, à l'occasion d'un fait de ligature carotidienne suivie de méningo-encépbalite suppurée et d'hémiplégie (voy. Gazette médicale de Par/*, 1843), appelé l'attention sur l'imminence des inflammations suppuratives par défaut d'une quantité suffisante de sang* Ici les mêmes accidents d'hémiplégie déjà signalés par d'autres chirurgiens, se reproduisirent, et l'hémorrhagie accidentelle, qui était survenue, en fut évidemment la cause, alors même que l'on admettrait une complication de pyoèmie*

Il est donc manifeste qu'il faut, comme l'a conseillé M. le docteur américain Norris, d'après une considération impartiale et judicieuse des faits, renoncer absolument à la ligature préventive des carotides, puisque cette opération, dénuée d'avantages, est en réalité la souroe des plus graves dangers*

2° Nous ferons remarquer la facilité avec laquelle nous enlevâmes la totalité de la parotide, et la. rapidité avec laquelle la guérison de la plaie commençait à s'opérer. L'ablation complète de la tumeur fut nettement démontrée par l'examen cadavérique, et eût été probablement la cause d'une cure définitive chez un homme jeune, bien constituent qui n'offrait aucun signe de diathèse cancéreuse.

3° L'efficacité d'une simple compression directe pour suspendre définitivement l'hémorrhagie d'une artère aussi volumineuse que le tronc carotidien, mérite, je crois, toute l'attention des hommes de l'art et confirme la supériorité de notre méthode. La rétraction profonde du vaisseau dans sa gaine celluleuse explique la production du caillot oblitérateur, qui n'eût probable-

ment pas eu lieu si Ton se fiU borné à étreindre l'artère dans une seule ligature* On sait qu'en pareil cas, la continuité du vaisseau persiste constamment par un cordon ligamenteux intermédiaire et que l'analogie reste malheureusement complète avec une plaie artérielle incomplète, lorsqu'une hémorrhagie se produit dans ces conditions.

4° Nous noterons enfin le mode d'oblitération, du vaisseau par un véritable bouchon fibrineux qui en remplissait complètement l'orifice- Plus tard, la rétraction et l'organ^ation de ce caillot cylindrique eussent amené la transformation de l'artère ' en un tissu fibreux-homogène; mode de guérison fort différent de celui où les tuniques vasculaires adhèrent entre elles et ferment le vaisseau sans le secours d'un bouchon sanguin.

Obs. IX* — Ânévrisme de l'artère poplitée chez un vieillard de soixantesept ans. Double ligature avec section de l'artère crurale devenue friable et osseuse. Aucune rétraction des extrémités du vaisseau. Hémorrhagie subite et mortelle le quinzième jour , au moment où la guérison semblait assurée. — Observation recueillie par M. Herrenschneider, chef de clinique.

M. Gaspard, Joseph, né à Belfort, en 1783, entra à la clinique de la faculté de Strasbourg, le 9 novembre i849, pour un ânévrisme très- volumineux de l'artère poplitée droite. Le malade, aneien officier , offrait une constitution délabrée et avait les artères ossifiées , comme on pouvait s'en assurer en comprimant avec les doigts les radiales, crurales, etc., et toutes celles qu'A était possible d'atteindre. On ignorait complètement l'époque de l'apparition de l'anémone-, dont les accidents avaient d'abord été confondus avec ceux d'une affection rhumatismale ; cependant on pouvait approximativement la fixer à deux années. On hésita d'abord à entreprendre une opération dans des conditions aussi. fâcheuses, mais le malade souffrant de sa tumeur au point d'en perdre le sommeil et l'appétit, et réclamant avec instance soit l'amputation, soit tout autre mode de traitement, on se décida à pratiquer la ligature de l'artère crurale , le 6 décembre.

M. le professeur Sédillot , après avoir fait chloroformer le malade , mit l'artère crurale a nu à la réunion du tiers supérieur avec le tiers moyen de la cuisse. La gaine celluleuse , divisée au devant du vaisseau et renversée de chaque éôté, permit de l'isoler avec facilité* dans une étendue de quinze millimètres, en liant et coupant entre deux ligatures une petite branche musculaire. Deux fils en soie , cirés , furent passés sous l'artère et liés à douze millimètres l'un de l'autre , et on entendit très- distinctement le brisement des membranes ossifiées.

La section du tube vasculaire, exécutée avec des ciseaux entre les deux

ligatures , ne fut suivie d'aucune rétraction , et les surfaces opposées de la plaie artérielle restèrent rapprochées et en contact.

Nul accident ne suivit cette opération. Le malade reprit du sommeil , les douleurs cessèrent , aucune tache gangreneuse n'apparut , la plaie ne s'enflamma pas et les battements disparurent définitivement dans la tumeur , dont le volume resta stationnaire et donnait au genou une circonférence de quarante-sept centimètres.

Tout faisait espérer une terminaison heureuse , lorsque survint , le 24 décembre , quinzième jour de la ligature , à six heures du matin , une hémorrhagie qui dura a peine sept ou huit minutes et fut arrêtée par l'application d'un tourniquet. La perte de sang fut évaluée à 300 grammes au plus 5 cependant le malade eut une première syncope, puis une seconde , un quart d'heure •plus tard , et il succomba dans un état semi-comateux.

Examen anatomo-pathologique. — Les deux ligatures placées sur les extrémités de l'artère étaient encore très-fortement adhérentes. Celle du bout supérieur était intacte et un caillot fibrineux de, dix millimètres environ de hauteur remplissait la cavité du vaisseau. (

La ligature du bout inférieur semblait avoir été arrachée au côté externe de l'artère , et par cette solution de continuité , de quelques millimètres de diamètre, sortait un caillot rougeatre et de récente formation. L'bèmorrhagie s'était produite dans ce point et semblait avoir été déterminée par quelques tractions accidentelles du fil.

La tumeur était remplie de sang noir, en partie diffluent, sans traces de pus , et le coagulum lamelleux y offrait peu d'épaisseur.

Toutes les artères étaient ossifiées et dans beaucoup de points détruites par les dégénérescences athéromateuses , jusqu'à la tunique celluleuse.

Réflexions. — On ne saurait invoquer cet exemple d'insuccès contre notre méthode, puisque la rétractilité des parois artérielles n'existait plus; tel est, il faut le reconnaître, le cas assez fréquent des opérations de ligature pratiquées pour des anévrismes spontanés, dont l'extrême gravité dépend beaucoup plus des altérations générales du système artériel que de la méthode opératoire mise en usage.

L'ossification et la friabilité des vaisseaux avec perte de toute rétractilité Sont donc des conditions où l'on pourrait indifféremment recourir à l'application d'une ligature unique ou de deux ligatures avec section intervallaire. Le danger de l'opération , en la supposant bien exécutée, serait le même, et l'on devrait ^attendre, jusqu'à la chute des fils et l'entière cicatrisation de la plate, à des hémorrhagies imminentes. On ne saurait donc recommander, dans de pareilles conditions, une surveillance trop

attentive, pour arrêter, dès le premier moment de leur apparition, des perles de sang très-rapidement mortelles, malgré leur peu d'abondance.

Nous pensons, au reste, que le véritable traitement des ançvrismes pop li tés , très- volumineux et lentement développés , chez des personnes d'un âge avancé, est l'amputation, déjà recommandée par les anciens.

Outre les dangers immédiats de la ligature, tels que les hémorrbagies et la gangrène, on est exposé à la suppuration du sac et à une foule d'açcjdents consécutifs qui en sont la conséquence.

L'amputation est une ressource cruelle, sans doute, mais qui offre,. dans l'état actuel de. notre art, le plus de chances de salut.

Tels sont les faits empruntés à notre pratique; nous les ferons suivre d'autres observations déjà publjées, dont les .résultats pourront contribuer à fixer le jugement des chirurgiens sur les avantages de notre méthode.

M. C. T. Maunoir, dans une thèse soutenue en 1804 devant la faculté de Paris sur la double ligature avec section intermédiaire des artères, sujet déjà traité par son frère en 1801, a rapporté les observations suivantes :

•Obs. jX.. — Double ligature et section de l'artère crurale à la partie interne #t rnoyenne inférieure defa cuisse, par A. Coopbr , le 12 avril 1802. Hémorrhagie t presqu'ijnmédiate. Nouvelles ligatures. Guérison.

«Les détails de ce fait sembleraient démontrer la nécessité de découvrir le « vaisseau dans une certaine étendue et d'appliquer avec soin les ligatures, en «leur donnant un degré de constriction convenable. L'artère avait été mise a «nu dans une très-petite ^tendue, et il était difficile de l'apercevoir et de la « soulever au fond d'une plaie trop étroite. Les deux ligatures avaient a peine « été posées a six lignes environ d'intervalle et l'artère divisée , qu'une double « béraorrbagie se produisit ,* en premier' lieu par le bout inférieur, ei ensuite ^ par, le bout supérieur 4u vaisseau. Il fallut réappliquer les ligatures, et « cun accident ne vint dès lors entraver la guérison. »

jL'béfnorrbagje semblerait, au premier abord , un argument grave contre la .mçtbode.mise en usage, et cependant on ne tardejpas, en y réfléchissant, à changer d'avis. Il est de .toute

évidence que les ligatures n'avaient pas été suffisamment serrées; car si Ton croyait sérieusement au danger de voir les fils chassés par l'impulsion du sang au delà de l'embouchure des artères, il faudrait renoncer aux ligatures après les amputations, ou chercher un moyen de parer à un aussi grave danger. L'expérience heureusement a rassuré tous les hommes de l'art. On a renoncé à l'idée avancée par Diowis de traverser de part en part l'extrémité de l'artère avec un des fils, et de la lier de nouveau au devant du nœud, pour empêcher ce dernier de glisser. Dès qu'une ligature en fil ou en soie, enduite de cire, a été serrée sur une artère par un deuble nœud , avec assez de force pour en diviser les membranes interne et moyenne, on peut être certain qu'elle ne glissera pas (voy. nos Expériences). On. en a la preuve chaque jour chez les amputés dont les ligatures ne sont pas toujours appliquées par des aides fort exercés, et néanmoins les hémorrhagies, par la cause que je signale, sont fort rares. La question se réduit donc à ne pas commettre de fautes, et c'est là une tendance que l'on ne saurait trop développer. La vie et la mort des malades dépendent souvent de circonstances extrêmement minimes en elles-mêmes , mais d'une importance capitale au point de vue des résultats. Sans doute, l'habileté d'A. Cooper ne saurait être mise en doute; mais les plus grands chirurgiens ne sont pas éternellement exempts de toute négligence et de si hauts exemples doivent augmenter la circonspection de tous les opérateurs. Nous n'hésitons pas à dire qu'une faute avait été commise, et nous demandons si les suites n'en eussent pas été plus préjudiciables dans le cas où l'on eût suivi la méthode ordinaire d'une seule ligature. Celle-ci n'eût pas glissé certainement^*»^ elle n'aurait pas et rein t ('artère, dans l'intérieur de laquelle le s|ng aurait continué à circuler jusqu'au moment où les parois artérielles, ulcérées par le contact du fil, auraient amené une hémorèhagie.

Si l'on objectait que la s Ai le présence d'un fil est susceptible de provoquer une inflammation coagulante, nous répondrions parles dangers reconnus des ligatures d'attente et l'inefficacité

sur l'homme des divers procédés d'oblitération artérielle par simples dépôts fibrineux inflammatoires.

Nous nous trouvons ainsi ramené à la comparaison des hémorrhagies par solution de continuité partielle ou complète des artères, et Ton ne saurait contester un seul instant, sous ce rapport, la supériorité de notre méthode.

Olis. XI. — Double ligature avec section intervallaire de la carotide , par A. Coopbr. Guérison. (Extrait de la thèse de M. Maunoir.)

«Au commencement de mai 1802, M. A. Coopbr opéra un charretier atteint d'un anévrisme poplité. Il conserva entre les ligatures un espace plus «grand. Avant de couper l'artère, il la perça en deux endroits, au-dessus de «la ligature inférieure et au-dessous de la ^supérieure , avec une aiguille à la- « quelle il avait adapté une extrémité des ligatures , qu'il avait eu soin de cona server très-longues; il réunit ensuite les deux bouts de chaque ligature, en « faisant un double nœud

«Le but de ce procédé, ajouté à la section de l'artère, était de prévenir «l'hémorrhagie, en empochant les ligatures de glisser; mais il est inutile et il « ajoute à la longueur de l'opération , car, si les ligatures ont été suffisamment «serrées et placées à une distance convenable, l'hémorrhagie ne peut avoir «lieu ; si, au contraire, les ligatures sont lâches , le iil qui traverse l'artère « et qui fait corps avec la ligature , empêchera bien celle-ci de glisser, mais « il ne s'opposera pas à la sortie du sang ; il faut donc s'en dispenser, pour « rendre l'opération aussi simple que possible.

« Le 7 juin f le malade marchait sans boiter, quoique la plaie ne fut point « entièrement cicatrisée. »

Obs. XII. — Double ligature avec section de l'artère brachiale. Gué~ rison. (Thèse de M. Maunoir.)

«Un autre malade, atteint d'un anévrisme au pli du bras, a la suite d'une «saignée où l'artère brachiale avait été piquée, fut opéré , en coupant sim- « plement l'artère entre deux ligatures au-dessus de la tumeur. Aucun accident « ne suivit cette opération , et ce dernier malade guérit plus promptement que « les deux premiers.»

Obft* XIII. — Double ligature avec section intervallaire de l'artère poplitée. Aucun accident.

« Le 16 juin 4802 , M. Abernethy me fit voir, a l'hôpital Saintrl^ttJBemy, « une femme âgée de cinquante-cinq ans , ayant au gras de la jambe une tu- - « meur considérable avec des pulsations marquées ; c'était, suivant l'avis géne- « rai , un anévrisme de l'artère péronnière. L'artère poplitée fut liée en deux « endroits et ensuite coupée. La plaie se réunit promptement et suppura peu.

«La malade succomba trois mois plus tard dans le marasme. La tumeur « était due à un anévrisme de l'artère tibiale postérieure , et le tibia carié dans « une grande étendue. »

0*i. M V* — Dàubiie Hgature avec section de t'artëre cntrdte. Aucun

accident.

a Le 25 avril ^02, j'accompagnai à l'hôpital Guy A. Coûter, pour opérer «un anévrisme de l'artère poplitée. Le malade, âgé de quarante ans , d'une « constitution forte et plutôt maigre que gros , fut couché sur le dbfc , lefr a jambes légèrement fléchies ; l'opérateur s'assit auprès de lui, fit comprimer (( l'artère au pli de l'aine et. fit une incision de cinq pouces au-dessus de la « partie moyenne et interne de la cuisse .«L'artère fut promptement en évidence aet séparée du nerf et de la veine avec un bistouri mousse; une sonde canne - « lée , passée sous Tarière , servit de conducteur à une aiguille moussé armée « de deux ligatures , qui furent liées sur l'artère à un pouce de distance ; les « parois de l'artère furent traversées ensuite avec les ligatures , de la minière « qui a été décrite plus haut , puis l'artère fut coupée. Le malade Ait pansé et «transporté dans un lit; je le vis le dernier jour d'août et le 1 er septembre; «il n'avait alors que peu de fièvre ; les ligatures étaient en placé, et aucun * accident n'avait eu lieu. La plaie suppurait encore au commencement d'oc- «« tobre par une disposition particulière de la peau , qui s'était, pour ainsi dire, « roulée sur elle-même en dedans ; mais le malade marchait sans boiter. » Ob». XV. — • Double ligature et section dé V artère iliaque interne. Mort,

le vingt-cinquième jour, sans aucun accident du 1 Côté de l'artère, dont

les deux bouts étaient oblitérés.

« Un raffineur allemand , âgé d'environ quarante arts , fut reçu à l'hôpital « Saint-Barthélémy, pour un anévrisme de l'artèjre crurale , à sa sortie près de « l'arcade crurale. Le malade resta à F hôpital deux mois, pendant lesquels la tu- « meur augmenta; toute l'extrémité était œdématisée et la santé du malade dé « clinait de jour en jour ; on se décida enfin à l'opérer le 24 octobre 4801 .

«L'artère iliatjtfe externe fut liée par M. Abernëtûy en deux endroits un « peu au-dessus de la tumeur, et elle fut divisée ensuite. L'état dé Popéré "pendant les huit premiers jours donna de grandes espérances, mais le neu- « vième jour, le malade était comme dans une période avancée de fièvre ma- « ligne; le pouls battait 150 fois par minute; la langue était couverte d'une «croûte noire; il y avait, outre cela, du délire et des mouvements coirvulsifs. « On examina la plaie , et , en pressant la tumeur, il en sortit une grande « quantité de sanie purulente et fétide. Ou fit des injections dêtersives dans « la plaie et du côté de la tumeur. Le mieux-être fut frappant les premiers «jours, mais il ne se soutint pas; le malade perdit ses forces et mourut le «16 novembre, c'est-a-dire le vingt-troisième jour après l'opération.

« L'ouverture du cadavre fit voir que le sang s'était fait jour par une cre- « vasse du sac , qu'il avait disséqué les parties environnantes , qu'une partie « avait trbuvé une issue au dehors , et qu'il en était resté assez pour ocèasion- «ner la fièvre putride. Du reste, les ligatures n'avaient pas manqué, et les « deux bouts de l'artère étaient rétrécis et fermés pat un caillot ; ils étaient de « plus unis par une substance de nouvelle formation. »

Oftsu X1TI. — Double ligature avec section de V artère radiale. Guérison. Ce fait, tiré de la pratique du frère de C. T. Maunoir, est relatif a une plaie de l'artère radiale. Les ligatures et la section du vaisseau furent faites .au-dessus de la plaie. Le nrajade guérit sans héinorrhagie.

6ttt* XVII. -~ BouWe ligature 1 afcw tertton dto V artère crurale at^deans tfuw àtnivrîHtie faU& cvriêtcutif. (ttiértoon.

Cette ôbservatïoif , due a M. C. T. MàunoiU , rentre dans ïa catégorie des faits d'ânévrisirfes spontanés que ritrtte avons déjà rapportas , puisque te vaisseau ne fui pas lié au-dessus et au-dessous de la bfessure primitive . tuais seulement au-dessus.

Nous nous sommes absternf de cftër des cas de phies artérielles arec Ou sans anévrismes traumatiques , guéries par la ligature* du vaisseau blessé audessus et au-dessous de la plaie , parée que cette pratique est aujooroY bui w«~ versellement adoptée \ nous nous bornerons à> faire remarquer les succès habituels de ces opérations ,. beaucoup moins graves dans leur» résultats que la ligature appliquée d'après le traitement de Hdutea , pour le traitement des anévrismes spontanés.

Otto. XVIII. — Double ligature avee section de l'artère crurale. Guétison.

Nous âtiprtïiKétts a la thèse dé M. C. T. MxtWoiR cette dernière observation?, qtâ nous parttî! pleîocMtfent confirme* les remarques précédentes. La plaie de Kartère avait- eu lieu trois' semaines auparavant, la cuisse était distendre dans la plus grande partie de se hauteur par un vaste épauchement de saftg; cependant la guérîson Repéra avec beaucoup de régularité et de succès.

« Le 28 février 4802, je fus appelé par* M. Fûàr , mon confrère, pour voir ci un jeune homme qui avait été blessé à la partie moyenne et interne de la « cuisse gauche par fa laine d'un canif, Une tumeur profonde , de la grosseur « d'un oeuf, survînt aussitôt. La plaie extérieure > très-petite , ne laissait éeou- «ler que quelques gouttes de sang fluide et vermeil. Effrayé , ce jeune homme « alla chercher du secours auprès d'un soi-disant chirurgien , un vrai empi- « rique , cfui se coutentâ dé lui faire appliquer des topiques vulnéraires sur sa « blessure ^ lui recommanda l'exercice , et ensuite , voyant que la tumeur aug- « mentait , lui fit mettre des cataplasmes émollients.

« Au bout de peu de jours , la plaie extérieure fut cicatrisée , mais la tumeur «augmentait sensiblement ; une douleur sourde se faisait sentir ; toute la «cuisse et la jambe s'engorgèrent successivement et prirent un volume double « et triplé de celui qu'elles offraient d'abord.

«En cet état de choses, je proposai, comme unique ressource, l'ouverture « dé la poche anévrismale et la ligature de l'artère.

« Je fis une première incision sur l'endroit de la piqûre , de trois pouces de « longueur, en pénétrant dans le dépôt. Il en sortit aussitôt quantité de sang « Caillé ; je reconnus alors qu'il s'étendait sur toute la face interne de la cuisse «et depuis le haut au basj je fendis la peau et l'aponévrose au-dessus et au- « dessous de ma première ouverture , toujours dans la direction de l'artère; «j'eus une plaie d'environ douze pouces d'étendue. Je vis alors le désordre « produit par Une quantité prodigieuse de sang épanché et coagulé , que j'ente levai successivement; j'en débarrassai la plaie; je fis lâcher la compression « et je Vis l'éttdroit d'où s'échappait le sang. J'épongeai, j'écartai les muscles, «je disséquai et dénudai l'artère. Tout ceci ne se fit pas si facilement que je «lé dis. La plaie artérielle, parallèle aux fibres musculaires, avait enviror «deux à trois lignes de longueur. J'introduisis une sonde dans cette ouverture: «je la laissai aller un peu en haut et en bas dans le tube artériel; je la sot

«levai par ce moyen; je l'isolai peu a peu au-dessus et au-dessous de son ou- «t verture; ensuite, au moyen d'une sonde à selon , recourbée et amincie exaprès sur le plat, je passai par dessous un ruban composé de plusieurs fils « cirés, d'abord en dessus , puis en dessous ; je mis encore des ligatures d'at- « tente que je laissai libres. Je fis ensuite la section du tube artériel entre les « deux ligatures. Cette section produisit aussitôt un écartement bien sensible « et assez considérable entre les deux extrémités liées. « Le malade guérit parfaitement sans aucun accident.»

<Hm* XIX. — Double ligature avec section de l'artère crurale, par Clinï. Chute d'un des fils au bout de trois heures et hémorrhagie. Réapplication de la ligature supérieure. Guérit on. (Extrait d'A. Cooper , trad. de M. Chassaign ac , p. 540.)

« M. Clin e fit cette opération sur l'artère crurale avec un très-grand soin. « Ses ligatures furent placées à un pouce de distance et le vaisseau divisé dans « leur intervalle. Au bout de trois heures , une violente hémorrhagie se défi clara. Un des élèves, qui heureusement était auprès du malade, exerça une («compression sur l'artère et fit prévenir M. Climb. Celui-ci, après avoir en- «levé les pièces de pansement,. trouva la ligature supérieure libre dans la «plaie. Il appliqua, au moyen d'une aiguille, une nouvelle ligature sur l'ar- « tère , et l'accident n'eut pas de suite. »

Nous noterons ici l'explication donnée par A. Cooper de la cbute des ligatures dans quelques cas exceptionnels. C'est une explication sans valeur à l'appui d'une mauvaise cause; mais nous la citons comme exemple de la faiblesse avec laquelle les intelligences les plus fermes s'abaissent à sauvegarder leur réputation d'habileté.

«On se demandera, dit A. Cooper (loc. cit., p. 54), si dans l'opération «de l'anévrisme la ligature peut se détacher de l'artère fémorale, comment a se fait-il que cet accident ne survienne pas dans l'amputation de la cuisse, « lorsque le fil est appliqué seulement au moyen du tenaculum ?

«A cela je réponds que dans les deux cas l'artère se trouve dans des con- « ditions très-différentes. Après l'amputation , les vaisseaux se resserrent de « manière a ne pas recevoir plus de sang qu'il n'en faut pour nourrir la por- «tion du membre qui n'a pas été amputée, tandis que dans l'opération de « l'anévrisme, les artères de la cuisse doivent recevoir une quantité de sang « suffisante pour subvenir à la circulation de toutes les parties situées au- « dessous.

«Secondement, comme cette «opération a été pratiquée plusieurs fois sans « que la ligature se soit détachée , on peut se demander quelle a été la cause « de cet accident dans le cas que j'ai rapporté. Je pense qu'on doit l' attribuer « à la cause suivante :

« Le malade qui fait le sujet de l'observation était d'une constitution robuste «et ne paraissait épuisé par aucune affection antérieure. Chez un pareil sujet, «le choc du sang, à chaque pulsation artérielle, est trop fort pour que la

«ligature puisse rester en place , à moins qu'on ne l'ait serrée avec une force « capable de rompre les tuniques artérielles, i

Aucune de ces raisons ne supporte un examen sérieux :

1° Il n'est nullement prouvé que le choc de la colonne du sang lancé par le cœur dans une grosse artère soit moins fort après une amputation qu'à la suite d'une opération d'anévrisme. Le contraire paraîtrait même plus probable, puisque dans le premier cas la masse du sang est plus considérable par le retranchement d'un- membre, et qu'un état de pléthore, connu sous le nom pléthore des amputés , en est souvent le résultat

2° II n'est pas exact de dire qu'une ligature placée sur l'artère d'un sujet vigoureux sera nécessairement expulsée par la force de impulsion du sang. La théorie et l'expérience réfutent manifestement cette manière de voir. La théorie, parce qu'un fil ayant fait sillon sur le tube artériel, par la section des membranes interne et moyenne, ne saurait réellement glisser, s'il a été convenablement serré et noué; l'expérience, parce que tous les jours on arrête les hémorrhagies trauoiatiques des plus gros vaisseaux, chez les hommes les plus vigoureux, sans que les ligatures soient expulsées (voy. nos Expériences).

M. Velpeau a lié avec succès l'artère iliaque externe sur un garçon boucher qui venait d'être blessé d'un coup de couteau, et de pareilles opérations ont été pratiquées par les chirurgiens militaires sur les artères carotides, crurales, axillaires, brachiales, sans hémorrhagies consécutives.

L'indication rationnelle et véritable consiste donc à bien appliquer les ligatures, à quelques millimètres au-dessus de l'ouverture du vaisseau et à se mettre ainsi très-sûrement à l'abri de l'accident survenu à Cline et à À. Cooper.

Obs. XX* — Double ligature avec section de l'artère carotide, par A. Cooper. Guérison. (Loc, cit., p. 554.)

Cette observation fut le premier exemple de succès obtenu par A. Cooper de la ligature de la carotide primitive atteinte d'anévrisme. L'opération avait été pratiquée le 22 juin 4808 , à l'hôpital Guy. Les deux ligatures furent placées à la distance d'un pouce , et le vaisseau coupé dans leur intervalle, Les fils tombèrent le vingtrdeuxième et le vingt-troisième jour, et le malade guérit parfaitement.

Ofeft. XXI. — Boubie ligature avec fiction 4e l'mrttee dHuque externe. GuérUon. (A. «CoQPfcB, foc. <#., tp.^j)

« WiUiam Gorçles., â#é de trenterse^pt aps, vint à .Londres ide Recelés en « Suffolk , pour un anévrisme de l'aine droite qu'il attribuait à ce .que six mois « auparavant il avait fait un trajet de cinq milles avec un fardeau très-pesant fc0nr le dos. Quinze jjonrs avant «son départ, ll'anévrisme avilit commencé M «paraître. J)ans spn voyage pour ^ .rendre à Londres, a ( plus décent milles « de son pays, étant placé sur l'impériale de la diligence , il lit une chute sur «la face, et la tumeur ayant été comprimée, il remarqua que la surface de «-celle-ci avait iptis une couleur gangfénr#use. Au moment de son entrée. |i «(l'hôpital de Guy., la ^>eau, dans quelques points , présentait une pouleur o rouge foncée , dans d'autres points elle était rouge et d'une minceur ex- «•trême.

.«H d'y ^ait pas.de temps h -perdre,, et l'opération fut pratiquée île jour, a même de son entrée (23 juin 1808). Deux ligatures furent appliquées sur «* l'artère iliaque qui fut divisée entre elles!

«Rien de -particulier ne -survint jusqu'au 40 juillet, mais ce jour-la , à dix «rbeures.du soir, il s'échappa du ; sac an£vrômal.du sang d'une couleur foncée «et la tumeur s'affaissa. Je prescrivis, l'application sur la tumeur d'uqe éponge «imbibée d'eau et de vinaigre.

«Dans les six joins qui suivirent, la peau se gangrena à la surface. de i la « tumeur, ,de manière que Ja .poche anévrismaje fut complètement ouverte.

« Le 8 juillet , la ligature supérieure se sépara; l'inférieure tomba le. len- « demain.

« La-plaierprit ijn^on.aspeet^et le malade «e rétablit pajfajtçmen.t.<>> (£rad. de M. Chassaignac.)

OJ>s* XXII. — Double ligature avec section de l'artère iliaque #ctevne , par A. Cooper. Guèrison. (Loc. cit., p. 56.) «Dans ce cas le malade avait vingt-sept ans. Les ligatures tombèrent le dix- «septième jour, et le ^ malade, guérit sans accidents. »

La ïhëorie , l'expérience sanctionnée par le temps , ce souverain juge, les intérêts de. l'art, ceux de l'humanité nous paraissent'hautement proclamer la supériorité de notre méthode.

Nous en avons -montré T^antîienne origine, nous avons cité 1 les noms des chirurgiens qui en avaient établi la filiation et vanté les succès dans latférie des'siècles.

Réussirons-Mous mieux à répandre nos convictions que ne Pont fait, parmi nos contemporains,' les Abernethy, les Cline et les Maunoir? Nous en avons peu l'espoir; mais si rares que soient nos imita t ( eurs,nousjnearoiTOnS;pa^notretravail(inMli|e 1 ,s , iljîQntribue au salut de quelques malades.

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