OBSERVATION X
(Favre, PérourAuD et BrocniEr. Réunion Dermatologique de Lyon, Bulletin de la Société française de Dermatologie et de Syphiligraphie, mai 1931)
Mme B... Andrée, âgée de 26 ans, entre à la Charité le 4 novembre 1930 pour hémorragie utérine survenue au début d’une grossesse.
Rien de particulier dans ses antécédents. Pas de syphilis connue.
Elle a eu une première grossesse en 1928.
L'enfant est mort à 5 mois de broncho-pneumonie.
La grossesse actuelle est la seconde et est interrompue par une fausse-couche de 2 mois dont les suites obstétricales furent très simples. Mais la malade attire l’attention sur son bras gauche qui est très augmenté de volume, rouge et très douloureux. Elle raconte que ses douleurs, qui datent de quatre mois, sont extrêmement violentes, insupportables, empêchant tout travail et tout sommeil. Elles ont un horaire surtout nocturne, et la malade ne peut reposer un
peu qu'en absorbant des quantités extraordinaires de calmants (4 à 5 grammes d’aspirine par jour).
Les mouvements de pronation et de flexion sont libres et normaux, la supination et l'extension sont douloureuses et même impossibles à partir d’un certain degré.
La palpation est très douloureuse et montre une tuméfaction osseuse de volume d’un œuf située juste au-dessus de l’épiphyse inférieure de l’humérus. Cette tuméfaction semble lisse, de consistance égale et se continue insensiblement avec la diaphyse. À son niveau, la peau est chaude, rouge et même violacée par places.
Pas de ganglions axillaires ni épitrochléens. L'’interrogatoire ne rèvèle aucun incident digne d’être noté; tout au plus on sait que l’année dernière il y eut des phénomènes douloureux avec tuméfaction au niveau du genou gauche, qui ont obligé la malade à garder le lit et qui ont cédé à des pointes de feu.
La réaction de Wassermann est fortement positive.
La radiographie montre une tumeur ovoïde, fusiforme, juxta-épiphysaire englobant tout le tiers inférieur de l’humérus, mais elle ne permet pas de trancher le diagnostic entre syphilis et ostéo-sarcome. On décide de faire un traitement d’épreuve.
Le 14 novembre 1930, à 17 heures, on pratique une injection intraveineuse de 0 gr. 15 de novarsénobenzol.
Le même soir, cette malade, qui souffrait atrocement depuis quatre mois, qui ne pouvait dormir, qui se bourrait de calmants, cette malade s’endormit sans
souffrance, sans prendre aucun remède et ses douleurs disparurent définitivement.
Le traitement fut continué d’une manière rigoureuse (novarsénobenzol et sirop de Gibert). La tumeur fondit rapidement. Au bout de trois semaines elle avait diminué des trois quarts, ainsi que le montrèrent la palpation et une nouvelle radiographie. Les mouvements étaient plus étendus. Le 16 janvier 1931, après deux mois de traitement, pendant lesquels elle reçut 6 gr. 45 de novarsénobenzol et but un litre de sirop de Gibert, la malade était entièrement guérie. La palpation et la radiographie ne montraient plus rien d’anormal; tous les mouvements étaient possibles ; quant aux douleurs, il n’en était plus question depuis le soir de la première piqûre.