‹ De la sédation immédiate ou rapide de l'élément douloureux de certaines manifestations de la syphilis dès la première injection arsenicale ou bismuthique: Valeur diagnostique de cette "injection d'épreuve"Chapitre 18 sur 18 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

(Nous la devons à l’obligeance de M. le Docteur Jean CuicrereT, de Lyon)

Jeune femme de 37 ans, traitée en 1915, 1916 et 1917 par M. le Docteur Horand, ancien chirurgienmajor de l’Antiquaille, pour syphilis primaire et secondaire. Depuis 1918, j'ai eu l’occasion de la traiter, c'est-à-dire de diriger son traitement d'entretien seulement: car de 1918 à 1931 je n'ai relevé chez elle aucune manifestation sensible de la syphilis. A noter seulement que depuis deux à trois ans elle a maigri graduellement d’une façon assez sensible sans cause

facile à saisir (Basedow?). Actuellement elle pèse 58 kilos avec ses vêtements d’hiver (taille: 1 m. 70).

Elle vient aujourd'hui (22 novembre 1931) me consulter pour une douleur et une grosseur qu’elle présente au niveau de l’aîne droite. Elle s’en serait aperçu il y a plusieurs mois, mais ce n’est que depuis deux ou trois semaines que, par moments, elle en souffre assez vivement, quoique d’une façon supportable. A la vue, rien ne frappe : pas d’adénite, pas de hernie. Les deux grandes lèvres sont de volume normal et identique. Mais en palpant la région pubienne à droite, on sent — surtout par comparaison avec le côté gauche — sur le bord supérieur de la branche horizontale du pubis, une légère tuméfaction lisse, allongée dans le sens transversal sur une étendue de 28 à 30 millimètres. En appuyant, même légèrement, on provoque une douleur assez vive, que la malade compare à une brülure, surtout en un point limité de 1 centimètre environ.

Cœur et poumon: néant.

Pouls régulier, mais rapide: 92 (basedowienne).

Tension artérielle: Mx 11, 11,5 - Mn 8,8.

Réflexes: oc. pupill. : normaux.

achilléens : normaux.

rotuliens: très faibles.

Je conclus à une ostéopériostite syphilitique tertiaire de la branche horizontale du pubis droit.

La malade se plaint en outre de maux de tête qu'elle a assez souvent depuis quelque temps et qui durent trois à quatre jours (jour et nuit).

Traitement. — 1° Solution K I 30/450, 3 cuillerées

à potage, c’est-à-dire 3 grammes par jour (dans eau de Vals).

2° Chaque matin, une pilule au protoiodure de mercure.

Aucune application ni friction locales.

Le 2 décembre, je revois la malade. Les douleurs vives qui l’avaient décidée à consulter ont cessé dès le troisième jour du traitement mixte ioduré et mercuriel.

Aujourd’hui, la tuméfaction semble avoir diminué sensiblement: elle est moins longue et plus circonscrite, ce qui fait que la lésion, tout en étant moins étendue que l’autre jour (21 novembre), est plus facilement perçue parce que plus saillante.

Conclusions

TI. — Lorsqu'on se trouve en présence d’une affection douloureuse dont l’origine syphilitique est possible ou probable, mais demande à être confirmée, il est souvent possible d’avoir cette confirmation rapidement en instituant d'emblée un traitement par une injection intraveineuse de novarsénobenzol ou intramusculaire de bismuth, et cela sans attendre les résultats d’un traitement prolongé.

II. — L'injection d'épreuve amène-t-elle une sédation immédiate ou rapide de l’élément douloureux, la syphilis, de probable ou possible qu'elle était, devient pratiquement certaine.

IT. — Ce précieux renseignement a plus de valeur, à notre avis, qu'une réaction de Wassermann ou de Hecht qui peut, même après réactivation, demeurer négative dans des cas avérés de syphilis.

IV. —— Le novarsénobenzol est le médicament de choix pour cette « injection d’épreuve ».

Vu: Le PRÉSIDENT DE LA THèse, LE Doyen, NICOLAS.

JEAN LEPINE.

Vu et permis d'imprimer Lyon, le 23 Mai 1932.

Le RECTEUR, PRÉSIDENT pu CoNsEIL DE L'UNIVERSITÉ, A. LIRONDELLE

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