CHAPITRE XXXII
Hé» MéÊÊmgmm^
Derrière les Guidimakras est le pays Dowich, habité par la race maure Zénuga ou Zénéga.
Cette race occupait toute la rive droite avant renvahissement de la basse Sénégambie par les races Braknas et Trarzas , venues du nord-ouest à travers le désert du Sahara.
Ceux qui liront ce chapitre ne manqueront pas de nous accuser d'erreur ; ils croiront que nous avons confondu les tributaires des Dowichs avec les /iowichs eux-mêmes. En effet, à Saint-Louis même, on prend le nom du pays, Dowich, pour celui de la race qai l'habite ; ainsi on dit les Domchs pour désigner les Zénagas du pays Dowich.
Nous ne dirons que peu de mots des Zénagas. Ils sont livrés à des guerres intestines éternellement
ravivées par la trahison et l'assassinat. En haute Sénégambie comme dans les pays voisins de Saint- Louis, cette race arabe, qui pourtant a jeté un vif éclat sous d'autres latitudes, se livre à l'oppression des faibles, aux brigandages les plus révoltants. Les partis qu'elle lance sur la rive gauche inspirent à ces malheureuses populations noires une terreur profonde, dont l'effet immédiat est de rendre le travail incertain et d'arrêter l'essor de notre industrie.
Les Zénagas étaient autrefois tributaires des Oulad m Barrik,
Lôi^que la division s'introduisît parmi ceux-ci; que les Oulad-Koïssis^ refoulés ainsi que nous Tavons dit, eurent envahi le pays Dowich, lés Zénagas ^ voyant l'abaissement dans lequel étaient tombés leurs anciens maîtres , s'affranchirent de leur domination.
Le pays est aujourd'hui divisé en deux partis qui y entretiennent la guerre civile. Quoique affaiblis par ces divisions intestines , les Zénagas sont encore puissants, et leur influencé agit même sur les Trarzas.
A révoque où nous élevâmes dans le Goye le fort de Bakel, Mohamet Ahrnet Schej était roi du Dowich.
Il avait un frère appelé Mohamet^ et pour fils Soueïây Hamet, Ce dernier servit de ministre à son
père dans les arrangeineùts qui précédèrent louverturede notre escale; il toucha la coutume, d'abord au nom de son père, plus tard en sou propre nom. Il se fit ainsi un revenu assuré, et, par suite, de nombreux partisans : l'un est la conséquence de l'autre, en Sénégambie comme ailleurs.
A la mort de Mohamet Ahmet Schej^ l'autorité appartenait à son frère en vertu de la tradition : Soueïdjr Hamet ne voulut pas le reconnaître , et agit, à la tête de ses partisans , comme maître du pays DowicH. La désunion commença par ce conflit d'ambition et régna jusqu'à la mort de Mohamet.
Celui-ci , en mourant, laissa quatre fils : Souleymofif Abdoulajre^ Ahmet Marmout eXAbdourhama. ^ De son côté, Soueîdy Hamet avait quatre enfants mâles : Ahmet Soueîdy^ Bakar, Moctor eiAljr,
Les Mfants de Mohamet, irrités de ce que Soueïdjr à qui l'autorité appartenait alors , n'avait pas voulu se soumettre à leur père , refusèrent à leur tour de reconnaître ses droits.
Cette querelle amena définitivement la guerre civile; chaque parti cherchait à se détruire, en dressant des embûches au chef du parti contraire. C'est ainsi que Sôule/man, fils aîné de Mohamet , fit un jour assassiner Soueïdf. Ahmet Soueîdy^ héritier des droits de son père , ayant de plus à venger le sang de. celui-ci, fit ixxQX Souleyman ; Abdoulaje, second
fils de Moharnet , ne voulant pas rester en arrière, fit massacrer Ahmet Soueïdy.^.
On comprend la confusion dans laquelle tombèrent ces tristes races au milieu de ce chaos de haines et d'exécutions sanglantes; c'est depuis ce temps que deiix partis puissants ^ les Shératites y partisans de la famille de Moharnet^ et les Abakac^ dévoués aux descendants de Soueîdy ^ se font une guerre acharnée.
Le DowicH pourrait nous fournir les moyens de remonter sur place notre cavalerie.
Les chevaux que ce pays élève, en assez grand nombre, sont de trois races distinctes.
La première, la plus estimée, célèbre par sa vitesse, se divise en trois familles, /)<^y^i*ma, Mérass, Séguemm. Elle se distingue par un corps allongé et la finesse des membres inférieurs; elle a le sabot large, la croupe arrotidie, bien développée, le poitrail ouvert, les oreilles fines, la tête carrée, le museau pointu , le col nerveux et gracieux , le pelage généralement blanc. Cette race est très-estimée des Maures ; elle ne peut vivre , acquérir ou conserver un développement complet, que dans les lieux parfaitement secs, bien aérés, à l'abri des influences marécageuses et des atteintes des mouches et des moustiques. Un mâle , après avoir vécu quarante jours auprès de sa mère, vaut, dans le pays même, de
quatre à cinq cents francs; une femelle, douze cents.
La seconde race, appelée Telliîa, bien inférieure à l'autre aux yeux des indigènes, donnant des chevaux grands et vigoureux, s'acclimaterait indubitablement au Sénégal. Le prix d'un individu de cette race varie entre cent cinquante, deux cents et deux cent cinquante francs.
Enfin la troisième, dont le nom est Cheurgu/a, provient d'un croisement entre les individus de la première espèce et les junjents de la rive gauche : elle vit très-bien partout , conserve encore des qualités de vitesse fort remarquables, et peut rendre de très-grands services ; son prix varie entre deux cent cinquante et trois cents francs.
En prenant ses précautions un an à l'avance, il serait possible de se procurer deux ou trois cents chevaux de cette dernière catégorie.