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lait Hakreureïge. On le considère comme la souche des quatre Iribus de princes entre les mains desquels résident aujourd'hui encore l'influence et l'autorité.
Ces quatre tribus sont ; les Oulad si hidcy descendance directe de flakreureïge ; ils forment la véritable famille royale : les rois sortent tous de son sein; les Heuleïba^ les Oulad Lorrmach^ et les OaladHametj tribu puissante, dont la volonté est prépondérante dans l'élection du souverain.
Ces tribus peuvent mettre sur pied environ quatre cents hommes, qui tous combattent à cheval : c'est la force vive de la nation.
Les princes braknas n'ont pas de costume particulier.
Quand il s'agit de nommer le roi (scheik) , ces tribus se réunissent, dans un lieu quelconque , sur la convocation des Oulad si htde.
Leur choix libre se porte sur un membre de la famille royale, ainsi que nous l'avons dit; c'est presque toujours le plus riche qui entraine à ^on profit les suffrages. Le fils, on le voit, ne succède pas de droit à son père. Si celui-ci n'a pas, de longue main ^ disposé l'esprit des priùces , si ce fils est trop jeune, si enfin son patrimoine ne donne pas à ses électeurs l'espoir de se voir largement récompensés, on l'exclut, et sop compétiteur obtient le
pouvoir, qu'il garde jusqu'à ce qu'une cabale vienne le lui enlever.
Les princes, quoique subordonnés en principe au roi, se considèrent comme ses égaux. Ils doivent être consultés sur les afTaires importantes : le roi n'oserait ni entreprendre une guerre, ni faire la paix , sans avoir obtenu l'agrément des quatre tribus que nous avons nommées plus haut.
Le reste de la nation compte pour rien : l'autorité de cette grande famille féodale est si bien établie que le peuple obéit toujours à ses volontés.
Dans un rang inférieur, mais jouissant d'une considération qui la fait caresser beaucoup par les chefs, se trouve la classe des guerriers, appelés aussi tributaires , parce qu'ils doivent une redevance à ceux des princes auxquels les rattache le lien féodal.
En première ligne sont les Aralines^ riches par leurs troupeaux de bœufs, moutons, chèvres et chevaux. La population de cette tribu fournit à elle seule un contingent de guerre plus élevé que celui des quatre tribus de princes.
Les TouhahirSy aussi puissants que les AralineSy sont renommés par leur bravoure ; ils combattent à pied ou à cheval. Enfin les Oulad Haïds, les 7anaques et les Breikates, * Ces forces, jointes à celles des captifs, seraient assez redoutables pour nous, si un lien solide les
réunissait ; mais on comprend de suite combien il facile à un ambitieux de créer des partis au seiii d'une population qui vit à l'état nomade. La jaloilsie des princes divise sans trêve^ surtout depuis quelques années, les différentes branches de la race brakna. Cette désunion énerve le pays, et l'aurait livré, comme une proie facile, à l'ambition du roi des Trarzas^ si notre réveil, cette année, n'avait opposé une barrière aux idées envahissantes de Mohamet-el-Abid.
Nous ne présenterions qu'un taMeau incomplet des diverses classes de la population si, après avoir parlé des princes et des tributaires , nous omettions de faire connaître la caste des marabouts ou prétfés musulmans.
Les marabouts vivent à part ; ils s^ éloignent ^6«témàtiquement des autres Braknas^ dont leurs richesses excitent la convoitise. En effet, sous un prétexte ou sous un autre, leurs compatriotes les harcèlent, et, invoquant leur charité, n'hésitent pas à leur faire de ces emprunts forcés dont le rembour* sèment n'a jamais lieu.
Quoi qu'il en soit, ils n'éprouvent aucune avanie directe, et la considération qui les entoure, les moyens dont ils disposent, les rendent l'objet du respect public. Le roi doit les ménager, car la désaffection de la caste maraboutale, s'il venait à l'encourir, aurait bientôt créé contre lui un parti
capable de le renverser, ou tout au moins de lui susciter des ennemis assez puissants pour engendrer une guerre civile.
La caste des marabouts se perpétue par succession et par adjonction de certains membres ; ainsi le fils devient marabout comme son père , et souvent un homme, prince ou guerrier^ dégoûté de la vie agitée qu'il a menée jusqu'alors, des intrigues auxquelles il a pris part, dit adieu au monde, et va, avec sa famille et ses captifs, se mettre sous la direction de quelque marabout célèbre. Dès qu'il a donné des gages d'une conversion sincère, il est considéré comme marabout et jouit des immunités réservées à la caste.
Les marabouts se divisent en tribus : les principales sont les DabeUirh'Seune. De cette grande souche sort la famille de Lalourriy dont nous parlerons à propos de l'escale. Les Dabelarh-Seune ont sous leur dépendance féodale les Oulad Ga^ mar Geudache et les Oulad Beun Haniar.
Puis viennent les Gueyéba , les Déyéboussati ^ les Dogoie Salluy les Torkos^ les Teurnadeuke, les Oulad Béri^ les Chorffos^ les Tagueïty les De^yineuppcj les Deilak, etc.
Toutes ces tribus mènent une vie paisible : la guerre leur est odieuse; ils ne prennent part , au moins ostensiblement, à aucune intrigue ou agitation
politique. L'observation rigoureuse des préceptes du Koran les rend respectables aux yeux de leurs compatriotes. Le monopole presque exclusif de la récolte et de la vente des gommes , les mille détails de la vie intime auxquels ils président , leur créent une existence et une abondance de ressources qui les satisfont amplement.
Un marabout brakna connatt si bien son influence sur ceux de sa nation qu'il ne porte jamais d'armes y à la différence de ceux des Zénagas du pays DowicH , qui sont obligés, pour leur défense personnelle et la conservation de leurs biens^ de s'armer, surtout lorsqu'ils entreprennent quelque voyage.
Chaque prince, tout homme un peu important entretient à sa suite un marabout qui lui sert de secrétaire. Ce marabout est chargé de l'éducation des enfants et consulté sur la plupart des affaires publiques ou privées qui intéressent la famille à laquelle il est attaché. De nombreux cadeaux et une dtme payée régulièrement entretiennent son zèle.
De cette caste sortent les juges. Le marabout^ qui lit le Korarij le comprend ou est censé le comprendre, peut seul prononcer sur les différends et a{^li.quer les peines prononcées par la législation; le roi lui-même appelle un marabout pour juger les affaires qui lui sont déférées.
G*est un marabout qui préside aux cérémonies pratiquées à la naissance , à la circoncision , au mariage et au décès. Nous en donnerons le détail plus loin.
Les captifs forment la dernière classe de la nation : le roi y les princes, les guerriers, les marabouts 9 ont tous des captifs.
A ratine est le mot qui, dans la langue, désigne les captifs ; le nom de la tribu à laquelle appartient le maître est ajouté à celui-là : ainsi on dit aratine Oulad Si'Hide pour désigner le captif d'un homme de cette contrée.
11 faut, pour être dans le vrai, distinguer chez les Maures deux classes de captifs ; car il y a des degrés même dans la servitude.
Les anciens captifs , ceux qu'on appelait autrefois à Saint^Louis des captifs de case ^ avec lesquels le maître a vécu longtemps , qui ont rendu à sa fa-^ mille des services importants, ceux qui sont nés en servitude , jouissent d'un sort assez supportable : ils habitent des camps particuliers, et acquièrent des biens dont ils disposent librement. Quoiqu'en principe tout leur avoir appartienne à leur maître, il est extrêmement rare que celui-ci use de ses droits. Ils le suivent à la guerre, combattent à ses côtés ^ et une certaine considération , reflet de celle du chef de la famille, les entoure dans la nation.
Mais ceux nouvellement réduits en servitude sont soumis à un joug terrible; leur vie n'est comptée pour rien ; chargés des travaux les plus durs, ils ne reçoivent qu'une nourriture insuffisante. Palpitant ainsi entre la terreur que leur inspire un maître impitoyable et les angoisses d'une faim imparfaitement apaisée^ ils racontent^ quand ils parviennent à s'échapper, des détails inouïs de froide cruauté...
Un Maure ne peut jamais être captif : tous les captifs sont des noirs. L'enfant qui naît des relations d'un Maure avec une négresse suit la condition de son père.
Par un préjugé fort singulier, les Maures pensent que les enfants issus de ce croisement sont nieil-* leurs guerriers que ceux provenant de deux individus de leur race.
Jusqu'à l'année dernière, il se formait sur le territoire des Braknas, à un point appelé Donate, et vulgairement Koq, upe escale où se rendaient les traitants de Saint-Louis; ils y séjournaient quatre, cinq et quelquefois six mois.
Ce lieu était le centre d'un commerce in^ortaDt ; c'est là que les hommes du désert, et même les Zénagasj venaient vendre aux Sénégalais les gommes récoltées dans l'intérieur.
Il nous serait facile de faire ici la description de ces marchés, dont Is^ tenue et la physionomie ne
manquaient pas d'originalité; mais ils n'existent plus aujourd'hui. Leur destruction , à notre avis du moins,, doit être considérée comme un bienfait public; car leur maintien a été, selon nous, unie des causes les plus actives de la ruine des habitants et de l'amoindrissement successif de notre influence politique dans le fleuve.
L'histoire de notre colonie , depuis la reprise de possession, se lie étroitement à celle des tribus maures qui commercent avec nous, et les faits qui se produisent sous nos yeux, obscurs si on les isole du passé, trouvent leur raison d'être dans des événements antérieurs dont la connaissance faciliterait la conduite des affaires politiques de ce pays. Aussi, tes intérêts, les préjugés, les divisions, les sympathies et les haines de ces peuplades pouvant servir de guide dans la direction de nos relations avec elles , nous allons esquisser, aussi brièvement que possible , l'histoire contemporaine des Braknas.
En 1817, lorsque le gouvernement français envoya le colonel Schmalz pour reprendre possession du Sénégal , Hamedou Ould Sidy Ély était roi des Biuknas ; ce prince avait acquis sur sa nation une influence absolue, qu'il devait autant à son habileté qu'aux avantages extérieurs de sa personne. Cétait un homme de grande taille, beau de figure, et d'une prestance remarquable. Il aimait la paix,
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ne négligeant rien pour en assurer la durée. Les Maures, les plus grands fanfarons de la terre, attribuaient à la peur la modération que leur roi montrait en toute circonstance; HamedouXe savait, et se moquait tout haut de ces propos et de ceux qui les tenaient, a La paix est grasse, disait-il, et la « guerre maigre. »
Sa sollicitude s'étendait^ avant tout, sur le commerce, qu'il protégeait énergiquement ; il n'hésitait même pas, chose rare chez un Maure, à faire des sacrifices personnels pour attirer à son escale les marchandises des nations voisines. Ses sympathies pour les Français , bien connues sur les deux rives du fleuve, s'étaient fréquemment et loyalement manifestées.
Dans la guerre que nous eûmes à soutenir, pendant les années 1833, 1834 et 1835, contre les Trarzas, il fut vivement sollicité par Mohamet el Abi^ de se déclarer contre nous et de l'aider à repousser nos attaques ; mais il refusa avec fermeté, et ne voulut jamais dévier de la ligne qu'il s'était tracée.
A cette époque, et jusqu'à sa mort, les Trarzas, redoutant son influence et les moyens d'action qu'il puisait dans ses richesses , le respectèrent, lui et sa nation. L'alliance ^Hamedou servait de contré-poids aux vues ambitieuses de Mohamet el Abid : ce
chef n'a pris en effet le développement contre lequel nous réagissons aujourd'hui que du jour où la mort ^Hamedou a introduit dans la nation brakna le désordre et la confusion , précurseurs infaillibles de Taffaiblissement d'une nation.
La mort à'Hamedou arriva dans les premiers mois de Tannée 1841 ; elle fut causée par un fait singulier qui mérite d'être rapporté.
Hamedou avail un frère nommé Mohamet Sidy.
Celui-ci 9 riche 9 puissant, très-aimé des Rraknas^ héritier présomptif, abusait de cette situation pour enlever les coutumes du roi et pressurer les tributaires. Peu respectueux pour son frère, il prenait des avances trop marquées sur une succession qui lui paraissait s'ouvrir bien lentement.
Hamedou, quoiqu'il affectât de vivre publiquement en parfaite intelligence avec Mohamet Sidy^ se plaignait amèrement, dans son intimité, des insultes de son frère. Ses paroles, ses lamentations et son chagrin firent naitre des idées de vengeance chez sa femme, et aussi, dit-on, chez son homme de confiance, n'Diak Moctar^ noir du village de Podor, très-intelligent , bien connu et apparenté à Saint-Louis, où il avait, dans sa jeunesse, longtemps résidé.
On prétend qu'ils se concertèrent pour délivrer Hamedou d'un rival incommode. Quoi qu'il en soit,
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un jour Mohamel Sidy arriva au camp du roi pour avoir une entrevue avec son frère. Kradeuch , ami et compagnon fidèle A'Hamedou, était présent. Un vase de lait ayant été présenté au voyageur, celui-ci, pressentant quelque piège, pria son frère d'en boire le premier : le roi, à Vinsu duquel avait été ourdie la trame, agréa l'offre et but; son frère et Kradeuch l'imitèrent. Peu de temps après, ils moururent tous trois. Leur mort fut peut-être naturelle, mais l'imagination des peuples est si active qu'elle rattache souvent à des causes étrangères des faits simples, produits par le cours ordinaire des choses.
Hamedou ne laissa qu'un enfant en bas âge, complètement incapable de conduire les* affaires; aussi les princes cherchèrent-ils autour d'eux un homme qui pût gouverner le pays , au moins pendant la jeunesse du fils de leur ancien roi. Leur choix s' étant arrêté sur le prince Moctar Sidy^ cousin d'Hamedou, ils le mirent à la tête de la nation.
Du vivant d'Hamedou , riDiak Moctar y son ministre , avait accablé Moctar Sidy de ses dédains ; quand il vit que, malgré ses intrigues, ce dernier avait été choisi, il trembla pour sa place, et même pour sa vie. Espérant que Sidj Ely^ fils du roi défunt, lui serait plus favorable, et qu'à l'ombre de sa jeunesse il serait le maitre , il fomenta le parti
d^Hamedou^ cherchant à tenir ainsi Mociar Sidy en échec.
Le roi ménageait riDiak Moctar^ qui avait les sympathies de M. Caille ^ alors directeur des affaires extérieures à Saint-Louis; mais, voyant son ministre se dessiner nettement contre lui, il le chassa, et investit de la place le propre frère de Moctar^ Ahdoulaye , du dévouement duquel il était assuré.
Dès lors rCDiak leva le masque, se déclara ouvertement contre le roi, réunit ses partisans, et, mettant de côté le fils ^Hamedou^ fit élire, non sans de grands sacrifices, Mambdoul Ragel^ oncle de Moctar Sidy^ homme d'une intelligence bornée, privé jusqu'à ce jour de tout crédit.
La guerre civile éclata , à la grande joie de Mohamed^ el Ahidy dont l'ambition secrète espérait trouver à se satisfaire au milieu de ces divisions intestines.
N^Diak persuada à M. Caille^ qui tenait dans ses mains toute la politique du fleuve, que le Sénégal était intéressé au renversement de Mohamét Sidy. Dans les premiers mois de Tannée 1844, ce roi , enlevé de l'escale , fut conduit à Saint-Louis avec Abdoulaye^ son ministre, puis envoyé au Gabon , où il mourut ainsi çj^ Abdoulaye .
Marnhdoul Ragel^ resté sans compétiteur, exerça
un semblant d'autorité; mais son peu d'intelligence, son défaut d'énergie le rendirent impuissant à dominer les partis 9 de sorte que le liésordre augmentait, et, à sa saite, la déconsidération de la nation hrakna.
Pendant que le pays s'affaiblissait, le roi des Trarzasj intervenant officieusement, parlait beaucoup de paix et de bon accord ; mais il commença , dès ce moment, à dire publiquement qu'après tout la souveraineté des Braknas lui appartenait au même titre qu'aux princes qui en étaient en ce moment en possession ; que les deux peuples, en raison de leur commune origine, avaient dans le principe des chefs unis par les liens de la parenté, et qu'un jour il revendiquerait pour lui-même l'autorité sur les Braknas.
Mais il dut bientôt se convaincre que ses vues ambitieuses étaient prématurées ; il dut , pour ne pas compromettre d'une manière définitive leur succès ultérieur, s'envelopper de ruses et de mystères. Aussi, pour détourner l'attention qu'avaient éveillée ses paroles imprudentes, machina-t-il d'autres
combinaisons.
Il avait dans son camp un jeune prince brakna, neveu de Moctar Sidy^ mort au Gabon : c'était Mo* hamet Sidy, en ce moment roi.
Ce jeune prétendant, sollicitant la protection de
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Mohamet elAbidy lui faisait les plus belles promesse. « Vous êtes mon père, lui disait-il; si jamais » je devenais roi , je ne me conduirais que d'après « vos avis ; je ne serais que votre lieutenant en « quelque sorte; le véritable roi des Braknas^ ce « serait vous. »
Flatté de ces assurances, et voyant dans ce prêtenom un moyen sûr d'exercer une influence décisive sur. la nation^ Mohamet el Abid se transporta au pays des Braknas; sa présence, son influence déterminèrent les partisans de Mohamet Sidj^ et celui-ci fut proclamé roi en 1845.
Cependant cette intimité, contraire aux instincts et aux intérêts de la nation, ne devait pas durer bien longtemps; les relations, restées bonnes en apparence, se rompirent à propos de l'événement que nous allons raconter.
En 1881, le roi des Trarzas^ en grave mésintelligence avec son frère et les chefs des plus importantes tribus, résolut d'entreprendre une expédition contre le pays Adrar, où ils s'étaient réfugiés.
En quittant le territoire tmrza , il en confia la surveillance et la garde à Mohamet Sidy.
Les Zénaga^ Schératites ^ ennemis irréconciliables des Trarzas , se hâtèrent de mettre à profit l'absence de Mohamet el Abid : ils envahirenl le pays
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sans que Mohamet Sidy fît le moindre effort pour s'y opposer (peut-être même étaient-ils d'accord) , mirent tout au pillage, et poussèrent leur pointe jusqu'à Garar; puis, chargés de butin, ils reprirent tranquillement le chemin de leur pays.
Ils avaient failli, dans cette razzia, s'emparer de la femme du roi des Trarzas; celle-ci ne manqua pas, à l'arrivée de son mari, d'accuser Mohamet Sidy d'inaction et de trahison. Le roi, très-irrité, voyant que sa créature n'avait rien fait pour couvrir le Trarza^ lui adressa des reproches sévères, accompagnés des menaces les plus vives.
Mais Mohamet Sidy^ se sentant fort de l'influence qu'il avait acquise , des sympathies de son peuple et de la protection du grand marabout trarza Schirr Sidia, dont nous parlerons , se moqua de son ancien protecteur, lui faisant demander sa part des dattes^ des beurrwuSs , des étoffes de laine et de coton qu'il avait du rapporter de I'Adrar... ironie d'autant plus piquante que Mohamet el Abiid avait fait une expédition malheureuse.
Cette insulte porta jusqu'à l'exaspération le mécontentement du roi des Tnarzas; il vit bien que sa créature s'était révoltée; aussi chercha- t-il de suite à lui créer un compétiteur. C'est pourquoi il attira, en le faisant passer parla rive gauche, Sidjr Elj^ fils A' Hamedou^ le caressa, lui promit son
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appui, lui rappela les droits qu'il tenait de son père, et attendit, tout en entretenant dans le Brakna une agitation propice à ses vues , Toccasion favorable de lancer ce prétendant contre celui qu'il accusait d'avoir méconnu ses bienfaits.
Ceci se passait en l'année 1852.
Mohamet el yébid, plein de zèle en apparence pour les intérêts de Sidj Eljr^ voulut bientôt commencer la guerre contre Mohamet Sidj; mais il fallait, avant de l'entreprendre, consulter les princes trarzas; il les réunit à cet effet, et fit valoir avec force devant eux les droits du fils A' Hamedou. Il espérait, par ce procédé hypocrite , entraîner ses sujets, lorsqu'il survint une opposition à ses vues ambitieuses de la part des Oulad Damann , sur lesquels il comptait le plus.
Les Oulad Damann se divisent en trois branches : les Altani , les Sa^si et les Abolé, Ils campent ordinairement sur le pays qui sert de frontière aux deux nations. Mohamet Sidjy qui les savait redoutables par leur bravoure et par leur nombre , n'avait rien négligé pour acquérir leurs sympathies. De son côté , Mohamet el Abid les croyait absolument dévoués à sa personne; ils l'avaient, jusqu'à ce jour, suivi partout et énergiquement soutenu dans toutes les circonstances. Ils se considéraient comme tenus à un double titre de le seconder : c'é-
tait tout à la fois leur chef et leur pareut. En effet ^
la femme de Mohamet el Abid était une Atteint.
Malgré ces précédents et ces raisons, qui avaient entretenu le roi dans une confiance absolue, lorsqu'il eut exposé ses vues, les Oulad Damann lui dirent qu'il avait le droit incontestable de faire la guerre à Mohamet Sidy^ mais que , de leur côté , usant de leurs prérogatives, ils lui refusaient assistance , parce que l'entreprise leur paraissait injuste.
Ces paroles bouleversaient tous les projets du roi. Il réfléchit que le mauvais vouloir des Oïdad Damann allait infailliblement amener la défection d'autres tribus et compromettre son autorité, et il résolut d'ajourner la réalisation de ses vues; il déclara en conséquence qu'il resterait neutre entre les deux prétendants , et il tint forcément parole.
Les choses en sont là entre les Braknas et les Trarzas. Si les premiers avaient à leur tête un homme capable de discerner les vrais intérêts de leur pays , ils se seraient empressés de s'unir à nous et de nous aider à abattre plus tôt la prépondérance de Mohamet el Abid; mais Mohamet Sidj, prince inconsidéré, sans maturité, abandonné à des passions qui obscurcissent chez lui le sens politique, flotte indécis. Ses sympathies, comme ses répulsions, sont déterminées par les motifs les plus futiles, et il
pourrait bien se faire que ce prince amenât, par ses tergiversations et sa mauvaise foi, la ruine définitive de la nation brakna, dont la considération et la force se perdent dans des oscillations désordonnées.