‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 50 sur 59 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

liears asaf^s à la inierre.

Quand le roi commande l'armée, il s'approprie le dixième du butin, en vertu du droit dit de tabala.

En toutes circonstances, ce qui a été pris par ses captifs lui appartient ; lorsque ses vassaux directs, ou les hommes auxquels il a fourni un cheval, ont fait quelque capture, il en partage avec eux le montant.

Les prisonniers, s'ils appartiennent à la race maure ou blanche^ sont impitoyablement mis à mort : on les mutile avec cruauté ; mais ils épargnent ordinairement les noirs, car ils ont toujours besoin d'esclaves. Les femmes et les enfants restent libres, et peuvent se retirer où il leur plaît; jamais on ne les maltraite.

ao.

s IX.

liCurs haines héréditaires.

Leur férocité est si grande, ils tiennent si peu compte de la vie humaine, qu'ils tuent leurs ennemis pour le motif le plus léger; de là des haines qui se perpétuent de génération en génération. Lorsqu'un de ses parents a été mis à mort ou simple* ment maltraité, le Maure pefut bien dissimuler son ressentiment, mais l'idée de la vengeance ne l'abandonne jamais ; il communique sa haine à ses enfants, à ses parents, à ses tributaires et à ses captifs, les excite sans cesse, et n'est heureux que lors* qu'il a rencontré et saisi, par lui ou par les siens, l'occasion de tirer de son ennemi une vengeance éclatante. La famille de la victime suit exactement la même marche; de là ces assassinats fréquents et im* punis qui entretiennent la férocité de la race.

Cet esprit de vengeance, qui demande une énergique répression dans les pays où la loi exerce son empire, est, après tout, chez les nations barbares.

courbées sous la dominalion de la force, le seul moyen un peu efficace de sauvegarder les droits individuels. L'homme est si imparfait, il a une tendence tellement irrésistible vers l'arbitraire, la violence et l'oppression, que, s'il n'est arrêté, dans le développement de ses mauvais instincts, par un frein quelconque, il s'abandonne facilement à leurs détestables inspirations.

Dans les sociétés civilisées, le sens moral, rendu plus délicat par l'éducation, la crainte de perdre certains avantages qu'il tient du milieu où il vit, celle d'un châtiment possible, lequel, outre le mal physique qu'il apporte, entraîne toujours un amoindrissement social, rendent l'homme plus circonspect et plus humain ; lareligion, d'ailleurs, en sollicitant sans re lâche la conscience, arrive par un exercice prolongé à la rendre si délicate que, vibrant sans cesse, elle amène les hommes, les. uns par la crainte, les autres par l'idée pure, à un état de perfection relative. Mais au milieu des déserts , courbé sous le poids d'une nature sauvage, livré à des instincts dont la méchanceté originelle se développe quand elle n'est pas comprimée, l'homme abuse vite de sa force, si, comme contre-poids à cet abus, là où n'existe ni une justice régulière, ni une force sociale permanente, Dieu n'avait pas donné au faible le sentiment plus ou moins intense de sa dignité, ressort qui le

310 DR LA SÉNÉGAHBIK

fait réagir contre Tinjustice, le monde, livré aux forces brutales, deviendrait la proie de quelques-uns, et le reste de l'humanité, enchainé comme un vil troupeau, verrait la lumière morale, cette émanation de Dieu, Tabandonner tout à fait.

Cependant^ mystère incompréhensible, Dieu n*a pas donné cet esprit de résistance à toutes les races. A côté de ces Maures, dont le plus humble se fait respecter des chefs même les plus puissants , nous voyons la race noire, courbée depuis le commencement du monde sous le joug des nations , acceptant avec résignation ses détestables destinées. Ce n'est pas le courage qui manque aux noirs: ils sont braves quand nous les conduisons; mais, une fois livrés a eux-mêmes, ils retombent dans leur craintive apathie. Imprévoyants, sans réaction, au lieu de soulever le poids qui les écrase et de le secouer, ils s'aplatissent sous sa pression. Ajoutons que V islamisme les abaisse dans l'ordre moral chaque jour de plus en plus, en infusant dans les esprits le dogme du fatalisme.

Quelle mission plus noble que celle de chercher à relever ces natures dégradées!...

Mais revenons à notre sujet.

Les Maures ont un mépris profond pour les noirs; si un noir possède le moindre objet qui excite leur convoitise, un fusil, un coussabe, un pagne, ils tuent

Troidement le propriétaire. lis mettent quelquefois un noir à mort dans le seul but de prouver leur adresse.

Enfin j ils profanent les cadavres de leurs ennemis , les coupent en morceaux, leur arrachent les entrailles, en les accablant de malédictions.

SX.

Idée* de« Maures sur les Prançaiiii

Les Maures ont d'eux-mêmes la plus haute estime; ils se croient sérieusement les hommes les plus braves du monde. Ils ne nous exceptent pas du mépris dont ils enveloppent tout ce qui n'est pas de leur race; ils disent hautement que nous ne sommes qu'un peuple de trafiquants, timides et pusillanimeSy ayant la guerre en horreur et incapables d'en supporter longtemps les fatigues et les dangers.

Les rudes leçons qu'ils ont reçues cette année ont dû modifier singulièrement leurs orgueilleuses prétentions.

Quand on leur parle des merveilles de la France, de son étendue, de ses richesses et de sa nombreuse population, ils ne veulent ajouter aucune foi à ces récits; au fond, ils croient que la France est un petit pays qui se procure , par un pacte ai^ec le diable , les marchandises que nous apportons ici ; que, par contre, nous sommes privés de bœufs, de

moutons et de chevaux ; que, toujours en vertu du même pacte, livrés' à une nonchalance absolue, nous faisons notre paradis de cette terre. « Ces «blancs, nous les voyons, disent-ils, constamment et couchés dans leurs maisons ou dans leurs navires. »

Ils vont plus loin encore dans les vices qu'ils nous imputent; car ils ont accrédité, surtout dans le haut pays , l'opinion que, privés de comestibles, nous nous nourrissons de chair humaine.

Depuis que la traite des esclaves, dont ils étaient les grands pourvoyeurs, a cessé, ils redoutent singulièrement les idées de liberté dont Saint-Louis est aujourd'hui le foyer. Ils craignent qu'à un moment donné leurs esclaves, se révoltant en masse, comme le firent jadis ceux du Kaarta, ne se mettent sous la protection de la France. Pour les détourner de ces idées et conjurer autai\t| que possible ce danger, ils affirment que tous les esclaves venus au Sénégal sont saisis et transportés en France, où on les mange. Cette croyance était si bien enracinée que quelquesuns des noirs que Ton introduisait autrefois à titre d'engagés à temps se privaient de nourriture pendant le voyage, dans l'espoir qu'arrivant maigres et chétifs ils ne seraient pas dévorés les premiers.

s XF.

De la circoncision.

Pour accomplir le précepte de la loi musulmane qui oblige tout sectateur de Mahomet à se faire circoncire, les Maures agissent sans grandes cérémonies.

Ils pratiquent l'opération lorsque l'enfant est parvenu à rage de huit ou dix ans. On choisit pour y procéder un temps bien sec ; ils affirment que, sous l'influence de cette température, la guérison est beaucoup plus prompte.

Quand le moment est venu, Tenfant, dépouillé de ses vêtements, est saisi et assujetti fortement, puis on pratique les incisions voulues. La plaie est ensuite lavée avec de l'urine de brebis et saupoudrée avec des excréments, de chèvre calcinés et pulvérisés. Huit jours de traitement complètent la guérison.

Les femmes sont soumises à la circoncision.

Un homme qui refuserait de subir l'opération se-

rail regardé conarae un infidèle et expulsé à tout jamais.

Chez les noirs, la cérémonie est beaucoup plus compliquée.

Un mois avant l'opération, la famille se prépare; les amis viennent visiter le patient; chacun l'encourage et exalte son amour-propre ; les griots font souvent retentir à ses oreilles les éloges des braves qui ont montré de Ténergie dans la circonstance où il se trouve lui-même. Lui se fait peu à peu une résolution; il jure qu'il sera ferme, qu'il méprise la douleur, qu'il ne se déshonorera pas en manifestant de la crainte. '

Cependant, si la famille du futur circoncis jouit de quelque aisance, sa mère doit lui préparer un coussabe dont la matière aura été filée de ses mains et tissée sous ses yeux.

Le jour de la cérémonie, les familles intéressées et les curieux se réunissent au pench : le marabout prononce une prière; puis chaque patient est conduit dans la case de son père. Des hommes experts dans ces sortes d^ opérations vont de case en case... Lorsque tout est fini , les circoncis sont amenés hors du village et placés dans une grande case que les familles ont construite à frais communs; on les y enferme sous la direction d'un individu qui prend le titre de bootal.

316 DE LA SÉNÉGAMBIF.

Celui-ci a pour mission de veiller attentivement sur eux, de ne les abandonner jamais; sans cette précaution, « de mauvaises pensées pourraient gerce mer dans leur esprit et les démons envahiraient « leur corps. »

Les jeunes circoncis élisent un chef qui porte le nom de lambdou: c'est ordinairement le fils d'une famille riche, celui aux besoins duquel on pourvoira le plus largement. Le moins âgé d'entre eux, le tok , a une mission spéciale : il est chargé de déguster les mets au moment où le repas est servi. Un nouveau circoncis ne peut se rendre seul dans un lieu solitaire-, le bootal est tenu de l'accompagner.

Pendant leur retraite, il est défendu aux circoncis de se mettre en contact avec Teau, même pour se laver les mains.

Ces jeunes gens ont de nombreux privilèges , pendant qu'ils sortent sous la conduite &\x bootal, s'ils viennent à rencontrer uhe femme, et surtout une jeune fille nubile, ils peuvent impunément la frapper et même la dépouiller de ses vêtements. Si celle-ci veut rentrer en possession de ses hardes, elle doit les racheter en offrant un mouton ou tout autre comestible. S'ils trouvent sur le chemin quelque animal domestique , ils le tuent ou se l'approprient sans que personne soit admis à s'en plaindre. Aussi, à l'époque de la circoncision et dans la pé-

riode qui la suit, chacun éloigne-t-il ses bestiaux et reste-t-il enfermé dans sa maison.

Lorsque la guérison est accomplie, les circoncis ne doivent abandonner leur case qu'en observant certaines pratiques. Ainsi, leur réclusion finit toujours un vendredi. Dans la nuit qui précède leur délivrance, ils mettent le feu à la case qui leur a servi de refuge et se transportent dans celle du bootal. Au point du jour ils procèdent, non sans besoin, à une ablution complète, se rasent la tête et le visage, mettent des vêtements neufs, et retournent chez leurs parents.

Les vêtements qu'ils ont portés pendant' leur claustration appartiennent au bootal; mais ils peuvent les racheter, et ils le font ordinairement, car ils conservent avec soin ces preuves de leur passage à l'âge viril.

Le jour même commencent des fêtes interminables : les circoncis se promènent par tout le village, couverts d'oripaux de diverses couleurs et portant sur la tête une espèce de casque couvert de paillettes.

Rien ne saurait donner une idée des poses indécentes, des contorsions obscènes auxquelles ils se livrent. Ils ne se gênent pas pour étaler, à grand renfort de tamtamj leurs turpitudes, même dans les rues de Saint-Louis. Les femmes, les jeunes filles les suivent,

battant des mains, et racontant^ dans un langage ignoble, les détails de la cérémonie.

A partir de cette exhibition publique, le circoncis prend rang parmi les hommes ; il peut se marier, aller à la guerre, servir de témoin, etc., etc.

Sur toute la rive gauche la circoncision a lieu lorsque le jeune jiomme a atteint l'âge de quinze ou seize ans. Cependant, dans le royaume de Sinn, la cérémonie ne peut se faire que dans l'année où meurt un roi, de sorte qu'on voit souvent le père et le fils subir l'opération à la même époque. Il y est rigoureusement défendu de sortir du pays pour se livrer à un opérateur étranger ; celui qui violerait cette règle serait indubitablement chassé du Sinn.

La race wolowe ne soumet pas les femmes à la circoncision ; mais le Fouta, les Puelhsj les Sarracolets et les Bambaras suivent la pratique des Maures,

§xn.

HabltatloBS et -woja^en des Maares.

Page 1