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I..es Maures 9 nous l'avons dit, sont des peuples

nomades; ils errent, sur un territoire donné, de station en station. Chaque tribu a un canton qu'elle parcourt tous les ans , épuisant successivement les pâturages qu'il a produits.

Cette vie vagabonde, qui ne se remarque avec cette persistance que dans la race arabe, les force à habiter soas des tentes,. abris mobiles se déplaçant au gré des besoins ou des caprices de la tribu.

Ces tentes, d'un tissu épais, résistant, capable de garantir des ardeurs du soleil et des perturbations de l'atmosphère, sont confectionnées avec le poil de leurs chèvres, des chameaux et des moutons. Dans nos parages les moutons n'ont pas de laine.

Les plus pauvres des tributaires et leurs femmes filent ces matières et les tissent en laizes de quarante centimètres de largeur environ ; on réunit ces laizes pour confectionncF la tente.

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Une lenle de pareille étoffe dure cinq ou six ans. Bien tendue, elle est imperméable.

Le nom de la tente, en arabe, est kraïma; en wolojf, berkélé. Les noirs, qui, dans tous les temps, ont vu dans les Maures les tyrans de leur race, disent en parlant de la tente : Berkélé emboUll gorr, une tente n'abrite rien dhonnéte; mais ils ajoutent de suite : Loull narrou gour betchié bountou ba^ si ce nest le chei^alqui est à la porte.

La tente extérieure, confectionnée avec l'étoffe dont nous venons de parler, en recouvre une autre en peau de mouton tannée et colorée; celle-ci est carrée: son nom est farowa. Les familles aisées éta-blissent dans l'intérieur du farowa des comparti; uïents au moyen de peaux; celles qui ne peuvent avoir ces peaux à leur disposition font ces divisions au moyen de nattes solides en joncs très-petits, reliés entre eux par des cordons de cuir. Une grande natte en roseaux épais et mous, appelée en wohff tassarente^ jetée sur un amas de paille, couvre le sol et sert de lit à toute la famille.

Quand il est devenu nécessaire de décamper, le chef de la tribu convoque les chefs secondaires; cette réunion a toujours lieu pendant la nuit. Ils conviennent du lieu où la tribu ira s'établier. A l'heure du départ, les conducteurs des troupeaux reçoivent Tordre de les diriger vers le point fixé ; dès que le

jour commence à poindre, le tabula avertit la tribu qu'on va lever le camp. Aussitôt chacun se met en mouvement ; là où régnait un silence profond, une activité extraordinaire se manifeste; les hommes, les femmes, les captifs et les enfants s'agitent et circulent pour accomplir la tâche dévolue à chacun. Les tentes tombent , elles spnt soigneusement pliées ; les provisions, les étoffes, les valeurs précieuses, les divers ustensiles sont réunis et enferipés dans des sacs de cuir appelés tizziat. Le tout est placé sur les bœufs porteurs, animaux à bosses, doux, familiers, d'une race particulière, admirablement dressés, et conduits au moyen d'un anneau qui traverse la lèvre supérieure. Les chameaux, les ânes reçoivent leur fardeau; tes enfants, les femmes prennent place sur ces montures ou marchent à pied. A un nouveau signal la caravane s'ébranle. Rien de plus pittoresque que ces troupes innombrables d'hommes et d'animaux cheminant à travers le désert, défendues et surveillées, le long des ailés, par des hommes armés, et cherchant, sous les rayons d'un soleil ardent, un asile nouveau.

On arrive enfin au lieu désigné. Chacun s'empresse; l'emplacement du camp {marrsar) est tracé. Latente du chef occupe le centre; chaque famille s'établit au point qui lui parait être à sa convenapce. Aussitôt on dresse la tente, travail très-pé*

nible : les étoffes étant déployées, on enfonce dans le sable un grand piquet ; à ce point d'appui central s'articulent deux autres bois qui s'appuient à terre par l'extrémité opposée. Sur cette carcasse est placée l'étoffe : ainsi étendue, elle ne touche pas encore la terre, mais on l'amène jusqu'au sol en la roidissant de tous côtés et en l'y fixant au moyen de chevilles. Une ouverture assez basse est ménagée pour servir de porte. Le mobilier et les ustensiles sont renfennés ; puis on s'occupe du farowa. Lorsqû'ensuite on a construit, à proximité, des huttes en paille peur le logement des captife et la cuisson des aliments, tout rentre dans Tordre habituel. Une vie nouvelle commence ; elle dure jusqu'à ce que l'épuisement des pâturages force encore une fois la tribu à changer de demeure.

Il arrive quelquefois qu'une maladie épidémique (la variole, la rougeole) se déclare dans le rnurrsar. L'individu qui en est atteint est aussitôt conduit, de gré ou de force, dans une case isolée; personne ne peut l'y visiter ni y séjourner avec lui; on dépose la nourriture à la porte. Le malade vit seul, jusqu^à ce que sa mort ou une guérison bien constatée ait mis fin aux appréhensions de ses voisins.

Chez ces "Maures, on le voit, les sentiments de charité et de dévouement sont parfaitement inconnus. C'est là un des tristes effets de cette religion

musulmane , sous Tempire de laquelle Thomme, domiué par le dogme du fatalisme, s'abandonne naïvement aux inspirations de Tégoïsme le plus ré* voltant.

Aux premières pluies, c'est-à-dire en juin, les Maures commencent à abandonner les bords du fleuve, et se retirent provisoirement sur les dunes voisines. En effet, les pluies, qui, aidées du soleil, mettent en fermentation les innombrables germes recelés par la terre, font éclore des myriades de mouchés et de moustiques, fort incommodes aux hommes et très-nuisibles aux animaux. Jusqu'à ce. moment, et pendant toute la saison sèche, les Maures ont vécu aux dépens, ou à peu près, des noirs qui habitent Tune bu l'autre rive; ils se sont goi^és de viande on de mil achetés ou volés, plus souvent volés qu'achetés; mais, vers la fin de juillet, lorsque le fleuve, grossi par \es pluies tombées dans les régions de l'est, où il prend sa source, est sur le point de déborder, ils se disposent à quitter définitivement ses rives et à gagner l'intérieur. C'est alors qu'ils s'occupent de faire leurs provisions pour Thivernage. Quand ils ont vendu leurs gommes, ils ont reçu en échange du mil, des tissus imprimés, de la toile bleue dite gainée, du tabac, du sucre, du papier, des fusils, de la poudre^ des balles, du riz et des biscuits. Ils' vont partir C'est le moment que les

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malheureuses populalions riveraines redoutent ie plus; car, sur leur route, ces bandits font main basse sur tout ce qu'ils rencontrent; tout leur est bon. . . Et quand celui qui a été victime de ces déprédations élève quelque réclamation, le Maure, s'il ne le maltraite pas, répond d'un ton railleur qu'il payera à son retour

Les tribus de princes se retirent à des distances très-éloignées, dans des lieux élevés, sans nui doute, car ils prétendent qu'il y règne une agréable frair cheur et que les fièvres y sont inconnues ; ils appellent Qes contrées le pays des chameaux, par opposition aux bords du fleuve, où ces animaux, harcelés par les mouches et les moustiques, ne tardent pas à dépérir et à succomber. Il est, en effet, certain que ces quadrupèdes ne peuvent s'acclimater ni à Saint- Louis^ ni sur les rives du Sénégal. Quand une caravane pousse jusqu'à Guet n'Dar, et que les hommes veulent faire parmi nous quelque séjour, les chameaux sont renvoyés de suite à cinq ou six lieues, dans un endroit aéré, aussi éloigné que possible des bords du flçuve.

Peûdant l'hivernage, les Maures mangent trèspeu de viande : ils pensent qu'en cette saison la nourriture purement animale est nuisible à la santé ; ils consomment, par contre, beaucoup de lait et de mil; mais, malgré leur sobriété, ils ont toujours

épui$é avant l'époque de leur retour la provision de céréales qu'ils avaient faite ; dès lors ils doivent se contenter de lait; leurs chamelles, dont le lait est par eux préféré à celui des vaches, en fournissent une grande quantité.

Cependant il ne se passe guerre d'année qu'ils ne souffrent de la faim; aussi est-ce avec joie qu'ils voient arriver le moment où, devenus sur les bords du fleuve; ils pourront, au miUeu d'une abondance peu coûteuse, oublier leurs privations.

Pendant qu'ils habitent l'intérieur, quelques-uns se livrent à la chasse. C'est pendant la saison des pTuies qu'ils dressent des embûches à l'autruche, et âe procurent ces belles plumes dont le prix est assez élevé, même à l'escale.

Les princes zénagas ont une manière particulière de chasser l'autruche. Les provisions devenant rares, ils se réunissent en troupe; quand ils ont dépisté une autruche, ils la poursuivent achevai jusqu'à ce qu'ils raient forcée; lorsqu'elle tombe haletante, ils lui coupent la tète. Ce que nous avons dit de la vitesse de leur chevaux n'est point, on le voit, exagéré. Ils prétendent que la chair de l'autruche est très-saine.

Ces chasses durent souvent deux mois.

Un. Maure peut rester plusieurs jours sans boire ni manger; ils voyagent en général presque sans

provisions : quaad la faim les tourmeDte trop, ils se serrent l'estomac avec une lanière de cuir dont ils augmentent la tension à mesure que leur faim se développe. A leur retour sur les bords du fleuve, vers le mois de novembre, s'ils peuvent se glisser dans quelque navire et qu'ils y trouvent un patron complaisant, on est profondément étopné de voir la quantité d'aliments ou de liquide qu'ils peuvent absorber... Nous avons vu souvent des Maures engloutir jusqu'à trois litres d'eau sucrée.

Les princes, à l'escale du moins, ne se servent que de sucre raffiné; pour les autres on se contente d'édulcorer l'eau avec une mélasse grossière.

Tant qu'un Maure mange, il ne boit jamais; il ne le fait qu'après avoir dévoré tout ce qui lui a été servi. Cette pratique est observée par les noirs.

Ils ont les facultés digestives d'une activité étonnante : après un intervalle d'une heure, un Maure peut faire un nouveau repas. Leur voracité ne peut se comparer qu'à la sobriété dont ils donnent forcément des preuves dans certaines circonstances.

Quand un Maure est à l'escale, il demande à tout le monde ; il le fait avec* une persistance qui vient de son insolence : il est très-persuadé, en effet, que nous sommes les tributaires de sa nation, et que la coutume payée , soit par le gouvernement, soit par les traitants, est une reconnaissance annuelle de

notre étal de sujétion. Quand il ne parvient pas à obtenir de haute main ce qu'il désire, il devient souple, offre ses services, accable d'éloges, espérant obtenir par la ruse ce qui a été refusé à son audace. S'il est encore refusé, il cherche à contracter un marché de gommes à livrer après la récolte; et, nous devons le reconnaître, s'il parvient enfin à se procurer quelques avances, il tient assez fidèlement sa promesse. 11 n'en est pas de même si, à la fin de la traite, il obtient quelque crédit sur les produits de la future campagne ; dans ce cas on ne le voit plus, et il s'arrange pour faire vendre par un ami la gomme qu'il a pu ramasser. Ces déboursés imprudents ont souvent compromis la fortune de cer*tains traitants. L'autorité les avait interdits; mais par quel moyen coërcitif vraiment efficace arriver à détruire de pareilles pratiques ?

§ Xill.

De la récolte de la g^omiiie.

Sur la rive droite se trouvent un certain nombre de forêts dont personne ne connaît l'étendue^ plusieurs ont dit les avoir visitées ; mais, en s^upposaot qu'ils les aient aperçues, ce qui n'est pas bien démontré, on peut affirmer que jamais ils n'ont pu les explorer en détail.

Nous aurions pu, comme d'autres, nous lancer dans une narration descriptive des forêts de gommiers ; mais l'exactitude rigoureuse que nous nous sonunes imposée nous fait une loi de déclarer que notre récit est seulement la reproduction des renseignements recueillis de la bouche des Maures et de leurs captifs.

Une forêt de gommiers s'appelle AraèAa : c'est un lieu sacré que personne n'oserait dépouiller d'un arbre ou d'une branche.

La première récolte des gommes commence vers la fin d'octobre.

Lorsque les pluies ODt cessé, que le veut d'est ou harmattan indique le reo versement de la saison, l'arbre à gomme, hérouwaîy dont la sève est en mouvement, éprouve de suite l'influence des brises chaudes; de son écorce profondément gercée découle la gomme. V harmattarij qui a provoqué sa sortie, vaporise les parties aqueuses, et, le suintement continuant; il en résulte une excroissance qui revêt la forme d'une boule; sa grosseur varie en raison de la surabondance de vigueur dans Tarbre. La gomme n'est donc pas le produit maladif d'un aii)re dont la vitalité a reçu une atteinte, ainsi qu'on l'a avancé; elle est l'effet très-simple d'une cause naturelle.

La nation qui possède une ou plusieurs krabba a le droit de les exploiter librement. Les princes, les guerriers, les marabouts, les tributaires, tous peuvent, à un titre égal, prendre leur part dans la richesse commune : la gomme appartient à celui qui l'a conquise en la détachant.

Sur la lisière de chaque forêt se trouvent un ou plusieurs puits ; c'est là que s'établissent ceux qui veulent exploiter la forêt; ils y bâtissent à la hâte quelques huttes qui servent de magasin et d'abri.

Les huttes construites, chacun se répand dans la forêt. C'est un rude labeur, car les lianes, les arbrisseaux épineux, qui abondent, causent à ceux

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