LE JOLI ET LA FEMME CONTEMPORAINE
Le Joli est-il un diminutif du Beau ?
L'Art grec nous montre à la fois ses Victoires à la sandale, au taureau, ses Athénée et aussi ses figurines de Myrrhine, deTanagra. Une même conception ne préside pas aux statues et aux poupées deTAttique. Les unes manifestent la recherche constante du type, dégagé des contingences de temps et de lieu ; les autres expriment au contraire une vision locale et accidentelle, voire familière et fantaisiste de la forme.
Interrogeons le langage populaire : le charretier qui jura d'admiration, en voyant M"^^ Récamier, n'aurait pas dit « la belle femme ! » au passage de la grisette la plus
accorte. Sur les lèvres de l'ouvrier, « belle » veut dire grande, forte, analogue aux modèles de dessin, aux vignettes des billets de banque et à Marianne, c'est-à-dire typique, allégorique de l'espèce, « Jolie », désignera au contraire une bachelette, peut-être petite mais gracieuse, fringante, d'un charme d'impression, très vif, agissant hors des catégories et des règles.
Le xviii^ siècle est joli et nul ne l'appellera beau ; il est joli dans la personne du roi comme dans la peinture des fêtes galantes.' Les hommes eux-mêmes sont coquets dans cette période où la femme domine et Chérubin sous l'habit de l'indiiTérent de Watteau symbolise toute la plastique d'alors. Ce caractère résulte de conditions spéciales : le pays et même l'Occident se modelait sur une cour occupée deci vilité, incomparable académie des modes et bienséances. Sous Napoléon III, il existait encore un ton particulier et Tépithète de Dame de Compiègne désigne une phase, la dernière, de la grâce collective.
Certes, Timpératrice répliquant :
«Je m'en fiche, refiche, contrefiche et archifiche» succéda de fort loin à la laitière de Trianon ; cependant ses épaules méritaient un autre pinceau que celui de Winterhalter et ses portraits ne dépareraient pas le recueil de nos reines,
La hiérarchie sociale se déplaçant sans cesse, aucun groupement n'a pu se former. Il n'y a plus que des personnes, exactement, des individualités.
Pour parvenir à la perfection mondaine, la noblesse du xviii® siècle avait tout sacrifié ; quand on subordonne son activité entière à un but, on l'atteint. La révolution dispersa et massacra la société la plus accomplie qui ait jamais existé ; et cette société s'était si bien spécialisée dans l'art de plaire qu'elle ne sut pas se défendre et préféra périr que de lutter hors des règles et grossièrement.
Considérons le trait le plus aigu de nos mœurs.
Il n'est pas actuellement une jeune et jolie femme qui ne rêve
d'automobile, c'est-à-dire d'un costume informe, incolore, tenant du scaphandrier et de TEsquimau, d'un costume qui abolit le sexe et supprime le souci de plaire, le soin du maintien, le jeu de l'œillade et du sourire.
Descend-elle de l'ahurissante machine, la faim, la soif et le sommeil l'accablent, elle dîne en casquette et ne songe pas à des manèges de coquetterie qui seraient inaperçus de ses cavaliers. L'hygiène applaudit : mais qui ignore les innombrables antinomies entre la beauté et la santé ? L'air marin fortifie et enlaidit et le mouvement physique arrête l'activité morale. On ne rêve pas à cent ou quatre-vingts kilomètres à l'heure, sous le soufflet perpétuel du vent multiplié par la vitesse.
Des vertus sont des habitudes, les grâces aussi : et Célimène aurait de la difficulté à retrouver, à point nommé, son éventail, dans les caissons de sa voiture.
La rue actuelle impose à la femme une tenue discrète et une allure
accélérée. Toute excentricité la désigne aux obsessions et elle ne leur échappe que par un pas de chasseur, seule et mimique manifestation d'honnêteté. Ainsi aperçue, elle ne donne que des profils fugitifs.
Les réunions mondaines n'offrent pas à Fartiste défavorables circonstances. Après un dîner, les hommes vont fumer longuement et les soirées se réduisent à de piètres concerts aggravés de monologues, où on aligne les femmes sur des chaises tandis qu'on refoule les hommes dans les portes jusqu'à l'instant du buffet.
A l'Opéra, la vue se disperse comme le son ; il n'y a pas de relation nerveuse entre l'orchestre et les loges.
Cette séparation des sexes a deux conséquences : la femme perd la volonté et l'habitude de plaire, et l'homme reste indifférent jusqu'à la circonstance où il s'enflamme et qui ne vaut rien pour l'analyse e; les méditations.
Une lectrice a revendiqué au nom
de son sexe, par une formule spécieuse et qui a le mérite rare de la brièveté : « Chaque fois qu'il y a motif à aimer, il y a motif à œuvrer. »
Acceptons cette prémisse : elle nous conduira sans doute à quelque bonne conclusion, puisqu'elle a surgi inopinément et qu'elle s'appuie sur la réalité même. Pour la transposer dans la méthode esthétique, il faut encore ajouter quelques définitions aux précédentes.
Lorsque la beauté plastique (Vénus de Milo, Mars, Farnèse) s'augmente ou se complique de puissance expressive et devient pathétique (Victoire de Samothrace), on la nomme sublime.
Le sublime est-il une augmentatif du beau ?
Il y a entre la personne'de Michel- Ange et celle de Raphaël, comme entre leurs œuvres, la Sixtine et les Chambres, une différence radicale.
Elle éclate, par exemple, dans la comparaison des Sibylles du Vatican et de celles de Sainte-Marie de la Paix. Les unes étonnent, subju-
guent, dépassent Tattente et la notion normale ; les autres satisfont pleinement cette notion.
Quel étourdi oserait préférer le Jugement à VEcole d'Athènes ? Le génie se manifeste également par Texact accomplissement ou par Texcessivité.
Les catégories sont nécessaires au raisonnement. On a voulu en faire des hiérachies, et comme les littérateurs apportent à l'étude des arts leurs habitudes, on a classé les ouvrages selon le sujet choisi et non d'après la réalisation. Ainsi Vien, peintre d'histoire, l'emporterait sur Watteau et les alchimistes de Rembrandt, ces merveilles, rejoindraient sous la rubrique du genre les Meissonier, ces chromos.
Si nous admettons le sublime comme terme du beau moral, nous concevrons un joli de l'âme d'après Manon Lescaut, la Folle Journée, voire Paul et Virginie. Ce joli inférieur, de la Cruche Cassée de Greuze à la Liseuse de Flandrin, de l'impératrice Joséphine de Prudhon aux figures de Chassériau, de Ricard et
t)Ê LA Sensation d'art
d'Hébert, ce joli d'expression, plutôt mélancolique et rêveur que souriant et sémillant, correspond à l'idée de sentiment.
La figure, qui ne se présente pas sous un angle typique, n'existe que par individualisation passionnelle ; et nos mœurs, qui s'opposent à la réalisation du type, imposent donc la recherche de l'expression individuelle. Devant n'importe quel portrait de Lady Hamilton, on comprend les passions quelle inspira .
sa joliesse justifie son histoire ; au lieu qu'en face de Georges Sand, l'amour de Musset et de Chopin, demeure inexplicable : aucun artiste n'a pu transposer les motifs d'amour en un motif d'arts.
Gérard a beaucoup mieux commenté M"^« Récamier que n'a su ie faire David : on retrouve dans M}^^ Mayer la muse intime de Prudhon, et à l'état imparfait, ce sourire des formes propre au Corrège français.
Jusqu'à nos jours les mœurs engendrèrent les types ou personnages, c'est-à-dire des figures expres-
sives d'une série. La femme de Watteau, de Boucher de Fragonard reste identique dans tous leurs tableaux. Ils demeurent fidèles à un aspect de l'être humain et ne varient que la gesticulation et l'accessoire.
Au contraire Ingres créa la vision individualiste : Madame de Sénonnés, Madame Rivière, la Belle Zélie inaugurent un art libre de poncif, qui se renouvelle chaque fois que la réalité le sollicite, un art dont les manifestations ne se relient que par une même conscience inlassable.
L'allégorie comprend à peu près tous les chefs-d'œuvre du passé ; ce sont encore des allégories que les travestissements mythologiques de la Régence : marquise de Sabran en Vénus, M'^^ de Clermont en sultane au salon de 1743 et les filles de Louis XV figurant les éléments par Natter ; les masques conventionnels et la Comédie italienne font suite.
Essayez aujourd'hui de découvrir un sein de M"'^ X... en Hébé ou de refaire le Gilles de la galerie Lacaze,
DE LA SENSATION D^ART 5l
OU comme Mignard de donner à une marquise du Ganges le costume et les roses de Sainte-Rose de Lima ou encore de camper, à l'instar de Goya, deux grisettes, en saintes Justine et Rufine ? Nous ne sentons plus comme au temps de ces maîtres, et la belle familiarité, qui accommodait Tantiquité et la religion à la mode du jour, a disparu.
Nous traitons maintenant le mythe en archéologues, en ésotériens et la religion en tableaux de genre.
Où est la pire bizarrerie d'essorer des amours autour d'une belle femme drapée ou de planter des gardiens de la paix sur le Golgotha ? Si on blâme d'avoir ouvert un Olymped'Opéra aux jolies caillettes, que pensera-t-on de la Vierge en Bethléemite actuelle et du Bédouin comme type des évangélistes ? Le Christ parmi les sénateurs de Véronèse nous étonne, et le Christ entouré dechemineaux nous semble plausible? Les apôtres de Fra Bartolomeo sentent le patriciat, mais
le peintre actuel fera poser un sardinier qui sentira le poisson.
« Ne mettez pas le vin nouveau dans de vieux vases », a dit le Galiléen et cette parole, applicable aux œuvres comme aux doctrines, enseigne qu'il ne faut pas s'entêter à parler des langues oubliées, à imiter ce qu'on ne comprend pas ; car nul n'écrit bien que son idiome natal, nul n'exprime que sa propre sensibilité. Après cet aveu, que nous reste-t-il ?
Laissons la période antérieure à la Révolution, considérons la renaissance romantique ; elle nous a légué le débardeur : nous avons Grille d'Egout. Elle nous offrit comme scélérats Robert Macaire, Vautrin et Thomas Vireloque et nous écoutons des chansons effrayantes et bêtes, les hoquets des apaches.
Grévin trouva la dernière version de la petite femme ; elle ne soutient pas la comparaison avec la Lorette de Gavarni ou la fille de Constantin Ghuys.
Le joli, résultant des mœurs, a disparu : je n'en donnerai pour
preuve que Tadoption du corset droit, qui supprime le ventre, mais aussi la taille au profit de la santé et au détriment de l'aspect.
Des seigneurs du bosquet du Triomphe de la mort, du cortège de Benozzo ou de l'Adoration parGentile da Fabriano jusqu'aux œuvres vénitiennes et même jusqu'à celles de Bologne, les seigneurs sont mieux vêtus que les dames. Comparez l'habit des mignons, des mousquetaires, des marquis de Molière à celui des femmes, il apparaît plus seyant et tout aussi orné, et il en sera ainsi jusqu'à la Révolution.
On pourrait ouvrir une longue parenthèse pour établir que le beau sexe, d'après les musées et les estampes, date du moment où l'homme abandonna le costume et devint laid, par une abdication inexplicable. Au point de vue décoratif, il se suicida, sous l'influence de la doctrine égalitaire. Dès lors, la femme put affirmer son privilège par la manifestation la plus complète, dès qu'elle réussit: j'entends
par Tabsurde. Ce que Marie-Antoinette mit sur sa tête de linotte étonne encore aujourd'hui.
La disproportion ornementale, qui accable Taspect masculin, exalte au contraire la grâce féminime et chaque mode se base sur l'exagération d'une dimension. Tantôt la verticale l'emporte, amincissant à l'excès, tantôt la crinoline élargit la croupe jusqu'au grotesque : et dans une collection d'un demi-siècle, on trouverait à peine quelques toilettes conformes à la raison esthétique. D'où vient que l'Absurde au lieu de nuire à la coquetterie, lui apporte un piquant, un montant imprévus ? D'un facteur singulièrement puissant, la sexualité. Entre nous et la femme, le courant de la concupiscence fausse les rapports du jugement, et le phénomène d'attraction abolit la critique. Le désir ou même le plaisir s'inspire d'autres motifs que l'admiration, si on emploie le mot sans le détourner de son véritable sens. L'admirateur s'appellerait mieux prétendant ; et de Cléopâtre
aux plus actuelles séductrices, la beauté véritable ou conceptible n'a joué aucun rôle dans les passions inspirées. Elles résultent de convenances secrètes, à peine définissables. Qui rêvera devant la Pompadour du Louvre, malgré le prestige historique ? Cette femme de tête « froide comme une macreuse »
ne parle pas à notre sensibilité, tandis que telle tête de La Tour> moins jolie, arrêtera longtemps notre imagination.
Quelles œuvres du passé pourrait-on refaire, d'après la femme contemporaine ? J'entends, par refaire, atteindre au même point d'art, jadis obtenu ? Je ne m'occupe pas ici de l'insuffisance de l'artiste actuel. Il s'agit d'estimer les modèles dont il dispose et non de préjuger le parti qu'il en saura tirer.
L'œuvre qu'on pourrait refaire, c'est la Joconde.
Ni pour la plastique, ni pour les traits, ni pour le costume, Monna Lisa n'est extraordinaire. Tout concourt dans cette toile immortelle à un effet prodigieux, depuis le fond
imprévu, irréel, fabuleux, jusqu'à l'agencement qui tient de celui des madones : jusqu'au regard omniscient qui est le propre regard du Vinci. Cependant, il y a peu de chose qui soit propre au temps et au lieu, c'est-à-dire à la Renaissance et à Florence.
Le chef-d'œuvre ici n'est qu'un jeu divin de l'expression entre la bouche et les yeux : éteignez ces deux points de rayonnement, Tâme surnaturelle du sphinx disparaîtra.
La femme du seigneur del Giocondo n'a pas d'histoire et d'après Vasari, si elle a posé entourée de bouffons et de chanteurs, ce n'est pas l'expression d'une personne amusée que Léonard a peinte. La sanguine de la bibliothèque de Windsor suffit à montrer quelle fut la recherche du Maître. Le sourire de la Joconde, qui est un sourire des yeux, signifie vraiment autre chose que d'écouter. Au rebord des loges, personne n'a vu cette vivante énigme s'accouder, même les soirs de Tristan et Yseult.
La Joconde n'est qu'un regard ;
mais tel, qu'il n'a d'égal qu'au seuil du désert lybique, dans l'orbite effrité du sphinx, regard qui tient à l'essence de l'âme et non à un caractère transitoire et d'extériorité. Au plus profond, au plus immatériel de l'être, dort la subtile faculté de réunir dans un visage un grand nombre de rapports d'où résulte l'impression prismatique.
Chaque individu pour ainsi dire, avec de très ordinaires conditions de jeunesse, peut devenir un miroir éblouissant, par les reflets intérieurs.
Je ne dirai pas qu'il existe des Jocondes aujourd'hui ; ce serait une niaiserie. L'effigie que nous admirons n'a jamais existé ailleurs que dans son cadre. Il y a des dames transfigurables en Joconde, et tout le monde en connaît. Si vraiment Léonard mit trois années à ce portrait (je prétends qu'il le traîna tout ce temps, pris par les soins innombrables de sa prodigieuse curiosité) il les employa non à exécuter une ressemblance, mais à combiner des expressions, jusqu'à ce qu'il attei-
gnît à celle que nous voyons et qui reste unique dans la Pinacothèque universelle.
On peut refaire la Joconde> c'est- ^ à-dire on peut trouver des prunelles pour les aimanter d'indéfini. Ce problème transcendantal demeure soluble en tout temps, en tout lieu, pour Tartiste qui comprendra que la Joconde est sortie du cerveau de Léonard comme Minerve de la tête I de Jupiter. La joconde est une con- ' ception du mystère, informulable i mais visible et sensible ! et le mystère, n'ayant d'autre siège que Tâme humaine, attend en 1907 comme en 1500, rincantateur qui saura l'évoquer.
En dehors de la beauté typique, il n'y a qu'une femme, la belle au fond du cœur dormant, et qui souvent ne se réveille pas, si le doigt impérieux de la passion ne la vient toucher. .
Quel paysagiste prétendit jamais que la nature, monotone en ses manifestations, ne lui offrait pas des aspects assez variés ? Qui donc en face d'une vesprée a dédaigné la
coloration du couchant, comme grossière et déjà vue ? L'âme seraitelle moins nuancée que le soleil qui décline? La gamme des sentiments moins étendue que celle des couleurs ? Au temps de Claude Lorrain, le ciel n'avait pas plus de clarté qu'aujourd'hui, ni la femme de la Renaissance plus de charme que celle de maintenant.
Les révolutions ont aboli les pompes extérieures et les beaux costumes, mais combien de chefs-d'œuvre consistent en un buste nu. La Simonetta Vespucca de Pollajuolo, à Chantilly, n'est qu'un profil cravaté par une vipère. Laurence Tornabuoni parmi les arts libéraux, Jeanne Tornabuoni et les vertus cardinales au Louvre pourraient être posées par beaucoup de contemporaines. Il faudrait seulement que l'artiste prît des leçons au théâtre, Quand Mj^^ Weber joue Sémiramis ou M*"* Bartet Alcmène, elles se manifestent très différentes de leur physionomie ordinaire. Leur être se tend pour une métamorphose : leurs yeux, leurs gestes, leur
voix s'identifient avec la fable.
Soyez sûrs que si elles jouaient comme elles vivent, elles ne réaliseraient pas le personnage.
Or, le peintre ou le sculpteur d'aujourd'hui trouve plus facile et croit plus ressemblant de saisir son modèle à l'instant le plus veule de la quotidienneté, dans la détente des ressorts moraux, sous son aspect littéralement quelconque. On choisit la toilette mais non pas l'expression ; et le machinal portepinceau reproduit seulement la morne lassitude de la pose, où la pensée flotte indécise, où le visage se voile d'humeur ou de moins que cela, de néant. ^Qu'on pardonne l'expression : un visage est une lanterne. Il faut l'allumer afin que la lantéfne devienne vraiment magique. Ici, il ne saurait être question Me temps ni de lieu : la sensibilité seule préside à la signification du regard et du sourire et nos artistes manquent de sensibilité. Ils ne voient pas au delà de l'extériorité, et, prenant le moyen pour le but, on les verra intituler des figures de
femmes du nom des couleurs dominantes : portrait blanc, femme en jaune. Le positivisme dans les arts dits d'imitation aboutit à Tennui le plus lourd. Qu'y a-t-il de positif dans une œuvre esthétique?
le procédé. Entre la femme qu'on aime et toute autre femme, les différences sont idéales et non contingentes. Savons-nous formuler les motifs de nos plus violentes passions ? En vain chercherions-nous les raisons de la beauté sensible :
puisqu'elle est sensible, elle échappe aux opérations abstraites. Elle s'éprouve et ne se prouve pas, selon une parole connue.
Les procès intentés à Tart contemporain se réduisent à un seul.
La sensibilité des artistes s'abaisse ou plutôt s'émousse; ils ne voient que le corps et ils le voient laid, diffus ou maladif.
Dans les matières à aimer, on trouvera toujours des matières à œuvrer, la concupiscence est la plus perpétuelle des Muses, et si la femme contemporaine n'inspire plus de chefs-d'œuvre, ce n'est
point sa faute à elle, complexe, inquiète, si facilement attentive au sifflement de tous les serpents, mais à ceux qui ne savent plus voir râme des yeux et l'esprit des lèvres.
Il n'y a jamais eu de Joconde ; mais dans les races latines, on rencontre toujours des Monna Usa : seulement ce ne sont pas les lions qui |fr savent peindre maintenant ; ce ' If l sont les singes.