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avons fait ressortir le même fait des sections ciliairés pratiquées sur des lapins. Nous avons montré sur ces animaux que, malgré la destruction de la plus grande partie des nerfs ciliaires supérieurs, l’aresthésie complète semblait ne se répartir que sur un secteur infime vu l'étendue des sections. |
Nous sommes persuadés que c'est à cette particularité anatomique, à cette suppléance fonctionnelle, imparfaite il est vrai, que les troubles de la sensibilité cornéenne et conjonctivale ont été si diversement interprétés dans les affections trophiques : puisque l'interruption de l’influx nerveux dans un secteur donné ne peut donner que des hypoesthésies, il était nécessaire d’avoir pour sa recherche une méthode très fine ne pouvant consister . qu'en l'emploi d'appareils très sensibles.
Dans l'examen de la sensibilité il faut se tenir en: garde contre des erreurs faciles à commettre : il faudra faire grande attention à ne pas toucher les cils dont le moindre frottement provoque de fortes sensations: il faudra s'appliquer à exercer la pression sur la cornée toujours d’une façon identique, bien perpendiculairement, sans trembler et surtout sans frotter; il faudra prévenir le malade examiné qu'il ne doit pas ressentir de douleur, mais qu'il ait à prévenir dès qu'il sent quelque chose; on devra cesser l'examen quand les larmes apparaissent. Hg
Nos examens sur la sensibilité cornéenne nous ont toujours semblé s'orienter du même côté, vers l’hypoesthésie, et nous ont montré combien les phénomènes subjectifs de douleur de photophobie, avaient peu de rap-
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port avec les phénomènes objectifs de la sensibilité. Toutes les lésions cornéennes superficielles où parenchymateuses montrent une diminution de leur sensibilité d'autant plus manifeste et plus profonde que la lésion est plus accusée.
C’est surtout dans certaines affections que la recherche minutieuse de la sensibilité prend une grande importance : dans tous les états hypertoniques de l'œil, el dans les affections trophiques de la cornée. ;
Dans le glaucome, l'hypoesthésie est d'autant plus forte que la tension oculaire est plus grande; nous l’avons constaté ne nous assurant de la dureté cle l'œil qu'à l’aide du toucher digital tandis que Kruckmann avait employé une méthode plus précise, en se servant d'un tonomètre. Le glaucome chronique ne présente pas de troubles de la sensibilité sauf lorsqu'il y a pour une cause ou pour une autre, une brusque poussée d’hypertension.
Pour les lésions trophiques, nous avons montré combien l'examen esthésiométrique de la cornée associé à celui de la conjonctive pouvait prendre de valeur diagnostique. Nos observations de kératite neuro-paralytique partielle pourraient être considérées comme des vues de l'esprit; la première observation où nous avons trouvé un territoire d'hypoesthésie cutanée si limitée à la racine du nez et à la partie interne du bord de la paupière supérieure, est la confirmation de leur existence, puisqu'il est indéniable que ce territoire co-existant avec l’hypoesthésie de la muqueuse des fosses nasales droites, étai un signe certain d’une lésion n'intéressant que le nasal, et que les lésions cornéennes avec hypoesthésie interne
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surtout, ne ressemblent à aucune des lésions classées, sont dépourvues de microorganisme, n’ont guéri que par la suture des paupières, pour récidiver lors de leur ouverture, caractère commun à l’ulcère de la kératite neuroparalytique.
Dans un ulcère commun de la cornée, l'hypoesthésie des parties avoisinantes devient de plus en plus faible à mesure qu'on s'approche du limbe à moins qu'il ne soit marginal, tandis qu'au contraire, dans un ulcère trophique, l'hypoesthésie reste la même depuis la limite de l'infiltration jusqu’au limbe : Les {roubles de la sensibilité existent même sur des portions de eornée claires.
Dans {ous nos cas, l’hypoesthésie conjonctivale était toujours plus marquée au niveau du limbe là où les nerfs ciliaires viennent ajouter leur influx sensitif à celui des nerfs conjonctivaux.
Dans le zona, les troubles de la sensibilité pourraient faire prévoir la place exacte où va siéger la lésion; notre première observation de zona montre bien la différence de la lésion banale et de la lésion trophique : l’hypoesthésie succède à la première, mais précède la seconde.
Valeur pronostique. — La recherche de la sensibilité cornéenne a une grosse valeur pour le pronostic. La où l’hypoesthésie prend place se crée un point faible, un lieu de moindre résistance qui sera toujours le premier à souffrir des atteintes ies plus variées qui fera craindre le retour offensif d'affections mal éteintes. Qu'on les classe sous une rubrique ou sous une autre, ce seront des lésions que nous voudrions dire trophiques : dans le
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zona, l'insensibilité plus ou moins grande précède le plus souvent la lésion ulcéreuse ou interstitielle: l'hypoesthésie qui persiste devra faire prévoir de nouvelles rechutes de lésions cornéennes à distance, comme le prouvent nos observations 3 et 4.
Sur les taies cornéennes un peu denses qui sont, elles, les plus anesthésiques, viendront se greffer fréquemment de nouveaux ulcères.
L'examen de la sensibilité peul à ce point de vue donner de gros renseignements dans les cas de brûlure par acide sulfurique. Là où l’hypoesthésie est profonde on peut prévoir la perte de transparence de la cornée, qui sera d’autant plus accusée que la sensibilité est plus émoussée.
Nous avons tenté de mettre en lumière l'importance considérable de l’insensibilité plus ou moins complète de la cornée et pour cela, avons tenté plusieurs expériences sur des lapins qui nous ont donné les résultats
suivants :
Expérience. — Deux lapins sont opérés le 12 octobre ; nous incisons la conjonctive de toute la moitié supérieure du globe oculaire à 2 millimètres en arrière du limbe, après avoir agrandi, en dedans comme en dehors, la fente palpébrale, nous décollons la muqueuse aussi loin que nous pouvons. Saisissant la conjonctive qui reste à côté du limbe, nous faisons récliner l'œil en bas et nous découvrons assez facilement le nerf optique. Avec un crochet mousse, nous accrochons. tout ce que nous pouvons en rasant la sclérotique autour de la partie supérieure du nerf optique, el nous terminons en discisant le tissu cellulaire situé au même niveau de la pointe d’un couteau de Graefe, du côté de sa partie non tranchante,
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pour ne pas risquer de blesser le nerf optique. Nous suturons la conjonctive etles commissures. Trois jours après réunion parfaite, la conjonctive est bien adhérente à la sclérolique mais est encore tomenteuse el parfaitement réparée au niveau de la cicatrice.
Examen de la sensibilité. — Nous en avons déjà parlé plus haut et avons fait remarquer qu'à part un très petit secteur semblant anesthésique, la moitié supérieure de la cornée avait une hypoesthésie décroissante de haut en bas par suppléance des anastomoses nerveuses, des autres nerfs ciliaires, non dilacérés.
Nous attendons huit jours au bout desquels la cicatrisation est si parfaite qu'on ne voit plus trace de l'opération tant sur la conjonctive qu'aux commissures ; la cornée est claire dans toute son étendue, les troubles de la sensibilité ont une même répartition.
Le 20 octobre, nous frottons très légèrement la cornée de ces animauxaux extrémités des méridiens verticauxethorizontaux.
Le 21, les pertes d’épithélium étaient comblées ; en bas et de chaque côté en haut on voyait encore les traces de la petite érosion créée la veille; le lendemain, tout avait repris son aspect normal.
Le 23, nous recommençons la même opération et nous découvrons sur chaque perte de substance un peu de culture très peu virulente de staphylocoque.
Le 2% au matin, nous constatons sur le lapin n° 1, vers 2 heures, une petite ulcération à fond grisâtre grosse comme la tête d’une épingle el une infiltration lrès considérable de tout le secteur supérieur entre 10 heures et 2 heures, là où les troubles de la sensibilité sont le plus accusés. Sur l'autre n°2, pas d’ulcération mais la même infiltration et dans le même secteur.
Le 25, même aspect.
Le 26, l'infiltration a diminué d'intensité. Chez le n° 1, l'ulcère s'étend en profondeur, le reste de la cornée est clair, à
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part l'infiltration autour de l'ulcère, s'étendant, jusqu'au sommet du méridien vertical. Le n° 2, qui n'avait que son infillration la veille, a une petite ulcération située juste à l'extrémité supérieure du méridien vertical.
Le 27, même élat oculaire,mais le n° 2 est gonflé et meurt le 28 d'une affection digestive n’ayant aucun rapport avec ces lésions cornéennes.
L'uicère du lapin n° 1 à partir du 5 novembre s'achemine vers la guérison.
Expérience de contrôle. — Sur un lapin sain, nous avons,
en même temps que nous faisions subir la même opération à nos bêtes opérées, gratté fortement et au même point l’épithélium cornéen, nous y avons déposé la même culture; les jours suivants, il avait une conjonctivile intense mais la cornée ne s'est troublée à aucun moment et l'épithélium s’est reformé sans ulcère.
Nous continuons en ce moment une série d'autres expériences de ce genre dont nous n'avons pas le temps d'attendre les résultats.
Ces expériences semblent bien prouver l'influence manifeste de la perte de conduction nerveuse sensitive sur les lésions cornéennes. On pourrait objecter que la moindre résistance du secteur supérieur cornéen dépend, après l'opération que nous avons pratiquée, non de sa séparation avec les conducteurs nerveux,mais du défaut de sa vascularisation, les artères ciliaires ayant été vraisemblablement sectionnées avec les nerfs, les vaisseaux conjéctivaux l'ayant été à coup sûr pendant la section de la conjonctive. Mais outre que nous n'avons assurément pas blessé le cercle artériel formé par les deux ciliaires longues qui cheminent latéralement le long du globe oculaire, nous avons attendu pour nous mettre à l'abri de cette erreur que la conjonctive ait repris ses adhérences avec la sclérotique, qu'elle soit extérieurement d’une apparence tout à fait normale. À ce moment, il est vraisemblable que la vascularisation ait été suffisante.
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Valeur thérapeutique. — Outre sa valeur diagnostique et pronostique, on peut encore tirer de l'examen méthodique de la sensibilité, avec uninstrumentsensible, une indication précieuse pour le traitement de certaines affections : Nous sommes persuadés qu'il est beaucoup d'’ulcérations de la cornée qui sont justiciables du même traitement que l’ulcère de la kératite neuro-paralytique. Ce sont les lésions qui sont situées dans une zone hypoesthésique intense et qui ont toutes les apparences de celles qu'on rencontre dans les affections du trijumeau. D'ailleurs, nous avons été habitués, en suivant l’enseignement du professeur de Lapersonne, à lui voir appliquer ce traitement de la tarsorraphie dans des cas nombreux d’ulcérations qu’il rapprochait instinctivement avec son profond sens clinique des désordres neuro-paralytiques ; et, dans tous les cas ainsi traités, un succès thérapeutique complet est venu couronner cette intervention. |