‹ De la sensibilité récurrente dans la mainChapitre 1 sur 8 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les différentes parties de notre organisme sont mises en rapport par l’intermédiaire des nerfs avec les centres nerveux. Ces cordons de communication remplissent un double rôle ; les uns apportent aux centres les impressions périphériques et déterminent leur réaction, tandis que les autres portent aux muscles l’excitation motrice qui est le produit de cette réaction. Un fait bien admis en physiologie, est celui qui a rapport à l’inertie dans laquelle se trouve placé un organe lorsque l’on vient à briser le lien qui le rattache aux centres nerveux.

Si l’on coupe un nerf mixte, si l’on rompt par conséquent les communications qu’il établit entre les centres et les portions de l’organisme dans lesquelles il se distribue, ces dernières sont paralysées, tant au point de vue du mouvement qu’au point de vue de la sensibilité. En irritant le bout central du nerf, on produit de la douleur; si l’excitation porte sur le tronçon périphérique, il était admis jusque dans ces 'Icrni^T’os années qu’il restait absolument insensible.

En 1867, M. Richet, dans ses cliniques de la Pitié, consacra une de ses leçons à l’étude d’une malade qu’il avait eu l’occasion d’observer quelque temps auparavant, dans son service à l’Hôtel-Dieu.

Il s’agissait d’une section du nerf médian au niveau du poignet, qui ne fut pas suivie de la perte de la sensibilité dans la paume de la main. La sensibilité était également conservée à la face palmaire du pouce, de l’indicateur, du médius et le long du bord externe de l’annulaire. D’autre part, si l’on venait à toucher le bout périphérique du nerf coupé, on déterminait immédiatement de la douleur. La conservation de la sensibilité dans des parties qui se trouvaient ainsi isolées des centres nerveux par la section d’un nerf mixte, et la sensibilité de son tronçon inférieur constituaient le premier fait de ce genre qui eût été observé. M. Richet discuta longuement cette observation et déclara qu’une étude attentive des plaies de l’avant-bras ferait connaître dans l’avenir des faits semblables à celui qu’il annonçait dans son enseignement.

Cette opinion était basée sur la saine interprétation du phénomène qu’il avait été appelé à noter le premier, et l’explication qu’en donnait alors le savant pi'ofesseur de la Faculté de Paris, le conduisait à douter de la valeur scientifique d’observations relatives à la section du même nerf, observations qui semblaient en contradiction formelle avec la sienne. Celle-ci a été publiée en partie en 1867 dans la Gazette des Hôpitaux et dans /’ Union Médicale. Elle est fort incomplète, mais, grâce aux notes que M. Richet a bien voulu me communiquer, il m’a été permis de la rétablir en entier.

En 1868, Bœckel de Strasbourg publia dans la Gazette des Hôpitaux une observation relative à une plaie de l’avantbras avec section de l’artère radiale et du nerf médian. Immédiatement après l’accident, Bœckel s’assura que les doigts n’avaient pas perdu toute sensibilité.

En 1868, M. Letiévant ayant pratiqué à l’avant-bras la section du nerf médian pour un tétanos survenu à la suite d’une plaie contuse de la main vit que la sensibilité de la main et des doigts n’était pas éteinte dès les premières heures de l’opération.

MM. Arloing et Tripier cherchèrent par des expériences sur des animaux la confirmation de ces faits étranges, et en 1869, ils publièrent dans les Archives de Physiologie normale et pathologique le résultat de leurs observations remarquables qui vinrent à l’appui de la théorie émise en 1867 par M. Richet, sur la sensibilité récurrente dans la paume de la main.

Pendant l’année que j’ai passé comme interne en 1872 dans le service de clinique chirurgicale, dirigé à l’Hotel- Dieu pàr M. Richet, j’ai eu l’occasion d’être témoin d’un fait semblable à ceux que je viens de rappeler. Il était relatif également à un cas de section du nerf médian avec conservation de la sensibilité et peut-être de la motilité dans les parties périphériques.

J’ai pensé qu’en rapprochant ces cas, en les réunissant à ceux si remarquables relatifs au médian, au radial, au cubital qui se trouvent rapportés dans le bel ouvrage que M. Letiévant vient de faire paraître sur les sections nerveuses^ on pouvait trouver les matériaux nécessaires pour la publication d’un travail intéressant sur la sensibilité dans la paume de la main. J’aurais pu rapporter un plus grand nombre d’observations que je ne l’ai fait, mais il m’a paru inutile de multiplier à l’infini les exemples. J’ai pris seulement ceux qui étaient très-nets et qui présentaient une valeur scientifique indiscutable par les soins que leurs auteurs avaient apporté à les recueillir.

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