‹ De la sensibilité récurrente dans la mainChapitre 4 sur 8 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

NERF RADIAL.

Dans aucun cas, l’on n’a observé immédiatement après la section du radial ou, quelques heures après, la sensibilité du bout périphérique. Je n’ai pas trouvé, dans les auteurs, d’indications relatives à ce fait, en même temps que je n’ai pu noter aucune tentative entreprise pour rechercher cette sensibilité.

M. Letiévant rapporte une observation très-intéressante relative à une ancienne plaie du nerf radial, qui n’avait pas été suivie de la perte de la sensibilité dans les parties auxquelles ce nerf fournit ses rameaux terminaux. Dans cette observation, comme dans celle de M. Leudet, relative au médian, il n’y avait pas eu de cicatrice nerveuse réunissant les deux tronçons séparés. Ce fait doit donc être considéré comme un des plus caractéristiques au point de vue des sensibilités recouvrées. J’extrais de l’observation de M. Letiévant les passages les plus remarquables.

Obs. X. — Section du nerf radial datant de deux ans et demi. — Réunion par suture des deux bouts nerveux après avivement. — Résultat après un mois et demi. (Letiévant).

Un jeune soldat, André Moullin, de l’Ardèche, âgé aujourd'hui de 30 ans, reçut il y a deux ans et demi, en montant la garde à Châlonssur-Marne, un violent coup de poignard à la région interne et inférieure du bras droit.

Dès ce moment, il perdit les fonctions du nerf radial. Il resta trois semaines à l’infirmerie; lorsqu’il en sortit, la plaie était fermée, mais il ne pouvait se servir de son bras.

Il demeura plus de deux ans encore attaché à son régiment, fit la dernière campagne de Rome, ^toujours infirme, et n’éprouva pendant ce temps aucune amélioration dans son état.

A son retour en France (1869), il fut réformé pour cause de paralysie incurable du membre supérieur gauche consécutive à son ancienne blessure.

Le 28 juin 1869, il entrait à l’Hotel-Dieu, dans mon service au no 14 de la salle St-Louis.

Il portait alors, à la région jadis blessée, une cicatrice large de deux à trois centimètres, à bords irréguliers, à surface déprimée, blanchâtre, reposant sur une masse dure, diffuse, du volume d’une grosse amande et peu mobile sur les tissus profonds.

En pressant sur cette cicatrice, on déterminait des fourmillements dans la région radio-dorsale de la main. La pression à quinze millimètres plus haut donnait lieu au même phénomène ; mais celui-ci ne se reproduisait pas si l’on exerçait la pression sur un point plus élevé du radial.

Les mouvements de l’avant-bras sur le bras s’accomplissaient normalement; mais non ceux de la main sur l’avant-bras, ni ceux des doigts sur la main.

La supination ne s’obtenait qu’incomplète et s’accompagnait d’une flexion légère de l’avant-bras.

Certains mouvements d’extension de la main étaient possibles.

Ainsi, quand le malade enroulait fortement ses doigt dans la paume de la main, on voyait celle-ci se redresser en partie.

Les doigts n’étendaient pas leur première phalange, mais pouvaient edresser les deux autres; pendant ce redressement, les premières se fléchissaient.

La flexion des doigts et de la main était normale; ce qui permettait au malade divers actes de préhension.

Les muscles dépendant du nerf radial étaient tous paralysés.

La main était en pronation permanente et en procidence très-accusée à l’extrémité du membre. Le relief dorsal, formé par les extenseurs à l’avant-bras, était affaissé.

La sensibilité était diminuée dans une grande étendue da dos de la main, des doigts, de l’avant-bras.

Le simple contact d’une tige molle n’était pas perçu; un frottement léger y était senti. Le toucher, avec un écart de deux centimètres, ne donnait qu’une sensation sur la partie la plus anesthésiée. Ailleurs, on obtenait assez facilement la double sensation.

En enfonçant une aiguille, il fallait un certain degré de pression pour déterminer la douleur, surtout en un point que je signalerai plus tard.

Entre et 50® le sujet ne savait si le corps qui le touchait était froid ou chaud. Au-dessus, après un certain temps, il percevait la chaleur^

Le malade ne souffrait pas de ce membre, si ce n’est lorsqu’il laissai prendre sa main durant quelques minutes ; alors, un engourdissemen douloureux s’y produisait.

La main était sensible au froid. On n’y constatait aucun trouble de sécrétion sudorale.

Le 14 juillet 1869, je présentais ce malade à la Société des sciences médicales de Lyon, comme un exemple d’interruption persistante dans la continuité du nerf radial et de paralysie atrophique des muscles correspondants.

J’exprimai le dessein de réveiller l’appareil musculaire par des excitants divers et d’aller ensuite à la recherche des deux bouts nerveux pour les aviver et les réunir; je devais ainsi restaurer le nerf et rétablir ses fonctions.

Pendant quelque temps, je soumis mon malade à l’action de l’électricité, du massage et des douches de vapeur. 11 n’en retira qu’une amélioration douteuse, il sentait, disait-il, la force augmenter dans ses bras, mais aucun mouvement n’apparaissait dans ses muscles paralysés.

Néanmoins, encouragé par l’exemple de régénération du médian que je venais d’obtenir, persuadé que le rétablissement de la continuité du nerf favoriserait davantage le retour des fonctions musculaires, je n’hésitai plus à tenter une opération qui devait mettre ce sujet dans les conditions d’une régénération future de son nerf radial.

Le 4 août 1869, M. Letiévant fit la suture des deux bouts du nerf qui étaient, comme il l’avait prévu, séparés l’un de l’autre. Quelques accidents survitjrent à la suite de l’opération, mais ne furent pas de longue durée. Le 20 septembre 1869, Moulin demanda à quitter l’hôpital. Au moment de sa sortie, et durant les jours qui la précédèrent, il présentait des caractères de motilité et de sensibilité absolument semblables à ceux qu’il avait offert avant l’opération.

En 1872, M. Lannelongue n'observé, à la Charité de Paris, un cas très-important au point de vue de la paralysie du nerf radial et de la sensibilité récurrente. J’extrais, de la Gazette des hôpitaux de l’époque, quelques passages relatifs à la clinique qui fut faite, à ce sujet, par ce savant chirurgien. L’observation du malade se trouve rapportée dans la thèse de M. Tranchant de 1873.

Obs. XI. — Contusion du nerf radial. Abolition du mouvement. Conservation de la sensibilité tégumentaire. (Lannelongue. Gaz. des hôp., 18T2, p. 970).

M. Lannelongue, chargé temporairement du service de la clinique chirurgicale de la Charité, dans l’une des dernières conférences cliniques qu’il a faites à l’Amphithéâtre, a appelé l’attention de ses auditeurs sur un cas très-simple en apparence mais auquel se rattache en réalité une question de physiologie pathologique très-intéressante. Il s’agit d’un homme qui est entré dans le service pour une contusion du nerf radial, suite de la compression exercée par la crosse d’une béquille dont le malade, atteint d’une fracture de cuisse, faisait depuis longtemps usage. L’une des conséquences immédiates de cette lésion avait été l’abolition de la motilité dans les muscles desservis par ce nerf. Les mouvements d’extension du poignet et des doigts, en particulier étaient complètement abolis. Mais on fut frappé en même temps de la conservation de la sensibilité tégumentaire. Au point de vue des dispositions anatomiques connues du nerf radial et des notions physiologiques acquises sur les nerfs mixtes, ce fait aurait pu paraître, au premier abord, paradoxal. Mais il s’en faut qu’il soit sans précédent. Tout le monde connaît le fai si souvent rappelé de Béclard, les faits plus récents, de Laugier, de Houel, communiqués le premier à l’Académie des sciences, le second à la Société de chirurgie et enfin le fait de M. Richet, rapporté dans la Gazette des Hôpitaux en 1867 et qui a été l’occasion d’une discussion approfondie de ce journal.

On sait à combien d’explications diverses ces faits ont donné lieu. On est allé jusqu’à en déduire la réunion immédiate des nerfs dans les cas de section complète. Mais dans la plupart des cas rapportés comme dans le cas du malade dont M. Lannelongue a entretenu ses élèves, cette explication était évidemment inadmissible. 11 a fallu recourir aux diverses théories de la récurrence ou du rétablissement de la sensibilité par voie anastomotique.

L’observation de Moullin est si nette que l’on ne saurait élever le moindre doute au sujet des sensibilités récurrentes dans les régions auxquelles se distribue le nerf radial.

Celle de M. Lannelongue, quoique se rapportant à un cas dans lequel il n’y a pas eu de section, mais seulement contusion du nerf radial n’en présente pas moins un grand intérêt. Que l’abolition de l’influx nerveux soit amené par un

traumatisme qui brise le trajet des tubes nerveux ou qu’il soit dû à un acte qui les mette dans l’impossibilité de rester des agents de transmission : au point de vue physiologique les résultats sont identiques. Aussi devons-nous désirer que l’on multiplie les observations semblables à celles de M. Lannelongue. Les sections des nerfs sont rares dans nos hôpitaux, les paralysies de causes diverses y sont fréquentes. Et c’est par leur étude que nous aurons, d’une manière rapide, la confirmation générale de la théorie des sensibilités récurrentes en faveur desquelles nous rencontrons de si remarquables, mais malheureusement de si rares exemples.

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