‹ De la situation des ouvriers en angleterreChapitre 39 sur 70 · LES L'MO^S · texte numérisé non relu

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de MM. Platt d'Oldham l'exclusion des journaliers, dont ils craignent désormais la concurrence. De plus, par un étrange préjugé, ils insistent pour maintenir le salaire à la journée, en exigeant des compensations pour les pertes que leur fait subir le travail des machines. Les fabricants de Manchester et des environs ferment aussitôt leurs ateliers à tous les membres de l'Union : trois mille mécaniciens sont ainsi frappés, entraînant dans leur ruine neuf mille journaliers. Ils cèdent, après avoir dépensé près d'un million.

On ne peut, après cette grève, citer que des luttes partielles : une en 1866, commencée en dehors de l'Union, et dans laquelle celle-ci intervient avec succès ; une en 1867, dans les Atlas Works de Manchester, à propos du travail des enfants, dans laquelle les patrons publient une liste noire et où les ouvriers l'emportent; enfin, quelques autres moins importantes.

Je rappellerai en passant la grève des Conducteurs de locomotives sur le chemin de ferd'Epsom, le jour du Derby de 1865, ces ouvriers ne voulant pas que la Compagnie distribuât parmi eux des primes inégales.

Les Tailleurs sont en grève en 183/j pour obtenir que la journée de douze heures, payée 7 fr. 50 c, soit réduiie à dix heures et payée 8 fr. 75 c. : ils échouent. En 1866, ils commencent une nouvelle grève chez quelques patrons, pour que le taux du salaire à la tâche soit élevé : après d'inutiles conférences, les patrons prononcent un lock-out, mais accordent bientôt 15 pour 100 d'augmentation. En 1867, nouvelles pré-

l;5G INITIATIVE PRIVÉE.

tentions, nouvelle grève, nouvelles conférences, nouveau lock-out de dix-huit maisons. Trois mille ouvriers sans ouvrage posent des sentinelles pour empêcher les patrons d'emhaucher de nouveaux ouvriers. Ce procédé, dit de pickeUng , est considéré comme illégal, et le président de l'Union est condamné pour ce fait. Il cherche en vain à faire condamner à leur tour les patrons pour intimidation; et, se considérant comme désarmés, les ouvriers cèdent.

Les Verriers ne nous offrent qu'une grève, celle de 1868, qui, fiprès un lock-out de trois mois, consacra la limite du nombre des apprentis.

On ne peut citer aucune grève importante parmi les Typographes.

Les Fileurs de coton ont eu à soutenir des grèves fort nombreuses, pour obtenir les garanties sanitaires et la réduction dans la journée de travail que j'ai indiquées plus haut. C'est en protestant par des grèves contre le travail de nuit, contre l'abus du travail des enfants, contre la mauvaise ventilation des manufactures, contre les amendes et les cantines, qu'ils ont obtenu l'intervention du Parlement en leur faveur. En 1829, une grève à Manchester coûte, a-t-on prétendu, 6 millions aux ouvriers : en 1829 et 1830, une grève, qui paraît avoir été non moins dispendieuse, met, à Preslon, trente mille ouvriers sur le pavé. Nouvelles grèves dans cette dernière ville en 1830 et 1853, celleci accompagnée d'un lock-out. En 18G7, les ouvriers de Stockport se mettent en grève pour obtenir de plus hauts salaires. Mais la terrible crise du coton

sépare cette grève des précédentes, et les ouvriers n'ont oublié ni leurs souffrances pendant ces tristes mois de chômage, ni tout ce que les patrons ont fait pour les soulager. Aussi la grève, conduite avec mesure, réussit elle sans beaucoup de peine, les demandes des ouvriers étant justes et modérées.

Dans le cours de 1872, des grèves ont éclaté dans des professions où Ton n'en avait pas encore vu. Les Ouvriers des docks de Londres se sont mis en grève pour obtenir 62 c. au lieu de Zjl c. par heure ; une certaine augmentation leur a été accordée.

Les Boulangers de Dublin ont fait une grève qui a échoué, après avoir causé une grande gène dans la capitale de l'Irlande. Ceux de Londres, voulant à leur tour obtenir une augmentation de salaire et, plus encore, une modification dans les heures de travail, se sont fortement organisés, ont entamé des négociations avec les patrons, et, les menaçant de la grève, sans y recourir, ont obtenu de plusieurs d'entre eux des concessions, qui seront probablement accordées par tous.

L'un des principaux griefs adressés aux Unions est d'avoir amené une élévation excessive , et par conséquent funeste à l'industrie, du taux des salaires. Cette élévation, compensée souvent par une augmentation du prix de la vie, a ses avantages, comme ses inconvénients. Ses avantages, lorsqu'elle est amenée par des circonstances naturelles, sont, comme on l'a vu plus haut, d'assurer un travail meilleur et plus considérable. Les inconvénients sont, lorsqu'elle dépasse la juste mesure, d'amener un déplacement de l'industrie

au profit des contrées où la main-d'œuvre est à meilleur marché. La premi'îre pensée de l'inlernationale, lorsqu'elle n'était pas encore une société politique, ou plutôt une association de conspirateurs, avait été de parer à cet inconvénient en produisant une élévation égale de salaires dans tous les pays. Il est facile de prouver combien un pareil but était chimérique. Mais, si môme il avait pu être atteint dans toutes les contrées européennes, il aurait eu un résultat auquel ceux qui tendaient à ce but n'avaient certainement pas songé. Il aurait ouvert une ère nouvelle pour ces innombrables populations de l'Orient, qui sont étrangères à notre civilisation, comme aux utopies qu'elle développe, et qui cependant entrent en communications de plus en plus fréquentes avec nous et commencent à peser dans la balance de nos atïaires. Aussi, en Angleterre, se préoccupe -t- on déjà de la concurrence, stimulée par le renchérissement universel de la main-d'œuvre, des races industrieuses, sobres et économes, qui peuplent le Japon, qui, de la Chine, débordent sur les colonies australiennes et sur la côte américaine du Pacifique. Les Chinois, sous la direction de quelques contre-maîtres anglais, et avec l'appui des capitaux anglais, se sont déjà mis à construire de grands navires à vapeur. Si le capital ne trouve plus moyen d'employer la maind'œuvre à un prix rémunérateur en Europe, il émigré naturellement dans les contrées où elle s'offre à lui à bon marché; rien ne l'empêchera de s'y établir, nonseiilementpour la construction des navires, mais pour l'indubtrie de la soie, du coton, etl'exploitation de toutes

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les richesses naturelles que possède l'extrême Orient. Mais on peut mettre en doute l'inHuence des Unions sur le taux des salaires : en réalite, cette influence est presque imperceplible. Sans entrer dans une discussion approfondie, on peut le prouver par deux exemples. D'une part, il est évident que le haut prix des salaires en Amérique contribue puissamment cà maintenir leur taux actuel en Angleterre. Or les Unions n'ont en rien contribué à l'établir en Amérique : il est antérieur à leur formation, et il existe surtout dans l'industrie agricole des États de l'Ouest, où ne se trouve aucune Union. D'autre part, les salaires du continent se sont élevés, sans l'intervention des Unions, et par le seul fait des lois économiques, dans une proportion bien plus forte qu'en Angleterre. Ainsi, tandis qu'ils s'élevaient de 38 pour 100 au Creuset, ils n'augmentaient pour ainsi dire pas dans l'industrie analogue en Angleterre, malgré les efforts d'une Union qui disposait d'une réserve de plus de k millions de francs.

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