INSTRUCTION PRIMAIRE
L'intervention de l'État dans l'éducation publique est une nouveauté en Angleterre, où le soin d'instruire
les jonnes .u^énprn'ions avait été, pendant des siècles, exclusivement conlic aux miuisti^es de la religion officielle. Elle est plus ancienne en Irlande, où les autorités anglaises ont cherché en vain dans celte intervention un moyen de soustraire les anciens habitants du sol à ilniluence du clergé national. Mais la vieille querelle nationale, qui donne à tout ce qui se fait en Irlande un caractère parliculier, et qui complique les questions les plus simples, rendrait inutile, pour le but que je me propose, Texamen du système de Téducation en Irlande. Je me bornerai à dire ici que les écoles mixtes ou nationales, qui donnent une instruction générale toute laïque, en confiant à certains moments les élèves aux ministres des religions diverses aux* quelles ils appartiennent, ont eu un grand succès et promettent d'heureux résultats.
Ën Angleterre, l'intervention de l'État se révèle pour la première fois le 11 août 18&0 par le vote de 750,000 fr. pour l'éducation publique. Cette intervention est réglée par la loi du 19 juillet 1844, qui confirme et étend les pouvoirs du comité du conseil privé sur l'instruction publique, élahlit le principe que les sommes votées par le Parlement seront réparties à titre de subventions entre les écoles qui auront pour cela rempli certaines conditions, et institue enfin des inspecteurs chargés d'examiner les élèves, de visiter les écoles et de présider à celte répartition.
Ju8qu*en 1870, le rdie du gouvernement s^st borné
2U liNTERVENTlON LÉGISLATIVE.
à ciicouraj^er ainsi les écoles fondées, soît pur des particulierâ • soit par les diiïérentos comumnaulés religieuses et principalement par TÉglise anglicane, soit encore par les conseils municipaux, ou par des sociétés diverses. Av«'int de passer à la loi de 1870, la seule qui mérite ici notre attention, je donnerai quelques chiffres sur la statistique de Tinstruction primaire en 1867.
Grand^Bretagne (Angleterre, Pays de Galles, Ëcosse).
Les écoles qui ont reçu des subvenlions
sont au nombre de 13,881
Celles qui, sans en recevoir, ont été visitées par les inspecteurs 710
Les élèves inscrits dans les écoles subventionnées ont été au nombre de . . . . 1,352,372 (Il y avait place pour 1,782,102, à 8 pieds carrés de superficie pour chacun.)
Les élèves inscrits dans les écoles visitées. 38,728 (Il y avait place pour 55,576.)
Les recettes des écoles subventionnées ont été :
Dotations 1,618,700 û*.
Contributions volontaires . . . . 10,073,700
Contributions des élèves 11,792,800
Subventions de TÉtat 11,378,225
Autres ressources 1,730,575
Total des recettes 86,39!(,000
liNSTRLCTION PRIMAIRE. 213
Le total des dépenses de ces écoles a été de 36,653,675 £r.
Dépenses pour la construction de
nouvelles écoles :
Dons de FÉtat 570,125
Autres dons 2Mk '21b
Total 2,814,400
Total des dépenses votées par le Parlemeut : coDstructions, salaires des maîtres, dons aux écoles normales, subventions ûxées pai* la loi, administration. 17,130,050
Irlande.
Écoles nationales, presque entièrement grataites :
Élèves inscrite 913,106
— présents chaque jour . . . 321,683
Écoles monastiques :
Élèves inscrits 73,344
— présents 31,542
Budget des écoles nationales :
Sommes votées par le Parlement. . 6,652,750 fr.
Total des recettes 10,954,175
Total des dépenses 9,262,600
La somme totale votée pour l'instruction primaire du Royaume-Uni a été, en 1867, de 25,782,800 fr. Un seul chiffre montrera les progrès de l'instruo-
il6 INTERVENTION LÉGISLATIVE.
tion primaire sous l'influence de ce système le nombre des élèves dans les écoles visitées, qui, en 1867, était de
1,391,100, ne s'élaiL élevé dix ans auparavant, en 1857, qu'à 626,696.
Il ne me reste plus qu'ji parler de la nouvelle organisalion étriblie par la loi du 9 août 1870, dont on ne peut encore aujourd'hui apprécier les résultats. Elle constitue des districts d'écoles, composés d*une ou de plusieurs communes, •l'a^^g^Iomération de Londres en forninnt un spécial, qui sont tenus de posséder chacun le nombre sufûsant à leur population d'écoles publiques élémentaires, où les élèves ne doivent pas payer plus de 9k c. par semaine. Un règlement détaillé indique les conditions auxquelles une école est classée comme école publique et reçoit une subvention : on y remarque les prescriptions les plus sévères en faveur de la liberté religieuse des élèves. Ces écoles sont classées après la visite des inspecteurs, qui examinent les élèves et les rangent dans six classes, selon leur degré d*instruction. L'autorité directrice supérieure du gouvernement est exercée par le département de Téducation, dont relèvent les inspecteurs. Mais Tapplication de la loi est laissée aux autorités locales. Ces autorités sont : les surveillants des pauvres dans les communes rurales; les conseils municipaux dans les bourgs; et un bureau spécial, School-board, élu comme les VestrieSf dans Tagglomération de Londres, mais unique pour toute la capitale. Le département de l'éducation détermine la quantité d'écoles nécessaires dans chaque district ; il reçoit les appels contre les autorités locales ou les inspeo-
INSTRUCTION PaiMÂlAE. 217
leurs, et ordonne les enquêtes. Si les autorités locales, négligeant ses prescriptions, n'ont pas établi, dans un délai donné, les écoles qu'il a prescrites, il fait former, par élection, dans le district un Srliool-honrd spécial. Lia loi permet à ces Boards de faire des règlements éta-* l>lissant Tinstruction obligatoire et assurant la grataité aux pauvres, et de se charger de l'administration des écoles volontaires qui ne pourraient subsister dans ces conditions. La loi prévoit divers cas où le département peut ordonner la formation d'un School-èoard : les autorités locales peuvent toujours la demander. Il est nommé-par les électeurs communaux; à Londres, il est formé par scrutin de liste, avec la faculté pour l'électeur de concentrer toutes ses voix sur un seul candidat. Le mandat y est triennal; six mois d'absence emportent la démission. Le Schoolrboard est une personne civile qui nomme des employés salariés, achète, bâtit, dote et entrelient les écoles. 11 peut emprunter avec amortissement pour un terme de moins de cinquante ans. Il a le droit de nommer un comité de direction. Aucun catéchisme particulier à une religion ne saurait être enseigné dans les écoles fondées par les Sdioolboards. L'exemption de payement pour Técole, accordée aux parents pauvres, doit être renouvelée au moins tous les six mois. Le School-board a le moyen de faire un grand pas dans la voie de l'instruction gratuite et obligatoire; il peut établir dans son district, si celui-ci compte beaucoup de pauvres, des écoles gratuites, et surtout il peut décréter, pour toute l'étendue de ce district, l'obligation d'assister à l'école pour tous lesenfants
IMEUVENTION LÉGISLATIVE.
de ciiKf à treize ans : une distance de (,800 mètres du
domicile à l'école est une excuse valable, qui dispense renfaot de cette assistance. Le Doard ûxe les heures de traTail dans les écoles soumises à sa tutelle. Lorsque rinspecteur les visite, tous les enfnnts Agés de plus de dix ans, qui, à i'exnmeu, ont passé un certain degré d'insti*uction, sont dispensés de Tobligation d'assister à l'école, en tout ou partie. Les règlements faits par les Sdiool-boards doivent être soumis à l'approbation du département de l'éducation ; celui-ci peut déclarer les Boards rebelles à la loi, lorsqu'ils ne s'y conforment pas, les casser et les remplacer par une commission provisoire qu'il nomme lui-même. 11 peut aussi, pour égaliser les charges, réunir plusieurs districts en un seul, et dissoudre ensuite ces unions, s'il le juge nécessaire. L'entretien des écoles qui sont à la cbarj^e du Schoolhoard, la subvention donnée à d'autres pour arriver au chiffre prescrit par le département, et le salaire des employés, forment le budget des dépenses du Board : ces dépenses sont supportées par un fonds spécial, appelé Sckool'fund, administré par le Board, dans chaque district. Ce fonds est alimenté par le payement des élèves, les subventions de l'Élat, qui passent en partie par les mains du fioar^/, et les emprunts dans la forme autorisée. Si ces ressources ne sufilsent pas, ie Board donne connaissance aux autorités locales de la somme nécessaire pour couvrir le restant des dépenses, et celle somme doit être prélevée sur la paroisse, au moyen d'une élévation des taxes locales. Les comptes de chaque School'fand. sont vérifiés par le comptable de TAssis-