‹ De la situation des ouvriers en Angleterre mémoire présenté à la CommissionChapitre 47 sur 79 · C, — LES GRÈVES · texte numérisé non relu

C, — LES GRÈVES

11 me reste à donner ici un tableau des principales grèves et des lock-oui, ou contre-grèves des patrons, qui ont troublé l'industrie anglaise. Quoique ces luttes soient intimement liées à l'hisloire des Unions, on verra qu'un très-grand nombre s'est produit tout à fait en dehors de l'influence de ces associations.

Avant 1824, les grèves sont moins bien organisées, moins nombreuses peut-être, mais plus violentes qu'elles ne l'ont été depuis. En 1810, grève des cotonniers du Lancashire. En 1812, les Luddites brisent les métiers dans le Nottingham. En 1815, grève des shipwrights de Liverpool. En 1818, grève des tisserands du centre. En 1819, un meeting au sujet de cette grève donne lieu, à Manchester, à une émeute réprimée d'une manière sanglante. En 1820, grève des tisseurs de laine; en 1822, des charpentiers, etc.

Industrie du bâtiment. Une grève importante éclate dans le Lancashire en 1833. Les patrons répondent par un lochroui; les ouvriers dépensent 450,000 fr., et, après six mois de chômage, sont obligés de céder.

Le 23 juillet 1859, les ouvriers du bâtiment, de Londres, se mettent en grève contre un patron pour obtenir la réduction de la journée de dix à huit heures. Les patrons s'associent et congédient 7,856 ouvriers. La lutte se termine sans résultat décisif; mais, en 1861<'les deux puissances, qui sont restées en présence, font un compromis : le travail sera payé à l'heure. Depuis lors, le prix de l'heure a déjà été trois fois élevé sans grève.

En 1861, une grève sérieuse éclate à Manchester, à propos d'une querelle insignifiante entre quelques ouvriers et un contre-maître.

Le 1*' juillet dernier, les maçons, les charpentiers et d'autres ouvriers de Londres se sont mis en grève dans quelques ateliers pour obtenir la réduction des heures de travail de dix à neuf, et l'élévation du prix de l'heure de 83 c. à 93 c, ce qui leur aurait assuré un salaire égal pour une journée plus courte. Les patrons ont répondu en fermant tous leurs ateliers, mais n'ont obtenu que peu d'appui dans la province. Les ouvriers ont eu le tort de réunir deux questions, qu'on avait séparées pour en rendre la solution plus facile : la durée de la journée et le prix de l'heure. Ils ont repoussé les conseils désintéressés de ceux qui les engageaient à demeurer inflexibles sur la première, qui, une fois tranchée en leur faveur, le serait sans retour, et à accepter un, arbitrage sur la seconde, qui demeure soumise aux fluctuations du commerce. Il s'en est suivi une crise fort longue et pénible pour eux. Les Unions des différentes professions étaient liguées entre elles; elles avaient de fréquentes réunions pour concerter leur

action et répartir les fonds provenant de souscriptions recueillies dans la province. Mais elles ne purent rester d'accord ; les maçons se fatiguèrent les premiers et traitèrent séparément avec le comité des patrons. Ils obtinrent : i^ une réduction de temps un peu moindre que celle qu'ils demandaient et correspondant à peu près à neuf heures en hiver et à neuf heures et demie en été; et 2^ une élévation de 3 c. dans le prix de l'heure. Cette transaction souleva l'indignation de leurs camarades , à tel point que bon nombre de maçons n'osèrent pas rentrer dans les ateliers frappés d'interdit par les dissidents. Cependant, la querelle finit par s'apaiser. Les deux comités des patrons et des ouvriers, qui, jusque-là, n'avaient pu même entrer en rapports entre eux, mirent de côté leurs défiances et leurs prétentions, et conclurent enfin un arrangement analogue à celui qdi avait été accepté par les maçons. Le récit de ces négociations, dans lesquelles tous les points en litige ont été successivement éliminés ou tranchés, pourrait faire tout un volume d'histoire diplomatique. Cette longue grève a été remarquable par l'absence de tout désordre et l'administration économique des fonds destinés à la soutenir : elle a été conduite coînme une véritable affaire. Mais elle est surtout importante par l'influence que l'opinion publique a exercée sur les deux pouvoirs en présence : ceux-ci, loin d'agir, comme autrefois, d'une façon presque occulte, ont tenu à mettre chaque jour le public dans la confidence de leurs affiaires ; ils l'ont pris pour arbitre dans leur litige , et la nécessité de plaider, pour ainsi dire , leur

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cause devant ce tribunal, dont ils ne pouvaient mépriser les jugements, les a astreints à une grande modération.

Industrie du fer. En 1862, alarmés parle développement des Unions, les maîtres de forges de Leeds et des environs ferment leurs ateliers pour obliger les ouvriers à cesser de faire partie de ces sociétés. Ils réussissent au bout de six mois, grâce à l'arrivée de travailleurs belges. Mais les Unions se reforment bientôt. Celles de Gateshead et de Brierley Hill comptent plus d'adhérents qu'auparavant. Le H janvier 1865, les maîtres de forges de toute l'Angleterre font sur les salaires des puddleurs une Wduction de 1 fr. 25 c. par tonne, et de 2 fr. 50 c. sur ceux des lamineurs et des marteleurs. D'après le système de Féchelle mobile, cette réduction aurait dû être faite quelques mois plus tôt : aussi est;^lle acceptée par les deux grandes Unions; mais les puddleurs du North-Stafford la repoussent. Pour empêcher les Unions de les soutenir, tous les maîtres de forges de l'Angleterre ferment à la fois leurs établissements. Au bout de quinze jours, toute la population ouvrière, qui avait perdu près de huit millions de salaires, souffrait cruellement, et l'industrie elle-même avait reçu un coup terrible. Aussi, sur une promesse donnée par les Unions , les patrons s'erlopressent-ils de rouvrir leurs forges le ^ avril. Les Unions étaient officiellement reconnues. Depuis lors, on cite des grèves partielles, comme celle qui se termine par l'exclusion de tous les unionistes des Mersey Iron Works, mais aucune lutte générale. En 1871, les ouvriers du

nord de TAngletene, après une lutte de quelques semaines contre l'association des patrons, présidée par sir W. Armstrong, ont obtenu Timportante réduction de la journée à neuf heures de travail. Dans le district de Middlesborough, où le système de l'échelle mobile a été introduit le 1*' avril 1872, le conseil d'arbitres chargé de l'appliquer a rencontré certaines difficultés. Les arbitres ayant annoncé une augmentation de 7 1/2 pour 100 dans les salaires, les ouvriers, sans cependant se mettre en grève, ont réclamé 15 pour 100. De leur côté , les puddleurs de lord Dudley, dans le

^ Staflford, ont demandé la réduction du nombre des chauffes de six à cinq par journée : il paraît impossible de leur accorder, sans un remaniement complet, ce changement qui laisserait les fours allumés en vain pendant deux heures. Le haut prix du fer pendant six mois a été l'occasion de nombreuses disputes locales ;

. de haut prix étant dû particulièrement à l'élévation correspondante de celui de la houille, les maîtres de forges soutenaient qu'il ne leur assurait aucun nouveau bénéfice, et que, pour faire droit aux prétentions ces ouvriers, appuyées pour la plupart sur les tarifs de Téchelle mobile, il faudrait imposer au public une nouvelle. élévation de prix. De nombreuses conférences ont eu lieu à ce sujet; on a plaidé avec passion de part et d'autre; on n*a pu se mettre d'accord que sur l'éventualité de cette nouvelle élévation, et cependant on s'est séparé sans déclaration de guerre. Patrons et ouvriers sentent que, dans un pareil moment, lorsque le public paye leurs produits à n'importe quel prix,

leur premier intérêt est de ne pas se quereller à fond, pour pouvoir soutenir ces prix avantageux. La réaction qui vient de se produire dans ces prix a mis un terme à ces dissentiments locaux. Les patrons qui, pour maintenir artificiellement les prix, avaient diminué leur production et éteint un certain nombre de fours, se sont vus obligés de les rallumer pour profiter de cours qu'ils ne retrouveront peut-être pas de longtemps, et se sont montrés fort coulants vis-à-vis de leurs ouvriers.

Industrie de la houille. En 1831, sans qu'aucune Union existât parmi eux, les ouvriers d'un grand nombre de houillères se coalisent, sous la direction d'un des leurs, Tony Hepburn , pour obtenir que la journée soit réduite à douze heures : ils sont 30,000 et finissent par l'emporter. Ce succès légitime leur donne trop de confiance, et ils échouent dans une nouvelle tentative de réduction des heures de travail.

En 1844, les ouvriers du Durham, ne voulant pas se fier aux câbles en fer, se mettent en grève : ils échouent.

En 1849, les ouvriers delà mine de Marley Hill, voulant obtenir un accroissement de salaires, inventent une nouvelle forme de grève. Pour ne pas laisser la place à d'autres ouvriers, ils continuent à travailler, mais en se limitant à une production insignifiante qui inflige une perte nette à la Compagnie. Celle-ci les congédie, et ils sont obligés de céder.

En 1853, une nouvelle grève au sujet des salaires échoue à Leeds. Dans cette même année, on en compte

douze dans le Durham; une grève en Ecosse dure treize mois.

Enfin, en 1858, les ouvriers du Yorkshire, qui ont eu querelle avec les patrons sur nombre de questions, en sont arrivés à ce point qu'ils les considèrent comme des ennemis irréconciliables et ne songent qu'à les ruiner. M. Briggs est l'objet principal de leur haine. La grève qui éclate chez lui s'étend à tout le district; les patrons prononcent un lock-out général. Mais une transaction vient suspendre la lutte. Elle recommence à propos du pesage des berlines : dix-huit mines sont fermées et dix mille ouvriers restent sans ouvrage. On transige encore, mais seulement pour reprendre haleine. En 1862, une grande agitation règne dans tous les districts houillers ; les griefs des ouvriers sont nombreux, les uns légitimes, les autres futiles. C'est encore chez M. Briggs que la lutte reprend, cette fois à propos du triage du charbon. Des étrangers sont appelés pour remplacer les grévistes. Ceux-ci, expulsés de leurs cottages, en viennent aux voies de fait, et, le 25 septembre 1863, une grave émeute ensanglante les mines de Whitwood. Le rôle joué par M. Briggs dans ces luttes donne une grande importance à celui que nous lui verrons prendre dès Tannée suivante.

La querelle continue en 1864 dans le Durham. Les patrons appellent de nouveaux ouvriers, qui sont chassés par les grévistes, et ceux-ci reprennent l'ouvrage aux anciennes conditions. En même temps, des grèves, auxquelles les Unions sont étrangères, éclatent dans le South Yorkshire, à Oaks et à Thorn-

cliffe : un lock-out les ayant suivies, l'Union intervient; un certain nombre de patrons la soutiennent efficacement, et elle obtient un accroissement de salaires. La même année, elle est obligée de céder dans une grève entreprise à Staveley.

En 1867, une nouvelle grève dans le South Yorkshire est marquée par certaines violences et échoue. Enfin, en 1868, tous les ouvriers de la houillère du Wigan C°, unionistes et non-unionistes, se mettent en grève pour résister à un abaissement de salaires. Loin d'encourager ces grèves, l'Union intervient pour les empêcher. Les ouvriers, sourds à ses remontrances, s'emparent de la mine et menacent de la détruire; pour les faire rentrer dans l'ordre, la troupe de ligne est obligée d'intervenir.

Dans ces derniers temps, l'élévation prodigieuse du prix de la houille a donné aux ouvriers le droit de se montrer exigeants, et ils ont usé et abusé de ce droit. Ils en ont usé dans les houillères où ils ont simplement demandé un accroissement de salaires proportionné aux bénéfices considérables faits par les patrons, ou dans celles où ils ont profité, comme chez lord Dudley, de cette occasion pour obtenir la réduction de leur journée à huit heures de travail effectif. Ils en ont abusé là où ils ont demandé un accroissement de salaires exagéré, ou voulu imposer aux patrons une réglementation inacceptable. Ainsi, dans le South Yorkshire, où ils avaient déjà obtenu une élévation considérable dans le prix de la main-d'œuvre, ils n'ont pas tenu compte de la situation véritable des patrons.

Ceux-ci, liés par des contrats antérieurs, sont obligés de fournir à leurs clients, à un prix relativement modéré, le charbon que ces derniers revendent ensuite aux prix actuels. Ils ne réalisent donc pas les bénéfices que \fi\ir assurerait sans cela le cours du marché de la houille. Néanmoins, dans plusieurs mines, les ouvriers ont voulu empêcher les patrons de compenser, par l'introduction de nouveaux ouvriers, la diminution de production causée par la réduction de la journée à huit heures de travail. Ils ont prétendu restreindre le nombre de personnes employées dans chaque puits et restreindre aussi la quantité extraite par chaque mineur. Les patrons, qui souvent ne perdaient pas à cette restriction, puisqu'ils avaient encore des contrats onéreux sur les bras, se sont empressés de la présenter comme la seule et la véritable cause de la hausse des prix et d'en rejeter ainsi toute la responsabilité sur leurs imprudents ouvriers. Cependant ces querelles ont, en général, été courtes et restreintes, comme dans rindustrie du fer, et pour les mêmes motifs. Patrons et ouvriers avaient trop à gagner pour ne pas sentir la nécessité de s'entendre promptement en toute occasion.

L'Association unie des mineurs a tenu au mois d'octobre dernier, à Walsall, une conférence où se sont réunis des délégués de toutes les Unions locales qui la composent. Des rapports faits par ceux-ci, il résulte qu'aucune grève sérieuse n'existait à cette époque, mais que, dans certaines mines, les ouvriers se préparaient à demander un accroissement de salaires, tan-

dis qu'ailleurs ils avaient déjà obtenu des avantages très-considérables. En général, ils s'efforçaient défaire limiter la journée à huit heures de travail; mais ce règlement n'affecte la production totale de la mine que par suite de la grande rareté des mineurs et parce que les usages aussi bien que l'opposition des ouvriers ne permettent pas de recourir au système des relais, qui n'est adopté que dans deux ou trois mines. Cette rareté même de la main-d'œuvre expérimentée prouve, d'une part, que le travail n'est pas ralenti, puisqu'il n'y a de chômeurs dans aucun district, et, d'autre part, que les relais, fort utiles lorsque les ouvriers sont abondants, seraient impossibles à appliquer dans les circonstances actuelles. Les représentants des Unions n'ont fait aucune allusion au système de la restriction adopté cet été par quelques-unes de ces associations, qui croyaient ainsi pouvoir faire la loi à la fois aux patrons et au public, et prétendaient faire monter encore du même coup les cours du marché et le taux de leurs salaires. Il n'en est pas moins certain que cette funeste politique a été appliquée dans plusieurs localités. La première crise fera sentir à ceux qui l'ont adoptée combien elle est fausse et dangereuse pour ses auteurs.

Il est impossible de ne pas parler à ce propos de la part attribuée aux Unions dans le renchérissement extraordinaire du prix du charbon en 1872. Pour expliquer un changement aussi brusque, on a dit que les grèves avaient été si nombreuses en Angleterre, que la production totale en avait été singulièrement

diminuée : ce serait cette diminution qui aurait amené le renchérissement. On pourra juger cette thèse lorsque les statistiques de Tannée auront été publiées; mais je crois qu'elles en démontreront la fausseté. On ne doit pas attribuer le prix du charbon à une diminution de production due à des grèves nombreuses, d'abord parce qu'il paraît que la production n'a pas diminué, et ensuite parce que les grèves ont été bien moins nombreuses que dans d'autres années. Mais toutefois les Unions n'en sont pas moins, dans une certaine mesure, responsables du renchérissement, quoique ce soit d'une autre manière. En effet, si, comme on l'affirme, la production de l'Angleterre n'a pas diminué cette année, le prix de la main-d'œuvre a singulièrement augmenté; la réduction des heures de travail, le plus souvent compensée par l'introduction de nouveaux ouvriers, a élevé le prix d'extraction ; les intermédiaires, middlemen ou marchandeurs pour l'exploitation des mines, débitants en détail pour la vente du charbon, ont abusé de la situation pour élever encore le prix de revient et celui du marché; enfin, la perspective d'une nouvelle augmentation des salaires a poussé bien des gens à prévenir la hausse par des achats immédiats et considérables. A tout cela s'est joint l'accroissement constant de la consommation , et ces causes ont suffi pour déterminer, au moment où l'on s'approvisionnait pour l'hiver, une de ces crises que les Anglais appellent à si juste titre des paniques.

Construction des navires en fer. Dès 1825, les shipwrights de la Tamise, quoique ne formant

pas une Union, se coalisent pour obtenir que les contrats soient calculés sur une journée de 7 fr. 50 c, et ils réussissent en 1851. Les menuisiers de navires, au milieu de cruelles privations, entreprennent une longue grève pour obtenir, malgré la crise industrielle, de plus hauts salaires : ils sont vaincus. En 1839, l'Union des shipwrîghts de la Clyde se met en grève pour obtenir l'exclusion des non-unionistes : elle ne peut faire prévaloir cette injuste prétention. En 1866, elle recommence la grève en demandant une augmentation de salaires; les patrons prononcent un lock-out : dix -huit mille ouvriers demeurent sans ouvrage, et, après de grandes souffrances, sont obligés de céder. Les forgerons de navires se mettent en grève en 1862, à l'arsenal de Chatham, pour ne pas travailler avec les shipwrights : ils échouent. Ceux de Greenock sont entraînés malgré eux dans la grève des chantiers de la Clyde en 1866; néanmoins, ils sont frappés par le lockoui dirigé contre les shipwrights.

Fabrication des machines. Les mécaniciens de Manchester sont en grève en 1837; mais la seule grande lutte qu'ils aient eu à soutenir éclate en 1851, lorsque la récente formation de l'Association unie leur donne une confiance exagérée dans leurs forces. Les machines automates viennent dispenser les fabricants de l'emploi des artisans et rendre l'apprentissage inutile. Les ouvriers, s'étant toujours opposés au travail à la tâche, ne profitent pas de ces inventions, qui ont pour effet immédiat de réduire leur nombre et le taux de leurs salaires. Ils s'en alarment et réclament

de MM. Platt d'Oldham rexclusion des journaliers, dont ils craignent désormais la concurrence. De plus, par un étrange préjugé, ils insistent pour maintenir le salaire à la journée, en exigeant des compensations pour les pertes que leur fait subir le travail des machines. Les fabricants de Manchester et des environs ferment aussitôt leurs ateliers à tous les membres de r Union : trois mille mécaniciens sont ainsi frappés, entraînant dans leur ruine neuf mille journaliers. Ils cèdent, après avoir dépensé près d'un million.

On ne peut, après cette grève, citer que des luttes partielles : une en 1866, commencée en dehors de l'Union, et dans laquelle celle-ci intervient avec succès ; une en 1867, dans les Atlas Works de Manchester, à propos du travail des enfants, dans laquelle les patrons publient une liste noire et où les ouvriers remportent; enfin, quelques autres moins importantes.

Je rappellerai en passant la grève des Conducteurs de locomotives sur le chemin de fer d'Epsom, le jour du Derby de 1865, ces ouvriers ne voulait pas que la Compagnie distribuât parmi eux des primes inégales.

Les Tailleurs sont en grève en 1834 pour obtenir que la journée de douze heures, payée 7 fr. 50 c, soit réduite à dix heures et payée 8 fr. 75 c. : ils échouent. En 1866, ils commencent une nouvelle grève chez quelques patrons, pour que le taux du salaire à la tâche soit élevé : après d'inutiles conférences, les patrons prononcent un lock-out, mais accordent bientôt 15 pour 100 d'augmentation. En 1867, nouvelles pré-

tentions, nouvelle grève, nouvelles conférences, nouveau lock'Out de dix-huit maisons. Trois mille ouvriers sans ouvrage posent des sentinelles pour empêcher les patrons d'embaucher de nouveaux ouvriers. Ce procédé, dit de pickeiing, est considéré comme illégal, et le président de l'Union est condamné pour ce fait. Il cherche en vain à faire condamner à leur tour les patrons pour intimidation; et, se considérant comme désarmés, les ouvriers cèdent. .

Les Verriers ne nous offrent qu'une grève, celle de 1868, qui, après un lock-out de trois mois, consacra la limite du nombre des apprentis.

On ne peut citer aucune grève importante parmi les Typographes.

Les Fileurs de coton ont eu à soutenir des grèves fort nombreuses, pour obtenir les garanties sanitaires et la réduction dans la journée de travail que j'ai indiquées plus haut. C'est en protestant par des grèves contre le travail de nuit, contre l'abus du travail des enfants, contre la mauvaise ventilation des manufactures, contre les amendes et les cantines, qu'ils ont obtenu l'intervention du Parlement en leur faveur. En 1829, une grève à Manchester coûte, a-t-on prétendu, 6 millions aux ouvriers: en 1829 et 1830, une grève, qui paraît avoir été non moins dispendieuse, met, à Preston, trente mille ouvriers sur le pavé. Nouvelles grèves dans cette dernière ville en 1836 et 1853, celleci accompagnée d'un lock-out. En 1867, les ouvriers de Stockport se mettent en grève pour obtenir de plus hauts salaires. Mais la terrible crise du coton

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sépare cette grève des précédentes, et les ouvriers n'ont oublié ni leurs souffrances pendant ces tristes mois de chômage, ni tout ce que les patrons ont fait pour les soulager. Aussi la grève, conduite avec mesure, réussit-elle sans beaucoup de peine, les demandes des ouvriers étant justes et modérées.

Dans le cours de 1872, des grèves ont éclaté dans des professions où Ton n'en avait pas encore vu. Les Ouvriers des docks de Londres se sont mis en grève pour obtenir 62 c. au lieu de il c. par heure ; une certaine augmentation leur a été accordée.

Les Boulangers de Dublin ont fait une grève qui a échoué, après avoir causé une grande gène dans la capitale de Tlrlande. Ceux de Londres, voulant à leur tour obtenir une augmentation de salaire et, plus, encore, u.ne modification dans les heures de travail, se sont fortement organisés, ont entamé des négociations avec les patrons, et, les menaçant de la grève, sans y recourir, ont obtenu de plusieurs d'entre eux des concessions, qui seront probablement accordées par tous.

L'un des principaux griefs adressés aux Unions est d'avoir amené une élévation excessive , et par conséquent funeste à l'industrie, du taux des salaires. Cette élévation, compensée souvent par une augmentation du prix de la vie, a ses avantages, comme ses inconvénients. Ses avantages, lorsqu'elle est amenée par des circonstances naturelles, sont, comme on Ta vu plus haut, d'assurer un travail meilleur et plus considérable. Les inconvénients sont, lorsqu'elle dépasse la juste mesure, d'amener un déplacement de l'industrie

au proût des contrées où la main-d'œuvre est à meilleur marché. La première pensée de rinternationale, lorsqu'elle n'était pas encore une société politique, ou plutôt une association de conspirateurs, avait été de parer à cet inconvénient en produisant une élévation égale de salaires dans tous les pays. Il est facile de prouver combien un pareil but était chimérique. Mais, si même il avait pu être atteint dans toutes les contrées européennes, il aurait eu un résultat auquel ceux qui tendaient à ce but n'avaient certainement pas songé. Il aurait ouvert une ère nouvelle pour ces innombrables populations de l'Orient, qui sont étrangères à notre civilisation, comme aux utopies qu'elle développe, et qui cependant entrent en communications de plus en plus fréquentes avec nous et commencent à peser dans la balance de nos affaires. Aussi, en Angleterre, se préoccupe -t- on déjà de la concurrence, stimulée par le renchérissement universel de la main-d'œuvre , des races industrieuses, sobres et économes, qui peuplent le Japon, qui, de la Chine, débordent sur les colonies australiennes et sur la côte américaine du Pacifique. Les Chinois, sous la direction de quelques contre-maîtres anglais , et avec l'appui des capitaux anglais, se sont déjà mis à construire de grands navires à vapeur. Si le capital ne trouve plus moyen d'employer la maind'œuvre à un prix rémunérateur en Europe, il émigré naturellement dans les contrées où elle s'offre à lui à bon marché; rien ne l'empêchera de s'y établir, nonseulement pour la construction des navires, mais pour l'industrie de la soie, du coton, et l'exploitation de toutes

les richesses naturelles que possède rextrême Orient. Mais on peut mettre en doute l'influence des Unions sur le taux des salaires ; en réalité, cette influence est presque imperceptible. Sans entrer dans une discussion approfondie, on peut le prouver par deux exemples. D'une part, il est évident que le haut prix des salaires en Amérique contribue puissamment à maintenir leur taux actuel en Angleterre. Or les Unions n'ont en rien contribué à l'établir en Amérique : il est antérieur à leur formation, et il existe surtout dans l'industrie agricole des États de l'Ouest, où ne se trouve aucune Union. D'autre part, les salaires du continent se sont élevés, sans l'intervention des Unions, et par le seul fait des lois économiques, dans une proportion bien plus forte qu'en Angleterre. Ainsi, tandis qu'ils s'élevaient de 38 pour 100 au Creuset, ils n'augmentaient pour ainsi dire pas dans l'industrie analogue en Angleterre, malgré les eiforts d'une Union qui disposait d'une réserve de plus de k millions de francs.

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