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société seraient vraiment capables de l’administrer.
I1 semble, à première vue, que la question ainsi posée, soit quelque peu paradoxale, car on ‘’n’aime point, en général, confier le soin de gérer ses affaires à un individu qu’on sait pertinemment insuffisant ou incompétent, et il est à présumer que les actionnaires d’une société, qui ont prêté leur argent dans le très louable espoir de le voir fructifier, répugneraient à remettre l’administration de la société à des gens qu’ils ne croiraient pas susceptibles de s’en acquitter parfaitement.
Et cependant, si étrange que cela paraisse, ce n’est point ainsi qu’il en advient dans la réalité. Très souvent, les actionnaires sont trompés sur la qualité des administrateurs qu’ils choisissent: les uns sont séduits par un titre, un nom, d’autres écoutent les organes de publicité ou la rumeur publique ; beaucoup marchent à l’aveugle, sans prendre aucun renseignement; très peu connaissent la valeur intellectuelle, morale et professionnelle de ceux auxquels ils confient leurs économies.
Comment se recrutent donc les administrateurs? Pour répondre à cette question, il nous suffira d’expliquer comment on lance une affaire.
Ta grosse question à résoudre, pour l'inventeur d’un procédé ou d’un produit nouveau, pour l’homme qui veut organiser une vaste exploitation commerciale ou industrielle et qui a besoin de faire appel
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à l’épargne publique, est de trouver le moyen de se procurer l’argent nécessaire pour mener son entreprise à bonne fin.
Les banquiers sont gens tout indiqués pour prêter leur concours en la circonstance. Mais ce concours a pris, avec l’extension formidable du nombre et de l’importance des sociétés en général et des sociétés anonymes en particulier, un caractère tout spécial. Le banquier n’est plus seulement l’auxiliaire purement pécuniaire du commerçant ou de l’industriel : il devient le véritable organisateur administratif et financier de la société, souvent son administrateur ou son directeur. Aussi n’est-il pas rare de rencontrer, sur la liste des directeurs et administrateurs de sociétés, les noms de financiers bien plus connus en Bourse que dans le monde du commerce. M. Rochette était directeur en nom ou en fait du Crédit Minier — de la Banque Franco-Espagnole — de la Société du Manchon Hella, de la Société du Buisson Hella, etc.
Le rôle du banquier n’est donc pas, en l’espèce, celui de simple baïlleur de fonds. Ce banquier serait impuissant, d’ailleurs, à l’aide de ses seules ressources et du crédit dont il dispose personnellement, à alimenter toutes les entreprises pour lesquelles son concours est sollicité. Il faut que l’affaire offre, par elle-même, une certaine garantie, une apparence de sérieux, pour que celui qui la lance arrive à recueil-
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lir les fonds dont il a besoin. C’est là que nous allons voir banquiers et hommes d’affaires faire preuve d’une ingéniosité remarquable, user de procédés dont la délicatesse et la loyauté ne se doivent pas toujours mesurer à l'importance du résultat obtenu. Nous laisserons de côté les merveilleux stratagèmes mis en œuvre pour tromper le public sur la valeur réelle des apports en nature, des brevets, des inventions, sur la richesse des mines et carrières, toujours moins riches certainement que limagination de ceux qui prétendent les exploiter. Nous étudierons la question au point de vue qui se rattache plus spécialement au sujet qui nous occupe.
I] faut, à tout prix, présenter au public une affaire qui paraisse digne de mériter sa confiance. Pour ce faire, évidemment, il convient de placer à la tête de la société qu’on veut organiser, des hommes qui, par leur nom, leurs titres ou leurs diplômes, sont susceptibles de produire sur l’esprit des capitalistes une impression favorable; il faut, en un mot, composer le conseil d'administration de gens capables, mieux que d’autres, à tort ou à raison, de faire affluer par leur présence dans le conseil, par l’étalage de leur nom, Sur le prospectus, l’argent du public dans les caisses de la société. Il ne s’agit point de s’assurer le concours de gens compétents pour gérer les affaires de la société, de gens qui, par leur science, leur expérience, la spécialisation de leurs études, assureraient
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d’une façon parfaite la marche et le développement de la société. — Non, de ceux-là, on n’en veut point, pour l'instant du moins. Plus tard, peut-être, on acceptera leurs services, mais on leur donne un rôle subalterne, peu en harmonie avec leurs facultés. Il faut, au moment de la constitution de la société, que les candidats administrateurs réunissent deux conditions : qu’ils possèdent quelque urgent pour acheter des actions — qu’ils aient un nom ou un titre pouvant avantageusement servir de réclame pour le placement du papier. De capacité, il n’en est point question ou si peu qu’il n’en faut pas parler.
De l’argent, certes, il en faut à l’administrateur. On lui en demande, sous le prétexte bien naturel en apparence, que l'intégrité de sa gestion doit être garantie par des espèces sonnantes. Nous verrons, plus loin, ce que vaut cette garantie. En tous cas, on lui fait acheter des actions qu’on immobilise prudemment, par l’apposition d’un cachet spécial. Et le but est atteint: voilà un souscripteur et un souscripteur sérieux, qui va servir d’amorce pour les souscripteurs à venir. Car, très souvent, l’administrateur n’est pas autre chose qu’une amorce. Le public souscrit parce qu’il voit en tête de la liste un nom connu de lui, et cependant cet administrateur ne sait rien ou presque rien de l’affaire qu’il est appelé à diriger, et il n’est pas rare de le voir jouer lui-même un rôle de dupe: c’est souvent la première
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victime du banquier, le premier des actionnaires évincés.…. de
Et il n'apparaît pas cependant que les mésaventures arrivées à quelques-uns d’entre eux aient porté tous les fruits qu’on en pouvait attendre. Il existe et il existera longtemps encore toute une catégorie de gens sur lesquels les situations d'administrateur de société exercent une sorte de fascination et qui ne connaissent point d’obstacle insurmontable pour y parvenir. Le travail de recrutement des organisateurs de sociétés se trouve singulièrement facilité; les candidats affluent; il reste à faire un choix judicieux.
L'argent, l'intrigue, les protections sont autant de facteurs qui vont jouer dans ce choix définitif un rôle d’une importance considérable. Gros et petits rentiers, fonctionnaires et officiers en retraite, luttent à qui mieux mieux pour obtenir la place désirée. Et il est à remarquer que ce sont ces gens-là, pour la plupart dépourvus, soit par nature, soit par la force des choses, de toute espèce d'initiative, habitués par leur genre de vie à recevoir de leurs supérieurs la direction dans leur travail, qui se mettent ainsi sur le tard à vouloir diriger des affaires considérables, et alors surtout que l'approche de la sénilité a fait disparaître chez eux cette activité, cette énergie, cette acuité d'esprit qui ne fut jamais l’apanage des vieillards.
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Il nous a été donné, à ce propos, de recueillir les impressions d’un syndic de faillite, près le Tribunal de commerce de la Seine, bien placé pour étudier de près, toutes les péripéties de la déconfiture, de nombreuses sociétés anonymes. Le nombre de ces sociétés, nous disait-il, qui croulent par suite de l’incapacité de leurs administrateurs, est vraiment surprenant, et il est extrêmement rare que nous trouvions, en face de nous, au moment de la liquidation, des hommes à la hauteur de la tâche qui leur était confiée. Ce sont, pour la plupart, des gens qui ne connaissent presque rien de l’affaire qu’ils devaient administrer et qui ont assumé avec une incroyable insouciance, une responsabilité dont ils ne commencent à sentir tout le poids que lorsqu'on leur présente la note à payer.
Il ne faudrait point, cependant, nous hâter d’affirmer que toutes les sociétés anonymes ont à leur tête un conseil d'administration réduit à l’impuissance par l’incapacité des individus qui le composent. Ce serait exagérer par une généralisation hâtive l’importance d’une tare qui, heureusement, n’est pas universelle.
Il existe des sociétés, nous dirons même toute une catégorie de sociétés administrées par un conseil qui est, en général, à la hauteur de la tâche qui lui incombe: nous voulons parler des banques et des grands établissements financiers.