LÉO
perait de son commerce une fois par semaine, pendant une heure ou deux seulement, et qui, pour le reste du temps, s’en remettrait à ses employés du soin d’exécuter les ordres qu’il aurait donnés? On serait inquiet à juste titre, pour son avenir Commercial. Et cependant cette situation serait identique à celle d’une société anonyme dans laquelle le conseil d'administration aurait la gestion des affairès commerciales.
Nous disons «identique » ; nous devrions dire que cette situation serait pire. Car la comparaison que nous avons faite n’est pas rigoureusement exacte: il faut se garder de conclure, en cette matière, de l’individu à la société. — Ce qui est vrai de l’un peut être vrai de l’autre, mais dans une moindre mesure. — D'une façon générale, l'individu est meilleur administrateur que la société, de même que la société passe pour mieux administrer que l’Etat. Loin de nous cependant la pensée de vouloir faire ici le procès de l'Etat administrateur.
Mais nul ne saurait contester qu’il manque à la société ce puissant stimulant, ce désir, cette soif d'arriver, de percer, de gagner de l’or, cet amour propre, qui se traduit chez beaucoup d'individus par un labeur acharné, continu, de tous les instants, source assurément la plus féconde de la fortune et de la réussite.
Nous retrouverons peut-être ces sentiments chez
nos administrateurs, mais à l’état bien platonique, et combien faibles, parce que divisés entre tous pour l’œuvre commune.
Et cette œuvre sera-t-elle bien à eux? Dira-t-on, en cas de réussite, c’est là le résultat du travail, de l'intelligence de M. X et de M. Y, administrateurs? Non, l’œuvre est anonyme comme la société.
C’est là, évidemment, un stimulant qui fera toujours défaut à l’œuvre collective; toutes proportions gardées, la société est moins puissante que l’individu ; il y a déperdition de forces par suite de l’absorption de la personnalité de l’individu dans la personnalité de la société. Il se dégage, c’est vrai, de cette fusion, une personnalité nouvelle, celle de la société, mais relativement moins forte, moins bien organisée.
Nous essaierons de démontrer, dans la suite, comment, dans la pratique, on a obvié, dans une certaine mesure, à cet inconvénient: c’est là précisément qu’apparaîtra toute l'importance du rôle du directeur dans la société anonyme.
Mais, à supposer même que le conseil d’administration d’une société, fût organisé de telle façon qu’il lui fût possible de pourvoir effectivement à la gestion des affaires sociales, sans avoir besoin de déléguer ses pouvoirs à un directeur ou à un mandataire pris dans son sein, il est intéressant de rechercher si ceux qu’on appelle les administrateurs de la