QUATRIEME PARTIE. RELIGION
aujourd'hui en litige. Quelque décourageant que soit en Amérique, au premier coup d'œil, l'aspect des opinions religieuses, un peu d'attention convaincra l'observateur que tout ira bien ; que la plus démocratique des nations est religieuse dans le cœur , et que ses superstitions et ses atteintes à l'esprit du christianisme sont dues à des influences passagères.
Afin de constater ce qui est véritablement, dans le pays, l'esprit de religion, ce n'est pas d'après les journaux que nous devons juger. Les journaux religieux sont presque exclusivement entre les mains du clergé, qui n'est , dans aucun pays , le représentant vrai de la religion du peuple. D'après ce que j'en ai vu, ces journaux sont , presque sans exception , extrêmement mauvais. Il en est peu qui -aient quelque mérite littéraire et scientifique ; plusieurs propagent avec zèle certaines méthodes de charité , et nul doute qu'ils n'établissent une vaste et bienfaisante coopération de secours mutuels qui , sans eux , s'organiseraient beaucoup plus difficilement. Mais l'arrogance et le manque de charité , l'hypocrisie , l'esprit d'exclusion et une absence totale de sympathie avec les hommes rendent, en général, cette espèce de publication aussi déplaisante que les organes correspondants des corps religieux dans l'ancien monde. Elles sont trop peu humaines dans leur caractère, depuis le livre de la société des écoles du dimanche jusqu'aux plus importantes revues religieuses, pour pouvoir être l'expression vraie de l'état spirituel de plusieurs millions d'individus. Pour trouver les seules manifestations véritables, il faut considérer
les actes des laïques et surtout de ceux quiVsont le moins sous Tinfluence du clergé.
Si la religion procède de la morale , la religion doit être reprehensible là où la morale est fautive. Le plus grand défaut dans la morale américaine est une excessive déférence pour l'opinion. Voilà où il faut chercher la raison du manque de libéralité dont les incrédules et les croyants , nos orthodoxes, ont tant à se plaindre. Mais l'esprit de religion commence déjà à se faire jour à travers la restriction des sectes. Plus d'une voix puissante s'élève dans les églises et hors des églises, et même du haut de la chaire contre l'adoptioa et la pratique machinale de la religion, en faveur de l'individualité de la pensée , et conséquemment de la spontanéité de la parole et de l'action. Beaucoup de chrétiens non douteux dénoncent avec une égale énergie et l'hypocrisie et ceux que l'hypocrisie a éloignés du christianisme. La répugnance pour les associations dans un but religieux fait de rapides progrès, et les peuples commencent à s'apercevoir qu'il ne saurait y avoir que peu de foi au fond de ce besoin d'approbation qui empêche des hommes et des femmes de remplir franchement leurs devoirs envers Dieu et leur prochain, si leur conduite n'est sanctionnée par la foule. Quelques membres du clergé ont renoncé, pour l'admission à leurs églises , aux formes regardées autrefois comme indispensal^les. Une réaction visible se manifeste dans une grande partie de la société en faveur de tout homme qui s'isole sur un point quelconque d'intérêts religieux, et quoique cet homme ait