DISCOURS DE M. ADAMS SLR LE TEXAS
11 est une h^i^olhèse plus redoutable, qui est cerlainement dans les limites du possible, et plût à Dieu qu'elle ne fût pas dans celles du probable ! Vous avez été, si vous n'êtes pas maintenant, sur le point d'avoir la guerre avec le Mexique; et, je le dis avec douleur, celle guerre, si j'en crois le bruit public , a éié provoquée de noire part, depuis le commencement de l'administration actuelle jusqu'à l'autorisation récente donnée au général Gaines d'envabir le terriloire mexicain. On dit que Tun des premiers actes de cette administration, à l'époque où il existait, au Mexique, beaucoup de mauvaise liumeur contre les États Unis, a été de proposer à cet État de céder aux États-Unis une portion de son terriloire assez considérable pour constituer ueuf États d'une étendue égale au territoire de Kentucky. Il faut avouer qu'il était impossible de trouver un meilleur moyen de laire naître la jalousie, le soupçon, rbostililé ctlabaine; ou ajoute que celte
ouverture, offensante par elle-même, a été faite précisément à l'époque où un essaim de colons venus des États-Unis couvrait la frontière mexicaine d'agiotage et d'esclaves introduits en violation des lois du Mexique qui ont aboli l'esclavage dans toute l'étendue de la république. La guerre qui se fait maintenant au Texas est une guerre civile mexicaine , une guerre ayant pour but de rétablir l'esclavage aux lieux où il a été aboli; ce n'est pas une guerre civile , mais bien une guerre entre l'esclavage et l'émancipation , et Ton s'est efforcé de nous y faire prendre part en appuyant la cause de l'esclavage.
Certes, c'est pour nous une circonstance heureuse que ce monstre de Santa-Ana ait été vaincu et fait prisonnier, et , toutefois, je ne partage pas la joie enthousiaste avec laquelle on nous a dit que quiconque avait du sang anglo-saxon dans les veines devrait se réjouir en apprenant que ce scélérat, devenu prisonnier de guerre , a été fusillé de sang-froid par le chef anglosaxon de l'armée texienne victorieuse. Parmi les mera bres de cette chambre, qui ne sont point d'origine anglo-saxonne , nul , sans doute, ne s'offensera qu' Anglo-Saxon moi-même, j'estime ce sang-là le meilleur qui ait jamais coulé dans des veines humaines. Certes, elle est loin de moi la pensée de ravaler la gloire de la race anglo-saxonne, bien qu'il y ait eu un temps où elle ait courbé la tête sous le joug et se soit soumise à l'ascendant de la race normande; mais une preuve manifeste de l'esprit qui nous pousse à cette guerre d'agression , de conquête cl d'asservissement, c'est qu'on
rallume tous les anciens brandons de haine nationale et héréditaire pour nous familiariser avec Tabominable idée de prisonniers massacrés de sang-froid. N'y at-il donc pas encore assez de haine entre les races qui composent votre population méridionale et la population du Mexique, sans qu'il soit nécessaire, pour stimuler l'hostilité des rares, de remonter à huit cents ans et de recourir aux annales d'un autre hémisphère? Quels sont les sentiments qui animent les parlies constitutives de notre population méridionale , les populations anglo-saxonne , normande, française et mauresque -espagnole de la Louisiane , du Mississipi , de l'Arkansas et du Missouri? Quels sentiments existent entre elles et l'Indien sauvage, possesseur originaire du sol, et que déjà vous refoulez jusqu'au pied des montagnes Rocheuses? Quels sentiments existent entre elles toutes et le nègre Américain de naissance. Africain d'origine, qu'ils retiennent dans un cruel esclavage? Sont-ce là des éléments d'harmonie, de concorde et de patriotisme entre les parties constitutives d'une nation qui va faireu ne guerre de conquête? Et quels sont les sentiments qui animent ce mélange bigarré de votre population méridionale contre le mélange, tout aussi hétérogène, de la population mexicaine? Toi, peuple anglo-saxon, propriétaire d'esclaves, exterminateur d'Indiens, ne hais-tu pas, du fond de ton âme, l'Indien hispano-mexicain, émancipa teur des esclaves et abolisseur de l'esclavage ! Et crois-lu que ta haine ne soit pas cordialement payée de retour? Va à Mexico, ou interroge ceux de tes compatriotes qui y ont été dans les trois ou quatre dernières
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années; ils te diront que c'est à peine si, en leur qualité d'Anglo-Aniéricains, ils osent se montrer en public ; sois sûr que , si tu détestes franchement le Mexicain, la haine quil t'a vouée n'est pas moins vive et moins profonde.
Et voilà la nation contre laquelle, à l'instigation de votre gouvernement exécutif, vous allez faire la guerre, une guerre de conquête que vos agressions ont provoquée, ayant pour but de rétablir l'esclavage en des lieux où il est aboli , car c'est avec le Mexique que vous aurez la guerre, avec une république composée de vingt-quatre États et dont la population s'élève à huit ou neuf millions d'àmes. Il semblerait que cette victoire, remportée sur douze cents hommes, que la capture de leur chef, le président de la république mexicaine, ont déjà assuré la conquête de la république tout entière. Qu'elles aient consommé l'indépendance du Texas, la chose n'est pas impossible. Mais le Texas est à la république mexicaine moins encore que l'État du Michigan n'est à la vôtre, cet État du Michigan dont la population vous somme vainement d'accomplir la promesse solennelle que vous lui avez faite de l'admettre, comme État, dans l'union américaine; l'État du Michigan, qui aurait des motifs plus puissants à alléguer contre vous pour déclarer son indépendance, s'il était disposé à le faire, que la j^opulalion du Texas n'en a jamais eu pour rompre son union avec la république du Mexique. Le Texas est une portion de l'extrême frontière do la république du Mexique : jusqu'à la révolution qui sépara le Mexique de l'Es-
pagne, ce n'était encore qu'un désert habité seulement ppr des Indiens; lors de l'organisation de la confédération mexicaine, il n'était pas assez peuplé pour former un État à part, il fut en conséquence annexé au Coahuila, où réside la plus grande partie de la population indigène. L'histoire de toutes les colonies hispano-américaines émancipées a été, depuis leur séparation de l'Espagne , une longue suite de guerres civiles , de révolutions résolues dans une seule bataille, souvent fort insignifiante, de chefs n'ayant d'autres litres au pouvoir que le meurtre de leurs prédécesseurs immédiats. Ils ont tous partagé le caractère de la première conquête du Mexique par Cortez, et du Pérou par Pizarre, et c'est là ce qui me fait frémir, à la pensée de lier, d'unfe manière indissoluble, notre destinée à la leur. Il est possible qu'une révolution nouvelle du Mexique suive la captivité ou la mort de son président ; le bruit même a couru qu'une révolution de ce genre avait éclaté, même avant sa défaite ; mais je ne vois pas comment la dépendance du Texas ou la capture et l'exécution militaire de Santa -Ana vous sauveront d'une guerre avec le Mexique. Santa-Ana n'était que l'un des individus de cette race dont l'Amérique espagnole a été, depuis vingt-cinq ans, la mère féconde, de ces soldats de fortune qui se sont élevés, par le glaive ou la balle , au suprême pouvoir, et que la balle ou le glaive en a fait descendre. Cette race n'est pas éteinte ; les dernières nouvelles, venues du Pérou, nous annoncent qu'un général vient d'y linir comme ont fini, au Mexique, Yturbide, Mina,
Guerrero et Santa-Ana. Le sol qui les a produits peut encore en faire naître d'autres : ils se reproduisent d'eux-mêmes; il n'y a de changé que le nom et l'homme. Ce sera une guerre de races que votre guerre; une guerre de l'Américain-Anglo-Saxon contre rAméricain-r\Jexicain-Mauresque-Espagnol,une guerre entre le nord el le sud de l'Amérique septentrionale, de Passamaquoddv jusqu'à Panama. Ètes-vous préparés à une pareille lulle?
Je vous demanderai de nouveau quelle cause vous défendrez dans celte guerre? Sera-ce l'oppression , la conquête et le rétablissement de l'esclavage aux lieux où il est aboli? Dans celle guerre, le Mexique , combattra sous les bannières de la liberté , et vos bannières àvous, jerougisde le dire, serontcelles de l'esclavage.
Si je considère nos Élats-Unis et les Elals-lnis mexicains uniquement comme deux masses de puissance entrant en collision l'une contre l'autre, je ne doute pas que l'événement ne soit plus fatal au Mexique qu'à nous ; la conquête de tout le Mexique ne serait même pas un résultat improbable du conflit, surtout si la guerre ne devait s'étendre qu'aux deux puissances combattanles. Mais se renfermera-l-elle dans cette limite. Le Mexique est évidemment la plus faible des deux puissances, mais non la moins préparée à agir. Le Mexique a de la guerre une expérience plus récente; il compte un plus grand nombre de vieux soldats, et, quoique son chef le plus important ait éprouvé une fat;. le et ignominieuse défaite, toutefois cela est arrivé, avant lui , à des généraux trop confiants dans le succès.
trop dédaigneux de leur ennemi. Aujourd'hui même , le Mexique est plus préparé à porter la guerre chez vous que vous ne Têtes à la porter chez lui. Santa-Ana pourra trouver un successeur enflammé du désir de venger, non-seulement son désastre, mais encore ce que sa nation et lui considéreront comme votre hostilité perfide : il pourra être appuyé par l'esprit national ; il pourra non-seulement changer en défaite la victoire des Texiens, mais encore les obliger à chercher un refuge chez vous et les poursuivre au centre de votre propre territoire. Ètes-vous en mesure de leur résister ? Les succès obtenus dans votre dernière campagne , contre une misérable bande de cinq ou six cents Indiens séminoles, invisibles, campagne qui a nécessité l'emploi de votre armée entière , de tous vos vieux généraux, de toutes vos milices, de tous vos volontaires indisciplinés , ce succès est-il l'avant-coureur de l'énergie et de la vigueur que vous apporterez à cette guerre tout autrement compliquée et bien plus formidable? J'ai dit compliquée, et comment? Votre guerre contre les séminoles s'étend déjà aux Criks. Vos ennemis, dans leur marche calamiteuse, entraînent avec eux vos nègres esclaves, et leur mettent les armes à la main pour faire cause commune avec eux contre vous ; et , jusqu'où s'étendra cet incendie si un général mexicain envahit votre territoire, portant, dans une main, le flambeau de la liberté , et dans l'autre son étendard ; annonçant à l'esclave l'émancipation , et la vengeance à l'Indien indigène? Quelle sera la condition de vos Étals de la Louisiane , du Mississipi , de
r Alabama , de TArkansas , du Missouri et de la Géorgie? Que deviendront vos nègres? Que deviendra cette niasse combinée et concentrée de tribus indiennes que, par une inexplicable politique, vous avez chassées de leurs habitations au loin disséminées, pour les refouler dans le voisinage même du Mexique, comme pour fournir à cette nation des alliés naturels dans ses hostilités contre vous? Vous avez sur les bras une guerre contre le Mexique, une guerre contre les Indiens et une guerre contre les nègres , et vous vous y précipitez en aveugles ; vous parlez de reconnaître Tindépendance de la république du Texas , et vous brûlez d'annexer à vos domaines, déjà trop vastes, non-seulement le Texas, mais encore Coahuila, Tamaulipas et Santa- Fé, depuis la source jusqu'à Tembouchure du Rio- Bravo. Deux cent mille lieues carrées n'étancheraient pas aujourd'hui la soif d'agrandissement qui vous dévore.
Mais cette guerre, croyez-vous qu'elle sera restreinte au Mexique seul? Non, certes. La lutte une fois commencée, le Mexique, comme le plus liiible, cherchera autour de lui des secours aussi bien parmi vos nègres que parmi vos Indiens. Ni la Grande Bretagne, ni la France ne souffriront que vous fiassiez cette conquête sur le Mexique ; elles ne vous permettront même pas d'annexer, sans leur intervention, l'Etat indépendant du Texas à votre confédération. Ainsi votre guerre mexicaine sera compliquée d'une guerre anglosaxonne. La Grande-Bretagne ne saurait avoir d'objection sérieuse contre l'indépendance du Texas ; elle ne
demanderait sans doute pas mieux que de prendre le nouvel État sous sa protection , comme une barrière élevée tout à la fois contre le Mexique et contre vous ; mais elle ne souffrira pas que vous vous agrandissiez par son adjonction; surtout, elle ne vous permettra pas d'acquérir le Texas parvoie de conquête et en rétablissant l'esclavage. Poussée par le torrent irrésistible de roi)inion publique , la Giande-Bretagne a récemment, au prix de 100,000,000 de dollars, que la nation anglaise a payés avec joie , aboli Tesclavage dans toutes ses colonies des Indes occidentales. Après avoir donné un pareil exemple, elle ne restera pas spectatrice silencieuse du rétablissement de l'esclavage en des lieux où il était aboli depuis plusieurs années, et situés dans le voisinage inmiédiat de ses îles. Elle vous dira que , si vous voulez que le Texas lasse partie de votre confédération , ce doit être sans la tache et l'embarras de Tesclavage , et que, si vous faites la guerre pour enchaîner vos semblables, elle fera la guerre contre vous pour briser leurs chaînes. Quel rôle jouerez-vous, aux regards du monde, dans votre lutte acharnée contre la Grande-Bretaççne ; elle combattant pour l'émancipation, et vous pour l'esclavage; elle la bienfaitrice, et vous les oppresseurs de l'espèce humaine? Dans une telle guerre , l'enthousiasme de l'émancipation réveillerait chez elle la rivalité nationale et toute sa jalousie naturelle contre notre agrandissement. Rien ne serait plus populaire, en Angleterre, qu'une guerre contre lesclavage , la traite et les Anglo-Saxons nés de ses entrailles.
Quant à radjonclion du Texas à votre confédération, quelle peut en être Tulilité? iN'avez-vous pas déjà assez de territoire ; deux millions de milles carrés ne sont-ils pas une surface assez vaste pour l'insatiable rapacité de vos agioteurs ? J'espère qu'il n'y en a pas un seul parmi ceux qui m'écoutent. iN'avez-vous pas assez d'Indiens à chasser du pays où sont les tombeaux de leurs pères, assez de tribus sauvages à exterminer? Sous le point de vue militaire, quel bien vous reviendrait de l'adjonciion du Texas? ce serait pour vous une source non de puissance , mais de faiblesse. Votre frontière du sud et du sud-ouest n'est-elle pas suffisamment étendue, suffisamment faible , suffisamment dégarnie ? Pourquoi ajoutez-vous sans cesse de nouveaux régiments de dragons à votre armée permanente? pourquoi, pas des ordres discrets ou indiscrets, vous efforcez-vous d'élever cette armée , de moins de six raille , à un effectif réel de plus de vingt mille hommes ? Votre général en chef , maintenant de retour de son excursion dans la Floride , vous recommande expressément d'élever votre armée à ce nombre. L'extension de votre frontière maritime , de la Sabine au Rio-Bravo, décuplerait votre faiblesse; car, maintenant , vous n'êtes faibles que relativement au Mexique. Vous seriez faibles alors contre la Grande-Bretagne, la France, peut-être même contre la Russie, contre toute puissance navale de l'Europe à qui il conviendrait de nous chercher querelle , dans le but d'établir une colonie; mais, surtout , nous serions faibles contre la (irande-Brelugne. Par sa puissance maritime et ses
colonies américaines , elle tient les clefs du golfe du Mexique. Quel serait le sort de notre frontière, de remboucliure du Mississipi à celle du Rio-del-Norte, dans riiypollièse d'une guerre avec la Grande-Bretagne? M. ■NJonroë avait trois raisons pour accepter la Saljine comme frontière : d'abord , il ne croyait pas que nos droits s'étendissent jusqu'au Rio-Bravo ; secondement, il pensait que noire union en serait surchargée au point de se briser en éclats par son propre poids ; troisièmement , il estimait que ce serait étendre une trop longue ligne de côtes maritimes qui, en cas de guerre avec la Grande-Bretagne, pourraient tomber en son pouvoir , et que nous ne pourrions ni défendre ni recouvrer. A cette époque, la question n'était pas compliquée de celle de l'esclavage ou de l'abolition. Ce territoire appartenait à l'Espagne ; c'était un désert , et l'esclavage y était la loi du pays. Dans le triangle compris entre les embouchures et les sources du Mississipi et du Rio-Bravo, on n'avait pas encore le projet de créer neuf Etals à esclaves , devant occuper dix-huit sièges dans l'autre branche de notre li\u"s'jiure. Mais sur quoi établissions-nous noire droit ? Nous prétendions que la Salle ayant découvert l'embouchure du Mississipi , et la France ayant fondé un établissement à la Nouvelle- Orléans , cette dernière puissance avait droit à une moitié de la côte maritime, depuis l'embouchure du Mississipi jusqu'à l'établissement espagnol le plus proche, qui était Vera-Cruz. L'embouchure du Rio- Bravo était , à peu près , à moitié chemin de Balize à
Vera-Cruz. Comme héritiers des droits de la France , du chef de la Louisiane , nous réclamions tout le territoire jusqu'au Rio-del-Norte , bien qu'il y eût , à la source de ce fleuve , rétablissement espagnol de Santa-Fé. La France , de qui nous tenions la Louisiane, nia positivement avoir jamais élevé une pareille prétention. Néanmoins nous soutînmes, tant bien que mal , notre réclamation et finîmes par accepter , comme compensation , les Florides et la ligne frontière du 42^ degré de latitude , depuis la souj-ce de l'Arkansas jusqu'à la mer du Sud. Telle était la nature de nos droits ; et vous pouvez juger quelle confiance pouvait avoir M. Monroe à leur validité. Ce qu'on désirait avant tout dans ce pays, c'était l'obtention des Florides. C'était le désir du général Jackson, et, dans l'entretien dont j'ai parlé et que, dit-on, il ne se rappelle pas, il me déclara que, tant que les fleuves de la Floride ne seraient pas en notre possession , il ne pouvait y avoir de sécurité pour la partie méridionale de notre territoire.
Mais supposons que le Texas soit annexé aux États- Unis; il ne se passerait pas un an avant que vous n'ayez à faire la guerre pour conquérir l'île de Cuba. Et quelle est la condition de cette île? Elle est sous la protection nominale de l'Espagne. Et quelle est la condition de l'Espagne elle-même? Elle déchire ses propres entrailles dans une guerre civile pour la suecession au trône. Croyez-vous, quelle que soit l'issue de cette guerre, qu'elle puisse conserver la possession même nominale de Cuba? Maintenant que l'Espagne a
perdu toutes ses colonies continentales en Araërique , Cuba sent le besoin d'une protection plus efficace, et surtout de la protection d'une puissance navale. Supposons, que cette puissance navale soit la Grande- Bretagne. Cuba est à vos portes; si vous vous étendez sur une côte déserte, depuis la Sabine jusqu'au Rio- Bravo, dans quelle position vous trouverez-vous à l'égard de la Grande-Bretagne ayant dans ses mains, non-seulement la Jamaïque, mais Cuba et Porto-Rico, et le mot abolition inscrit sur son étendard? Pensezvous que ce soient là des suppositions fantastiques? Écoutez un fait historique qui ne rtinonle pas à une époque éloignée. Il n'y a pas un bien grand nombre d'années qu'une révolution intérieure, en Espagne, soumit, pendant quelque temps, ce pays et son roi au gouvernement passager des certes. Cette révolution fut suivie dune autre, par laquelle, sous les auspices d'une armée française commandée par le duc d'Angouléme, Ferdinand VII fut rétabli sur un trône despotique; Cuba avait suivi la fortune victorieuse des corlès; quand vint la contre-révolution, les habitants de cette île, ne pouvant prévoir quelle serait leur destinée, ne surent d'abord quel parti prendre. Deux partis considérables s'élevèrent dans Tile : l'un voulait la placer sous la protection de la Grande-Bretagne, et l'autre l'annexer à la confédération des États- Unis. J'ai toute raison de croire que des ouvertures furent faites, par l'un de ces partis, au gouvernement de la Grande-Bretagne, et je sais que des ouvertures furent faites par l'autre au gouvernement des États-
Unis. Je sais encore que le président des États-Unis fut confidentiellement informé, par le gouvernement français, que le gouvernement anglais avait résolu de s'emparer de Cuba. Si des ouvertures semblables furent faites à la France elle-même , c'est ce que je ne puis affirmer; mais je sais parfaitement que M. George Canning, alors ministre des affaires étrangères, en Angleterre, craignit un moment que, sous la tutelle du duc d'Angouléme , Ferdinand VII ne confiât au commandant d'une escadre française la garde du château Moro. Il arriva qu'à celte époque une escadre française considérable fut équipée ef reçut Tordre de faire voile pour les Indes occidentales , sans que le gouvernement britannique eût reçu communication formelle de ce fait ; aussitôt qu'il en eut connaissance, il donna ordre à l'ambassadeur anglais, à Paris, de demander, de la manière la plus péremptoire, la destination de cette escadre, et une assurance positive qu'elle n'était pas destinée pour la Havane. Ce fut l'occasion d'explications mutuelles à la suite desquelles, non en la forme solennelle d'un traité , mais en se communiquant mutuellement leurs intentions formelles, la Grande-Bretagne, la France et les Etals-Unis convinrent que, dans la condition actuelle de Cuba, aucune d'entre elles n'en enlèverait la possession à l'Espagne. Cet engagement fut fidèlement observé par toutes les parlies contractantes; mais sans cet engagement, qui doute que, depuis cette époque, l'une des trois puissances ne se fût emparée de cette île el ne la, possédai sans contrôle''
Aujourd'hui les circonstances ont changé; des révolulions populaires en France et en Angleterre ont peut être affaihli, en Angleterre, l'esprit de conquête, et il est probable que la France a bien assez à gouverner son royaume d'Alger. Mais l'Espagne est de nouveau en proie au fléau de la guerre civile, et toutes ses colonies d'Amérique sont irréparablement perdues pour elle. Il est impossible qu'elle retienne, longtemps encore, une ombre de domination sur les Indes de Cuba et de Porto-Rico; d'autre part, ces Indes, dans leur condition actuelle, ne peuvent former des nations indépendantes , capables de se proléger elles-mêmes. Elles resteront, longtemps encore, à la merci de la Grande-Bretagne ou des États-Unis; en ce moment même, la Grande-Bretagne est sur le point d intervenir dans la guerre pour la succession espagnole. Si, par suite de lafoibiesse inconcevable de la confédération mexicaine, celte révolte du Texas amenait sa séparation d'avec cette république et son adjonction aux États-Unis, je regarde comme impossible que la (grande-Bretagne prenne la chose avec indifférence. Elle comprendra que cet événement menace d'ébranler sa puissance coloniale sur le continent, dans le golfe du Mexique et dans la mer des Caraïbes; elle comprendra aussi qu'il met en péril l'abolition de l'esclavage dans ses propres colonies. Une guerre pour le rétablissement de l'esclavage, là où il a été aboli, si elle réussit au Texas , doit s'étendre sur tout le Mexique; et cet exemple pourra donner le signal d'une izucsre entre la race blniKho et la race noire dans les
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Tildes occidentales. IN'en doutez pas, T Angleterre prendra possession de Cuba et de Porto-Rico, en vertu d'une cession de l'Espagne, ou à l'aide des batteries de ses murailles de bois ; et , si vous lui demandez en vertu de quel droit elle agit, elle vous demandera, à votre tour, en vertu de quel droit vous avez prolongé votre côte maritime de la Sabine au Rio- Bravo. Elle vous fera une question plus embarrassante encore ; elle vous demandera de quel droit, vous qui parlez de liberté, d'indépendance et de démocratie, vous faites une guerre d'extermination pour forger de nouvelles chaînes et de nouvelles entraves pour remplacer celles qui ont été brisées. Elle portera l'émancipation et l'abolition dans chacun des plis de son drapeau; tandis que vos étoiles, tout en croissant en nombre, seront obscurcies par les sombres vapeurs de l'oppression , et on n'apercevra de vos bannières que les lanières sanglantes du piqueur des esclaves.
Êtes-vous préparés à toutes ces guerres : à une guerre avec le Mexique ; à une guerre avec la Grande- Bretagne, sinon avec la France; à une guerre générale contre les Indiens; à une guerre servile; et comme conséquence inévitable de toutes celles-là, à une guerre civile ? car tout cela doit aboutir définitivement à une guerre entre les couleurs aussi bien qu'entre les races : et vous imaginez-vous que, tandis que vous allumez sciemment cette conflagration et vous y précipitez en aveugles; vous imaginez-vous que, tandis que , selon la nature même des choses, vos Etats du sud et du sud-ouest doivent être la Flandre
(le ces guerres compliquées , le champ de bataille où doit être livré le terrible et dernier combat entre l'esclavage et l'émancipation ; vous ini;;ginez-vous que le congrès sera sans autorité constitutionnelle pour intervenir, de manière ou d'autre, dans Tinstitulion de Tesclavage , à l'égard des États de cette confédération? Soyez-en persuadés, le congrès devra intervenir, et il interviendra peut-être pour soutenir Tesclavage par la guerre , peut-être pour l'abolir par des traités de paix; et non-seulement il aura le pouvoir constitutionnel d'intervenir , mais ce sera pour lui un devoir imposé par les clauses expresses de la constitution elle-même , car, du moment où vos États à esclaves deviendront le théâtre de la guerre civile , servile ou étrangère , dès lors les pouvoirs militaires du congrès interviendront dans l'institution de l'esclavage, de toutes les manières, depuis les réclamations d'indemnités pour esclaves pris ou détruits jusqu'à la cession à une puissance étrangère de l'État affligé du fléau de l'esclavage.