‹ De la société américaineChapitre 52 sur 135 · MARIAGE · texte numérisé non relu

MARIAGE

S'il est un pays au monde où la carrière de l'amour véritable doive être heureuse et douce, c'est TAmerique; c'est un pays où tous peuvent se marier de bonne heure, où Ton n'a pas besoin de s'inquiéter des moyens d'existence, et où les soucis nés des considérations conventionnelles de la hiérachie et des familles ne sauraient exister. Il est difficile, au premier abord, à un étranger, de comprendre pourquoi tous n'aimeraient pas et ne se marieraient pas naturellement et librement, de manière à empêcher le vice hors du mariage et prévenir les causes ordinaires du malheur qui s'attache aux unions conjugales. Toutefois l'attente de l'étranger n'est pas remplie, et elle ne le sera jamais tant qu'un sexe dominera l'autre. Le mariage est , en Amérique , plus universel, plus sûr, plus tranquille, plus heureux qu'en Angleterre; mais il est encore sujet aux maux qui naissent de l'inégalité des parties dans leurs idées et leurs occupations. Il est plus universel par suite de la complète prospérité du pays ; il est plus sûr, parce que la faculté du divorce est plus grande, ce qui empêche l'indigne spéculation des mariages d'argent. Il est plus tranquille et plus heureux, parce que les vœux du mariage sont absolument réciproques, que les lois sur la propriété sont, généralement, beaucoup plus favorables à la femme qu'en Angleterre , et qu'elle n'est pas, comme en Angleterre, rendue en tout et pour tout

la propriété du mari. Les conditions extérieures du bonlieur sont presque complètes , et l'institution est purifiée des plus grossiers scandales qui la dégradent dans l'ancien monde; mais cette institution est encore imparfaite , comme elle le sera tant que la femme continuera à être mal élevée, passive et soumise , ou bien élevée , vigoureuse et libre seulement par tolérance.

L'institution du mariage présente un aspect différent dans les divers États de TAmérique. J'ai parlé des mariages précoces dans le sud et l'ouest, où , grâce à la disproportion dans le nombre des individus des deux sexes, une femme est mariée avant d'avoir pu connaître ce qu'il y a de sérieux dans la vie humaine. La loi lui accorde un avantage dont bien peu de femmes jouissent ailleurs : elle a l'administration entière de ses biens. Ce serait dans tout autre pays un sujet d'élonnement que de voir une femme de vingt et un ans, dans son second veuvage, diriger elle-même sa ferme ou sa plantation, et le faire avec intelligence , parce que , durant son mariage , elle les avait déjà administrées. Dans la Louisiane et dans le Missouri (et probablement dans d'autres États encore), une femme non-seulement a droit à la moitié de la propriété de son mari après sa mort, mais encore à la moitié de ses bénéfices pendant sa vie, ayant, en tout temps, la faculté d'en léguer le montant. Dans le sud, le mari intervient beaucoup moins dans l'administration des biens de sa femme , même de son consentement volontaire , qu'on ne le voit communément dans les contrées où la loi reconnaît aux femmes le droit de posséder,

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même en état de mariage. Dans les journaux du sud , on lit souvent des annonces qui commencent ainsi : « Mistriss A, femme de M. A, disposera de.... > Dans' l'émeute dirigée, à la iNouvelle-Orléans, contre madame Lalaurie , on respecta son mari et ses propriétés, attendu que M. Lalaurie n'était pas responsable de la manière dont sa femme administrait sa propriété humaine. En général , les femmes les plus faibles elles plus ignorantes abandonnent leurs propriétés à leur mari , les maris de ces femmes étant précisément les hommes les plus disposés à accepter cet abandon; les femmes les plus fermes et les plus consciencieuses sont celles, au contraire , qui gardent leurs pro^wiétés et usent de leurs droits , les maris de ces femmes étant précisément ceux qui se refusent à priver leurs femmes de l'exercice de leurs devoirs et de leurs privilèges sociaux.

Si cette condition du mariage semblait étrange à quelques Anglais, il est bon qu'ils sachent que c'est la loi anglaise qui est étrange et non celle de la Louisiane. Les Anglais seuls s'éloignent de l'ancienne loi saxonne, qui veut que la femme possède la moitié au moins des gains de son mari. C'est ce que la loi consacre en Espagne , en France , en Italie et probablement aussi en Allemagne. Le Massachusetts a imité, sous ce rapport, ce qu'il y a de vicieux dans la loi anglaise; tous les hommes de loi et autres citoyens avec qui j'ai eu occasion de ra'entretenir à ce sujet ont flétri d'une égale réprobation la barbarie d'une législation en vertu de laquelle les propriétés d'une femme pas-

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