TROISIEME PARTIE. CIVILISATION
sent avec elle-même au pouvoir de son mari. Un avoué de Boston, à vues libérales, me disait qu'il conseillait toujours au testateur de laisser à la veuve la part la plus large possible , à la condition que celte part retournerait aux enfants ; mais qu'il ne pouvait voir, sans rougir, les femmes devoir à ses avis ce que la loi devrait leur assurer comme un droit. J'ai entendu souvent exprimer une vive indignation de ce que la femme, l'amie et la compagne de tant d'années, ne reçut pour sa part qu'un simple legs , comme une domestique salariée, au lieu de voir les affaires de son mari passer légalement entre ses mains comme cela devrait être. Dans le Rhode-Island, la veuve a droit à un tiers de la propriété de son mari , et , dans le cas où , du vivant de ce dernier , une portion quelconque de ses domaines est vendue, elle est légalement consultée, en l'absence du mari, sur sa volonté relativement à la partie qui lui revient. Dans ce pays , il existe pour la femme des moyens d'indépendance. Il sera curieux de voir l'usage qui en sera fait quand les entraves de l'éducation et de l'opinion auxquelles les femmes sont sujettes ne s'opposeront plus à l'exercice de leur liberté morale. Le divorce , ai-je dit, s'obtient plus facilement aux États-Unis qu'en Angleterre. La législation du mariage est , en Angleterre , on ne peut plus inique , et les relations conjugales y sont , par cela même , entachées de vices. Quoi qu'on puisse penser des principes qui doivent présider à la loi de divorce , soit qu'on réduise les motifs de divorce à un seul , comme le voudraient d'étroits commentateurs du Nouveau Testament , ou à
deux comme en Angleterre ; soit qu'on en admette plusieurs , comme aux États-Unis et dans plusieurs contrées du continent , nul , je pense , ne saurait approuver les dispositions en vertu desquelles, en Angleterre , le divorce ne peut être obtenu que par les particuliers les plus riches. Faire un privilège de la richesse , d'une chose qui n'a aucun rapport avec l'argent et à laquelle toutes les personnes mariées ont un égal intérêt, c'est une absurdité trop choquante pour que nous ayons besoin de la faire ressortir. On voit, au premier coup d'œil , comment un pareil arrangement tend à vicier le mariage, comment il offre limpunité aux aventuriers et des encouragements de toute espèce aux mariages mercenaires ; quelle oppression absolue il inflige à la personne lésée , et comment il produit et aggrave la licence dans une proportion incalculable. A l'Angleterre seule appartient la honte d'une pareille législation ; et quoique , nulle part , elle ne soit satisfaisante , c'est , sans contredit, dans la Grande-Bretagne qu'elle est le plus vicieuse.
De tous les États américains , celui de New -York se rapproche le plus de l'Angleterre dans la législation relative au divorce , sans être tout à fait aussi rigide , en ce sens qu'une plus grande latitude a été donnée au mot cruauté. La loi suppose la cruauté de la femme à l'égard du mari, comme du mari à l'égard de la femme. Une ligne de démarcation n'a pas été tracée entre les riches et les pauvres, en rendant coûteuse l'obtention du divorce , et après une récon-