‹ De la société américaineChapitre 71 sur 135 · TR0ISIE3IE PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TR0ISIE3IE PARTIE. — CIVILISATION

ticité ascétique ne dérange l'équilibre de leur constitution , cet équilibre qui maintient les forces dans une action vigoureuse et allègre, sans aucune exagération.

On ne saurait douter que cette anxiété qui raine Thomme ne soit la cause principale de l'usage excessif du tabac aux États-Unis ; on comprend le charme qu'il peut avoir pour des hommes qui ne peuvent opposer à la fatigue et aux soucis l'élasticité de la santé et de la gaieté naturelles : espérons que l'emploi du stimulant naturel et parfait fera renoncer à l'usage du stimulant artificiel et pernicieux.

C'est au vide de l'esprit, dans un grand nombre de femmes, qu'il faut, je pense, attribuer un vice qu'il m'est pénible de mentionner ; mais je ne puis le passer sous silence, dans l'intérêt de la moralité et de la santé des Américaines. Ce n'est point un secret dans le pays, que l'habitude de l'intempérance se rencontre assez fréquemment parmi les femmes que leur éducation devrait surtout en garantir ; j'en ai vu quelques exemples , et un plus grand nombre encore est venu à ma connaissance. Il ne m'a pas semblé que ce vice excitât la douloureuse surprise qu'il devait naturellement faire naître. Aux étrangers, une nouveauté si horrible, un spectacle si funeste suggère d'amples et profonds sujets d'investigation. Si, dans un pays que je prétends plus religieux que tout autre , des femmes, vivant dans le calme extérieur le plus profond, entourées de prospérité et honorées d'une manière plus éclatante que dans aucune autre contrée , si ces femmes peuvent en venir à fouler aux pieds tout respect d'elles-mêmes, toute TUVE ni. 13

liO DE LA SOCIETE AMERICAINE.

hontei^ toute affection domestique et jusqu'aux idées que réducation a le plus profondément enracinées en elles, au point de se plonger dans l'enfer vivant de rintempérance , il faut qu'il y ait dans leur position quelque chose de bien vicieux et de bien faux. Un homme intempérant peut, du moins , s'excuser sur la force de la tentation ; il a commencé par la convivialité , et l'intempérance solitaire est , chez lui , le dernier point de la dégradation ; une femme, au contraire, s'abandonne à ce vice dans la solitude et le secret , aussi longtemps que le secret est possible ; elle sait qu'elle n'a ni excuse, ni consolation, ni espérance ; elle n'a devant elle que le désespoir ; or, la seule chose qui puisse expliquer sa conduite, est-ce le désespoir qui accompagne le vide de l'esprit. Je crois que, dans certains cas, ce vice provient de l'habitude qu'ont les médecins de prescrire des cordiaux aux jeunes filles au moment de leur croissance, et de la difficulté qu'elles éprouvent ensuite à renoncer à l'usage de stimulants agréables : quelquefois c'est un vice héréditaire. Pour la plupart de ces cas, la seule explication qu'on puisse donner, et celle-là est suffisante , c'est le vide de l'esprit. On aurait tort de croire que cette habitude est générale : je déclare donc que je n'ai eu occasion de connaître que sept ou huit exemples de cette nature , dans la haute société d'une seule ville : ce nombre n'est pas élevé; toutefois l'existence d'un seul fait semblable serait suffisant pour que la société tout entière le prit à cœur et s'en occupât de toute la force de son intelligence.

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