‹ De la société américaineChapitre 73 sur 135 · TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION

contrées, et combien grande est la certitude que la majorité qui finit toujours par être dans le droit agrandira graduellement le caractère de linstruction qu'elle a déjà eu la sagesse d'établir. Il f\mt aussi se rappeler que, dans une démocratie, la même es[)èce et le même degré d'instruction conduisent à des résultats bien plus importants qu'ailleurs. L'alphabet lui-même n'est que de peu d'utilité à lesclave; mais c'est un inestimable trésor pour l'intelligence du jeune républicain. Il suffît de jeter les yeux sur une école de charité en Angleterre, et sur une école gratuite dans le Massachusetts, pour voir combien la lecture et l'écriture constituent une acquisition différente pour les enfants qui, si leurs yeux se portent dans l'avenir, n'y aperçoivent qu'une vie de travail mécanique, et pour les jeunes citoyens qui savent qu'ils auront à accomplir leur part de l'œuvre du gouvernement du peuple par le peuple. Les vieillards d'Amérique peuvent sourire, et les étrangers de tout âge plaisanter, en voyant à quel point sont satisfaits d'eux-mêmes les jeunes gens qui viennent, pour la première fois, d'exercer le droit de suffrage; mais l'assurance de sa dignité, la certitude d'être pleinement et efficacement représenté , la responsabilité d'arriver tôt au tard à remplir quelque charge politique responsable, ce sont là des stimulants qui suppléent, jusqu'à un certain point, à ce qui manque à l'instruction acquise. 11 serait à désirer que ce stimulant fût aussi fort et aussi vertueux, dans un ou deux collèges dont les élèves sont sur le point d'exercer leur droit politique, que dans quelques-unes

des écoles primaires. L'atmosphère arfstocralique de l'université d'Harward, par exemple, ne pourrait que gagner à être purifiée par le soulBe de l'inspiration démocratique qui s'exhale des écoles de certains districts airricoles.

Quelques personnes prétendent que renseignement des principes de la politique est moins urgent que l'amélioration de quelques autres objets de l'instruction , les enfants apprenant chaque jour la politique par ce qu'ils entendent chez eux et partout où ils vont ; mais ce qu'ils entendent, en fait de principes, est bien peu de chose. Ils n'entendent discuter que le mérite de tel ou tel homme, de telle ou telle mesure récente ou projetée. Plus il y a certitude qu'ils apprendront ailleurs les détails, plus il est nécessaire de les fiimiliariser avec la connaissance des principes d'après lesquels les détails doivent être jugés et rendus profitables. Ils sortent des écoles la tète encombrée de préjugés, et la mémoire de mots, alors que la mission des écoles devrait être d'y établir la vérité et la clarté, en substituant aux préjugés des principes et en attachant des idées aux mots.

Un maître d'école demandait à un enfant : « Qui tua Abel? — Le général Jackson. » Un autre demandait à un écolier: «En quel état le genre humain fut-il laissé, après la chute du premier homme? — Dans l'Etat de Vermont. >

La confiance républicaine et précoce dont j'ai parlé , et la place importante que les enfants occu[»ent dans une société dont la population est faible encore propor-

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