SYMPATHIE ET SOCIABILITE
Formes vives de la sympathie : Amour, Amitié, Admiration.
Replaçons maintenant Tindividu dans l'état social. C'est sa vraie condition, à laquelle d'ailleurs nous n'avons pu qu'imparfaitement le soustraire. La vie collective donne lieu à des phénomènes moraux d'un nouveau genre. .
Ces phénomènes, en dernière analyse, c'est toujours l'individu qui nous les offre : la conscience individuelle peut seule en être le théâtre. On a parlé, il est vrai, non sans raison, d'une conscience collective des sociétés (1); appliquée peut-être abusivement aux sociétés animales d'ordre inférieur, cette expression semble vraiment convenir aux sociétés humaines, au moins
(1) A. Espiiias : Les sociétés animales, Paris 1877, 2^ édit., 1878.
dans certains cas (1) ; mais, dans ces cas mêmes, ce n'est jamais en réalité qu'une métapliore. A parler rigoureusement, les faits de conscience ne peuvent être que des modifications d'un sujet conscient; les faits moraux, en particulier, supposent une personne. Or une société est bien un tout vivant, un organisme, mais ce n'est pas au pied de la lettre une personne ; elle n'a ni volonté, ni conscience propre en dehors de ses membres (2).
Ainsi, au fond, c'est toujours de moralité individuelle qu'il va être question ; il ne saurait en être autrement, la moralité ne peut résider que dans les consciences individuelles. Les vertus sociales sont celles qui ne se manifestent que dans la vie sociale et auxquelles donnent lieu les rapports sociaux : bien qu'elles intéressent toute la communauté, elles sont les vertus de tels et tels individus, et non de cette abstraction, la société. Les vertus individuelles sont ainsi nommées, non parce qu'elles appartiennent aux individus, c'est le cas de toute vertu sans exception , mais parce qu'elles pourraient apparaître et seraient encore obligatoires dans la vie isolée, si une telle vie était possible. La distinction
(1) Dans les cas où une organisation très élevée, des communications très rapides, une grande vitalité de l'esprit public, mettent toutes les parties de la société en communion, pour ainsi dire immédiate et constante, avec ceux qui la personnifient et la dirigent. Dans les tribus à peine organisées, le contact perpétuel des individus résultant de leur petit nombre supplée au manque d'organisation.
(2) Un corps vivantes!, selon Cl. Bernard, une véritable société de cellules, comme nos sociétés sont des systèmes d'individus. Mais il y aura toujours cette difTérence, que, dans le premier eus, c'est le tout qui est l'unité visible et, aux yeux de tous, la vraie réalité; tandis que, dans le second cas, c'est la partie, savoir l'individu. — Voir sur ces questions les articles de M. A. Fouillée : L'histoire naturelle des sociétés humaines ou animales, à propos des Principes de sociologie de M. Spencer et des Sociétés animales de M. Espinas. Revue des Deux-Mondes, 15 juillet et le' août 1879. — Voir aussi E. Perrier, Les colonies animales, dernier chapitre.