PRÉFACE. VII
nous infligent les faits. Sans oublier aucune de ces nécessités, sans laisser rien perdre de ces leçons, ne peut-on chercher à les concilier avec les aspirations de la conscience et les droits de l'idéal?
C'est ce que j'ai tâché de faire.
J'avoue que j'ai écrit en moraliste autant qu'en psychologue, et en philosophe plus qu'en historien. Le ton du livre, en cela, et le fond restent ce qu'ils étaient.
Mais si la pensée n'a pas été sensiblement modifiée, de grands efforts ont été faits pour en fortifier et en compléter l'expression.
Ce sujet de la solidarité morale est si riche, que, plus on y pénètre, plus on y trouve de sources d'intérêt. C'est, si l'on veut (et quelques critiques ne m'ont pas épargné ce reproche superficiel), le plus rebattu des sujets; car moralistes, historiens, poètes, romanciers, quiconque a écrit avec profondeur sur les choses humaines, y a touché par quelque endroit : aussi, un de mes soins a-t-il été d'enrichir cette édition nouvelle de quelques citations remarquables. Mais c'est en même temps le plus neuf des sujets et le plus vivant, si Ton a égard au très petit nombre de penseurs qui font envisagé dans son ensemble, ou qui seulement en ont vu l'importance.
Tarmi ceux-là M. Ch. Secrétan avait droit à être cité en première ligne. Je l'ignorais en écrivant il y trois ans : mon premier devoir a été de confesser cette omision et de la réparer.